L'invité de la semaine dernière : Stéphane Bailanger

 

LES INVITES DU COSMOPIF

 

N°240 (lundi 8 juin 2009)

 

Bruce McCandless II

Premier homme-satellite

 

     

 

 

Bruce McCandless II en bref

Né le 8 juin 1937 à Boston (Massachssetts, Etats-Unis)

Capitaine de l'US Navy, astronaute NASA de 1966 à 1990

134e sujet de l'espace, 68e Américain dans l'espace

Deux vols spatiaux : missions STS-41B et STS-31

Temps total passé dans l'espace : 13 jours et 32 minutes (dont 2 EVA, d'une durée totale de 12 heures et 12 minutes)

 

    

 

Cursus universitaire

Bruce McCandless est titulaire d'un baccalauréat en sciences (BSc) de l'Académie de la marine américaine en 1958, d'un master en ingénierie électrique (MSc) de l'Université de Stanford en 1965 et d'un master en administration des affaires (MBA) de l'Université de Houston en 1987.

 

Carrière militaire

Sorti second de sa promotion à l'Académie navale d'Annapolis (Maryland) en 1958, Bruce McCandless s'entraîne au pilotage sur les bases de Pensacola (Floride) et Kingsville (Texas) et reçoit ses ailes de pilote en 1960. Il est alors affecté au 102e escadron de combat. Il sert sur les porte-avions USS Forrestal et USS Enterprise, vole sur Skyray et F-4B Phantom II et participe au blocus de Cuba, décrété en février 1962. En 1964, il est instructeur de vol aux instruments au sein du 43e escadron d'attaque d'Apollo Soucek Field à Oceana (Virginie) puis suit un master en ingénierie électrique au sein de l'unité d'entraînement des officiers de réserve de la Navy à l'Université de Stanford.

Formé au pilotage de nombreux avions (T-33B Shootingstar, T-38A Talon, F-4B Phantom II, F-6A Skyray, F-11 Tiger, TF-9J Cougar, T-1 Seastar et T-34B Mentor) et de l'hélicoptère Bell 47G, Bruce McCandless compte plus de 5 200 heures de vol, dont 5 000 à bord d'avions à réaction.

 


Carrière d'astronaute

En avril 1966, Bruce McCandless (âgé de 28 ans) est sélectionné par la NASA pour intégrer son 5e groupe d'astronautes. Il sert notamment comme officier de communication (capcom) lors des missions lunaires Apollo 10, 11 et 14, entre 1969 et 1971. Membre de l'équipage de soutien d'Apollo 14, il aurait pu être pilote de la première mission d'occupation du laboratoire orbital américain Skylab si les vols Apollo 18 à 20 avaient été maintenus. Dans la réorganisation qui suit l'arrêt prématuré du programme lunaire, il est seulement désigné comme doublure de Paul Weitz, pilote du premier équipage de Skylab en mai-juin 1973 (mission SL-2). Il est à nouveau capcom lors des missions Skylab 3 (juillet-septembre 1973) et Skylab 4 (novembre 1973-février 1974).

 

 

Dans le cadre du programme Skylab, Bruce McCandless participe activement à la conception de l'expérience M-509, un système de propulsion dorsal destiné à faciliter le déplacement des astronautes dans le vide : l'AMU (Astronaut Maneuvering Unit). Les travaux se poursuivent avec l'arrivée de la navette et déboucheront sur la mise au point du "fauteuil spatial" MMU (Manned Maneuvering Unit).

Bruce McCandless travaille également à la définition de matériel et de procédures pour les étages IUS des satellites lancés depuis la navette et est impliqué dans plusieurs projets du programme navette : le télescope spatial, la mission de réparation du satellite Solar Max et le programme de station spatiale.

 

 

     

 

Chez Martin Marietta en 1971, Bruce McCandless essayant l'ancêtre du MMU : l'Astronaut Maneuvering Unit.

D'une autonomie de 30 minutes, l'AMU peut être porté par-dessus des habits "normaux" ou une combinaison spatiale.

En août 1973, l'AMU fut testé à l'intérieur de Skylab par Alan Bean et Jack Lousma (en photo).

 

 

Du 3 au 11 février 1984 (soit près de 18 ans après sa sélection), Bruce McCandless (alors âgé de 46 ans) connaît enfin son baptême de l'espace, participant à la fameuse mission STS-41B. Lors d'une sortie extravéhiculaire historique le 7 février, il utilise pour la première fois le MMU dans le vide spatial et devient le premier "homme-satellite".

 

     

 

A gauche : l'équipage de la mission STS-41D

Au premier plan : Vance Brand (commandant) et Robert Gibson (pilote)

A l'arrière plan : Robert Stewart, Ronald McNair et Bruce McCandless (spécialistes de mission)

 

A droite : l'équipage de la mission STS-41D

Au premier plan : Charles Bolden (pilote) et Loren Shriver (commandant)

A l'arrière plan : Steven A Hawley, Bruce McCandless et Kathryn D. Sullivan (spécialistes de mission)

 

 

Du 24 au 29 avril 1990, Bruce McCandless effectue son second séjour autour de la Terre, à l'occasion de la mission STS-31 de la navette Discovery. L'objectif principal est le déploiement du télescope spatial Hubble.

 

 

 

En août 1990, Bruce McCandless quitte l'armée et la NASA pour devenir un consultant aérospatial basé à Houston. Il a notamment aidé à la mise au point de procédures pour les sorties extravéhiculaires des missions de réparation et de maintenance du télescope Hubble. Il a également rejoint le comité directeur de la société Martin Marietta à Denver (Colorado).

 

Bruce McCandless est marié, père de deux enfants. Il est amateur d'électronique, de photographie, de plongée sous-marine, de vol et de ski de fond.

 

 


4 questions à Bruce McCandless

 

 

 

Comment est née votre vocation pour l'espace ?

Quand j'étais à l'école primaire, vers l'âge de 10-12 ans (à la fin des années 40), je me suis intéressé aux livres publiés par les Allemands sur les fusées. Mon père et mon grand père n'y croyaient pas, ils pensaient que la conquête de l'espace ne commencerait pas avant le 21e siècle. Puis je suis rentré à l'Académie navale et, lors de ma dernière année, les Soviétiques ont placé Spoutnik-1 sur orbite. J'ai poursuivi à m'entraîner à voler et entamé ma carrière de pilote. Et, dès que j'ai eu l'opportunité de me présenter comme candidat astronaute, je l'ai fait. Et j'ai été retenu.

 

 

"The Original Nineteen" (avril 1966)

Premier rang (assis), de gauche à droite : Edward Givens, Edgar Mitchell, Charles Duke, Don Lind,

Fred Haise, Joe Engle, Vance Bran, John Bul et Bruce McCandless II

Second rang (debout), de gauche à droite : Jack Swigert, William Pogue, Ronald Evans,

Jack Lousma, James Irwin, Gerald Carr, Stuart Roosa, Alfred Worden, Thomas Mattingly et Paul Weitz.

 

 

Quelle anecdote personnelle ou souvenir fort lié à la conquête spatiale souhaiteriez-vous nous faire partager ?

Pour être honnête, le fait d'avoir été capcom pendant la mission Apollo 11 reste un incroyable souvenir. Avoir pu communiquer avec Neil et Buzz lorsqu'ils étaient sur la Lune fut un immense privilège. C'était un grand moment de l'histoire de l'humanité.

 

     

 

Durant la mission Apollo-11, Bruce McCandless a servi de capcom durant la marche lunaire

 

 

Evidemment, l'essai du MMU autour de la Terre lors de la mission STS-41B constitue également une formidable expérience personnelle. Je me suis éloigné de 328 pieds (97 m) de Challenger -la distance a été mesurée au laser. J'étais constamment assailli de questions et de conseils du centre de contrôle de mission : "Comment te sens-tu ? Ne vas pas trop loin…" J'ai eu finalement peu de temps pour apprécier mais c'était bien agréable d'être ainsi satellisé !

 

     

 

     

 

Après des essais à l’intérieur de la soute puis à proximité de la navette Challenger, Bruce McCandless devient le premier homme à se déplacer librement dans l'espace, sans "fil à la patte", le 7 février 1984. Le MMU, dont tous les systèmes sont redondants, pèse 140 kg au sol et est équipé de 24 tuyères projetant de l’azote.

 

 

De la même manière, quel objet spatial vous fascine-t-il ?

La navette spatiale est une incroyable machine, que l'on peut comparer au Concorde. Elle a permis de développer de nouvelles technologies, de nous faire avancer plus vite vers le futur. C'est une grande tragédie que des vies aient été perdues lors d'accidents en vol mais cela reste un appareil expérimental, avec des systèmes nouveaux. Mes deux vols à bord de la navette ont été parfaits, c'est un outil efficace pour utiliser le MMU, déployer le télescope Hubble et desservir la station spatiale internationale.

 

     

 

Départ des missions STS-41B (Challenger) et STS-31 (Discovery)

 

 

Quel serait votre rêve spatial le plus fou ?

Aujourd'hui, j'aimerais voir des hommes ou des femmes -ou les deux- marcher sur Mars et revenir.

Je ne suis évidemment pas le premier à la dire mais, si un robot découvre de la vie sur Mars, ce sera parfait : s'il ne trouve rien, ce sera simplement négatif. Or, si vous envoyez des hommes sur place, vous pourrez faire de la vraie recherche, plus fine, regarder à des endroits différents… Bref, mettre toutes les chances de votre côté pour réaliser la découverte que l'on attend tous !

 

 

Merci, Bruce McCandless !

 

 

     

 

Interview réalisée lors de la convention Autographica 13 à Birmingham en avril 2009
en compagnie de Buran, Capcom, Pim et Spacemen1969

Merci à Paul Cultera et Stéphane Sébile pour l'aide à la recherche d'images

 

 

 

 

La semaine prochaine (lundi 13 juin 2009) : Yasemin Baydaroglu

 

 

 

 

 

 

Les coordonnées des invités ne sont communiquées en aucun cas