L'invité de la semaine dernière : Jean-Luc Dauvergne

 

LES INVITES DU COSMOPIF

 

N°26 (lundi 24 mai 2004)

 

Michel Viso

Vétérinaire

www.cnes.fr

 

 

 

Qui êtes-vous, Michel Viso ?

Je suis un vétérinaire qui a mal tourné ! Né en 1951, je m'appelle donc Michel comme probablement 25% des garçons nés cette année-là. J'habite la région parisienne avec ma femme (une véritable vétérinaire qui soigne les animaux) et mon fils de 10 ans. Je me suis occupé de biologie et de physiologie spatiale. Maintenant, je vais m'occuper d'astrobiologie et de protection planétaire au CNES. Je voyage beaucoup professionnellement et je consacre mon temps libre aux activités domestiques, de jardinage, de promenade et d'entretien du chien, du chat, des tortues, etc. Je pilote aussi des petits avions.

 

 

Quel a été votre parcours professionnel ?

J'ai commencé par soigner les animaux de ferme puis par enseigner (Assistant) et exercer comme chercheur à l'Ecole Nationale Vétérinaire de Maisons-Alfort. J'ai été sélectionné par le CNES en 1985 comme spationaute avec six autres jeunes enthousiastes. J'ai consacré pratiquement huit ans d'activité à préparer l'expérience Rhesus, menée en collaboration avec la NASA et qui devait me permettre de voler sur la navette spatiale. Malheureusement, quelques mois avant le début de l'entraînement, la NASA a arrêté le projet et supprimé la mission correspondante. Mes espoirs de vol spatial se sont alors évanouis.

 

   

 

A gauche : la sélection 1985 de spationautes du CNES.

De gauche à droite  : Jean-François Clervoy, Claudie André-Deshays, Jean-Jacques Favier,

Jean-Pierre Haigneré, Frédéric Patat, Michel Tognini et Michel Viso (Photo CNES).

A droite : Michel Viso en entraînement EVA à Moscou (Photo M. Viso).

 

 

J'ai cependant continué à travailler sur la physiologie animale et la biologie, participant au titre de coordinateur scientifique à de nombreuses missions spatiales. Ainsi, j'ai été impliqué dans de nombreux vols habités d'astronautes français ou européens avec nos partenaires russes (Cassiopée, Pégase, Perseus, Andromède et très récemment Delta). J'ai joué le même rôle pour plusieurs de vols de capsules automatiques Bion et Photon : Bion 9, et 11 et Photon 10, 11, 12 et M-1. Enfin, j'ai accompagné les scientifiques français pour qu'ils puissent faire quelques expériences sur des vols SLS-1, SLS-2, SL-3, IML-2 et Neurolab de la navette. En parallèle, j'ai été amené à postuler ou à être présenté lors de différentes sélections de spationautes par les Russes mais il faut bien dire que je savais dès le départ que c'était pour faire nombre… L'expérience n'en était pas moins intéressante et enrichissante. J'ai aussi participé aux dernières étapes à la sélection de "Payload Specialist" pour Neurolab, lancée en 1998. Comme toujours, l'expérience fut passionnante.

 

Lors de la mission Delta d'André Kuipers réalisée à bord d'ISS en avril dernier, j'ai assuré le rôle de coordinateur scientifique d'une expérience internationale passionnante avec les Japonais, les Canadiens, les Américains et des Français. Le succès d'ICE-First (International Ceanorhabditis elegans Experiment) met un point final très positif à mes activités dans ce domaine.

 

 

Michel Viso de retour de Moscou début mai 2004 avec les échantillons de vol d'ICE-first.

Une partie d'entre eux est stockée dans de l'azote liquide (bidon fixé au sol)

et une autre réfrigérée dans le thermocase jaune fixé sur le siège.

Voir www.spaceflight.esa.int/users/file.cfm?filename=miss-delta-exp-ice

et www.desc.med.vu.nl/NL-taxi/ICE/ICE-page1.htm

 

 

Sinon, je m'occupe depuis deux ans pour le CNES de la Protection planétaire et vais maintenant m'occuper d'astrobiologie.

 

 

Quelle est votre passion, comment est-elle née, comment la vivez-vous ?

Je ne sais pas si je suis passionné par l'espace ou les activités spatiales. Je suis d'abord curieux et je cherche à comprendre. Est-ce pour cela que je suis scientifique ou est ce l'inverse ? Je suis surtout curieux de l'humanité, des hommes et des femmes qui travaillent comme moi sur des projets. Côtoyer des scientifiques et des ingénieurs russes ou américains, discuter, argumenter puis ensemble réaliser et réussir le vol d'une expérience crée des liens, des souvenirs, des instant d'émotion très forts et très riches. J'aime le domaine et le spatial car nous en sommes toujours au stade du prototype et rien n'est jamais acquis. Mais j'aime avant tout les hommes et les femmes -surtout les femmes disent quelques mauvaises langues !- qui le font.

 

 

Quel souvenir ou anecdote souhaiteriez-vous nous raconter ?

Malheureusement dans le domaine spatial, nous ne connaissons pas que des succès. Ce qui me marque le plus est l'échec du lancement de Photon M-1 en octobre 2002. L'instrument IBIS fabriqué par le CNES et l'équipe scientifique avait connu des échecs et des succès partiels lors des vols précédents. Mais là, nous étions tous fin prêts. Nous étions à moins d'un kilomètre du pas de tir et les échantillons avaient été préparés sur place ou transportés par les scientifiques qui allaient assister à un lancement du plus près qu'il soit possible. En "vieil" habitué, je m'apprêtais à leur décrire cet effet surprenant d'illumination du paysage d'une couleur jaune orange avec une intensité proche de la lumière du jour lorsque la fusée travers la couche nuageuse (500 pieds ce jour-là). On peut se croire à ce moment dans un autre monde. Las ! Au lieu de l'illumination attendue, ce fut le noir ! Puis je revis la fusée, une silhouette noire sur le gris foncé du ciel, qui retombait. J'appelai tous mes voisins à s'allonger avant qu'elle n'explose au sol, anéantissant nos expériences et des années de travail. L'incrédulité, l'émotion, le vide sont difficiles à imaginer pour ceux qui n'y étaient pas. Le même effarement se lisait sur le visage de tous "mes" scientifiques.

 

 

Quelle serait votre photo spatiale ou astronomique préférée et pourquoi ?

C'est l'image de l'éclipse de Soleil prise par Jean-Pierre Haigneré durant la mission Perseus le 11 août 1999. Cette image me touche pour plusieurs raisons. Tout d'abord, elle matérialise une éclipse du Soleil et on imagine bien ce que signifie le déplacement de cette tache noire à la surface de la Terre. On comprend également aisément les zones où l'éclipse est partielle et celles où elle est totale. Cette photo montre aussi la finesse de l'atmosphère et en montre la fragilité. Elle n'est pas à nous mais nous devrions y faire un peu plus attention. D'autre part, pendant cette mission et lorsque cette photo a été prise, des expériences que je dirigeais étaient en cours à bord de la station Mir et allaient en revenir bientôt. Enfin, je dois être sur un des pixels de la photo car j'avais fais le déplacement au Havre avec mon petit avion et avec ma famille pour vivre, notamment avec mon fils, l'expérience très rare d'un tel évènement. La photo couvre cette zone mais, à cause des nuages, je n'arrive pas à me situer précisément…

 

 

 

De même, quel serait votre objet préféré ?

C'est sans aucun doute le premier Spoutnik. Lorsque son lancement a été annoncé à la radio, nous sommes sortis le soir avec mon frère et ma sœur pour le voir (nous habitions alors Belle-Ile-en-Mer) et, croyez moi, je suis sur de l'avoir vu ! N'écoutez pas ceux qui vous diront que c'est impossible !!!

 

   

 

Monument érigé à Baïkonour, à 200 m du pas de tir d’où Spoutnik a été lancé le 4 octobre 1957. C'est également de cet endroit qu'a débutée la mission Delta le 19 avril 2004.

Détail de l'inscription : "Ici a commencé l'assaut audacieux de l'espace grâce au génie du peuple soviétique, 1957"

Photo M. Viso (le 18/04/2004)

 

 

Que représente pour vous le personnage de Youri Gagarine ?

Bien sûr, j'ai lu beaucoup de chose sur Youri Gagarine mais je ne veux rien retenir de ces biographies. Pour moi, il est l'image, l'icône du vol habité. J'avais 10 ans lors de son vol spatial et, dans nos campagnes, son exploit, la technique et la mécanique étaient inimaginables au sens littéral du mot. Il y avait certes des tracteurs et des voitures à Belle île en Mer, on venait d'inaugurer l'aérodrome mais autour de moi les labours se faisaient encore avec des chevaux…

Toute mon adolescence a été ponctuée par la conquête spatiale, les premières images du monde vu d'en haut publiées par Paris Match, les sondes sur la Lune, sur Mars et sur Vénus, Armstrong et son premier pas… Vu avec mes yeux d'enfant, cela semblait tellement éloigné de notre réalité, totalement incroyable. Et Youri Gagarine était à l'origine de tout cela ; je croyais que sans lui rien ne serait arrivé.

Depuis, j'ai eu la chance de toucher un peu à ce rêve de devenir spationaute : les sélections, quelques entraînements, le travail quotidien sur des missions ou des instruments, tout cela me renvoie chaque jour vers cette photo de Youri Gagarine avec sa colombe à la main. Force de la propagande, vision d'enfant, empathie naturelle, je ne sais pas pourquoi mais je me sens proche de cette photo.

L'Union soviétique a fait de son cosmonaute un héros surnaturel, figé dans une image idéale. Je crois, je pense, je suis sûr qu'il était surtout très simplement humain.

 

 

 

Quel serait votre rêve spatial le plus fou ?

Marcher en famille sur la Lune et regarder un lever de Terre.

 

 

Merci, Michel Viso !

 

Interview réalisée par mail en janvier 2009

 

 

     

 

Au Congrès de l'IAF à Toulouse en octobre 2001

et à la Maison de l'Environnement d'Orly pour l'exposition 50 regards en avril 2008

 

 

 

Retrouvez Michel Viso sur Ciel & Espace Radio

 

 

 

La semaine prochaine (lundi 31 mai 2004) : Serge Gracieux

 

 

 

 

 

Les coordonnées des invités ne sont communiquées en aucun cas