L'invité de la semaine dernière : Andrew Scheer

 

LES INVITES DU COSMOPIF

 

N°327 (lundi 13 juin 2011)

 

Docteur Koichi Wakata

Chef des astronautes de l’agence spatiale japonaise (JAXA)

www.jaxa.jp/projects/iss_human/astro/index_e.html

 

   

 

Koichi Wakata en bref

 

4e astronaute japonais, 342e sujet de l’espace.

Né le 1er août 1963 à Saitama au Japon.

Ingénieur diplômé de l’université de Kyushu (licence en ingénierie aéronautique en 1987, maitrise en mécanique appliquée en 1989 et doctorat en ingénierie aérospatiale en 2004).

Ingénieur structure pour la compagnie aérienne Japan Airline de 1989 à 1992, affecté au département Maintenance de base de l’aéroport de Narita puis au groupe Cellules du bureau d’études (étude de la fatigue, des effets de l’environnement et de la prévention de la corrosion du fuselage en aluminium du Boeing 747).

Seul candidat retenu dans le 2e groupe d’astronautes japonais en avril 1992, il est intégré dans le 14e groupe d’astronautes de la NASA en décembre 1992.

Certifié instructeur robotique pour la NASA en décembre 2000 et instructeur pour les sorties extravéhiculaires en juillet 2008.

Qualifié ingénieur de bord sur Soyouz en décembre 2006.

Chef du groupe des astronautes japonais depuis avril 2010.

trois vols spatiaux réalisés entre 1996 et 2009, soit un total de 159 jours, 10 heures et 46 minutes passés dans l’espace.

Un quatrième vol est prévu à partir de novembre 2013 (séjour de 6 mois sur ISS).

Pilote privé (plus de 2 600 heures de vol sur de multiples appareils), amateur de baseball et de ski.

Marié, un enfant.

 

         

 

      

         

 

A 29 ans, à peine sélectionné par l’agence spatiale japonaise (la NASDA, à l’époque), Koichi Wakata débute en août 1992 son entrainement de base d’un an au centre spatial Johnson de la NASA à Houston (Texas). En attendant ensuite une affectation comme spécialiste de mission sur la navette, il participe au développement des missions à la Mission Development Branch et travaille pour le laboratoire d’intégration de l’avionique de la navette, le Shuttle Avionics Integration Laboratory.

 

Du 11 au 20 janvier 1996, Koichi Wakata participe à la mission STS-72 d’Endeavour, durant laquelle il devient le premier spécialiste de mission japonais. Les principaux objectifs du vol sont de récupérer la sonde japonaise Space Flyer Unit (SFU) lancée de Tanegashima par une fusée H-2 10 mois auparavant, de déployer puis récupérer la plate-forme scientifique OAST-Flyer et d’effectuer deux sorties extravéhiculaires testant des techniques destinées à la construction de la station spatiale internationale. Koichi Wakata est aux commandes du bras SRMS de la navette lors des manipulations de la sonde SFU et de la plate-forme OAST-Flyer. Le vol dure 8 jours et 22 heures.

 

 

Après ce premier vol, Koichi Wakata s’occupe de robotique au sol à la Robotics Branch. Il assiste ainsi le directeur des opérations des charges utiles de la NASDA lorsqu’est testé le prototype de bras robotique du module japonais de l’ISS (Manipulator Flight Demonstration) lors de la mission STS-85 de la navette Discovery en août 1997.

 

Du 11 au 24 octobre 2000, Koichi Wakata participe à la mission STS-92 de Discovery, durant laquelle il devient le premier astronaute japonais à travailler sur l’assemblage de l’ISS. L’objectif principal de la mission est l’installation de la poutre Z1 et du bloc d’amarrage PMA-3 avant l’arrivée du premier équipage permanent de la station. C'est à nouveau Koichi Wakata qui est chargé de manipuler le bras robotique de la navette. Le vol dure 12 jours, 21 heures et 40 minutes.

 

 

En mai 2001, Koichi Wakata est affecté aux sorties extravéhiculaires tout en continuant ses activités robotique. A partir de 2006, il prépare un séjour de longue durée à bord de l'ISS, le premier effectué par un astronaute japonais. L’agence spatiale japonaise est depuis 2003 devenue la JAXA.

 

La troisième mission de Koichi Wakata se déroule du 15 mars 2009 au 31 juillet 2009. Parti avec la navette Discovery à l’occasion de la mission STS-119, Koichi Wakata est ingénieur de vol des Expeditions 18, 19 et 20 et rentre avec la navette Endeavour à la fin de la mission STS-127. Il devient également le premier Japonais à effectuer un vol à bord du Soyouz TMA à l’occasion d’un changement de port d’attache du TMA-14 le 2 juillet. Durant son séjour, il manipule tous les systèmes robotique disponibles sur la station : le Canadarm2, Dextre et le bras du laboratoire japonais Kibo dont l’assemblage final est effectué lors de la mission d’Endevour. L’arrivée de l’équipage du Soyouz TMA-15 le 29 mai 2009 marque le début de l’occupation permanente de l’ISS par un équipage de 6 membres.

Koichi Wakata rentre sur Terre au terme d’une mission de 137 jours, 15 heures et 5 minutes.

 

   

 

Démonstration de tapis volant par Koichi Wakata à bord d’ISS en mai 2009

A voir sur www.youtube.com/watch?v=vk9xBGxmpAg&playnext=1&list=PLBF1CAACACB722B44

 

 

De mars 2010 à février 2011, Koichi Wakata est chef à la direction des opérations de l’ISS, avant d’être désigné pour une mission de 6 mois à bord d’ISS à partir de fin novembre 2013. Il sera lancé à bord du Soyouz TMA-11M, aura la fonction d’ingénieur de vol de l’Expedition 38 et commandera l’Expedition 39.

 

D’autre part, du 22 au 28 juillet 2006, Koichi Wakata a été le commandant de la 10e mission NEEMO (Extreme Environment Mission Operations) de la NASA, un séjour sous-marin d’une semaine à bord du complexe Aquarius de la NOAA, installé sur la côte de Floride.

 

 

L’équipage de la mission NEEMO 10 en juillet 2006

De gauche à droite : Drew Feustel, Karen Nyberg, Karen Kohanowich et Koichi Wakata

 

 

 

 

7 questions à Koichi Wakata

 

 

Koichi Wakata, pourquoi et comment êtes-vous devenu astronaute ?

Quand j’ai vu en 1991 dans les journaux l’annonce de la deuxième sélection d’astronautes de l’agence spatiale japonaise, ma curiosité a été piquée au vif. J’étais alors ingénieur structure au département Maintenance de base de la compagnie Japan Airlines. Je voulais voir de l’intérieur quel était le processus de sélection d’un astronaute et j’ai finalement eu la chance d’aller jusqu’au bout et de pouvoir voler ! Cette chance, je la dois aussi au fait que la NASA ait ouvert en 1992 une sélection d’astronautes qui pour la première fois était ouverte à l’Europe, au Canada et au Japon. C’est ainsi que je me suis notamment retrouvé aux côtés de votre compatriote Jean-François Clervoy dans le groupe d’astronautes n°14.

 

 

 

Les 24 astronautes du groupe 14 de la NASA, surnommés « Les Porcs » (The Hogs)

 

 

Quel événement de l’histoire de l’exploration spatiale vous a-t-il particulièrement marqué et pourquoi ?

Je me souviens très bien des premiers pas de l’homme sur la Lune durant l’été 1969. J’avais alors 5 ans -presque 6- et je les avais suivis en direct à la télévision. Mais j’ai longtemps été persuadé qu’il serait impossible pour nous Japonais de participer à une telle aventure, qu’il ne s’agissait que d’une histoire entre les Russes et les Américains. Pour moi, jamais le Japon ne serait un jour acteur de l’exploration spatiale…

 

 

 

Quel souvenir ou anecdote lié à vos vols spatiaux auriez-vous à nous faire partager ?

Je me souviendrai toujours je crois de la première fois où j’ai vu la Terre depuis l’espace lors de mon premier vol à bord de la navette Endeavour en 1996. Nous avions décollé du centre spatial Kennedy en Floride en pleine nuit, à 4h41 du matin. Très rapidement, j’ai pu voir se dessiner la courbure de la Terre dans le ciel noir. Arrivé sur orbite, j’ai pu l’admirer. Notre planète est si belle et si fragile, nous devons en prendre soin !

 

 

Premier lancement de Koichi Wakata le 11 janvier 1996 (STS-72/Endeavour)

 

 

Quelle serait votre photo spatiale ou astronomique préférée et pourquoi ?

Je pense immédiatement au célèbre lever de Terre au-dessus de la Lune pris par l’équipage de la mission Apollo 8 en décembre 1968. Mais je retiens aussi les images haute définition de la sonde japonaise Kaguya en novembre 2007. Le contraste est frappant entre la désolation du sol lunaire au premier plan et les couleurs vives de la Terre, le bleu prononcé des océans, le blanc de l’atmosphère et le marron des continents. J’aime beaucoup cette vue de notre petit cocon dans l’immensité et le noir de l’espace.

 

 

 

De la même manière, quel objet spatial vous fascine-t-il ?

J’aime tous les vaisseaux qui permettent aux hommes de voyager dans l’espace. Je suis toujours parti dans l’espace et suis toujours rentré sur Terre à l’aide de la navette spatiale américaine (Endeavour ou Discovery) mais j’ai aussi effectué un petit tour d’une demi-heure en Soyouz pour aller d’un port d’attache à un autre sur l’ISS. J’utiliserai à nouveau le Soyouz pour ma prochaine mission vers la station fin 2013.

 

 

L'ombre du Soyouz TMA-14 sur un panneau solaire de l’ISS

lors du déplacement du vaisseau du module Zvezda au module Pirs, le 2 juillet 2009.

A bord se trouvent Gennady Padalka, Mike Barratt et Koichi Wakata.

Images vidéo disponibles sur www.youtube.com/watch?v=bdGjiBkG9Jg

 

 

Que vous évoque le personnage de Youri Gagarine ?

Je suis plus jeune que son exploit. Quand je m’entraînais à la Cité des étoiles en Russie, je passais tous les jours devant sa statue en faisant du jogging et je le remerciais à chaque fois pour nous avoir ouvert la voie.

 

 

Quel serait votre rêve spatial le plus fou ?

Je rêve que tout le monde puisse aller un jour dans l’espace admirer notre belle planète. Voir la Terre d’en haut, c’est évidemment possible grâce à la technologie mais je souhaite à tout un chacun de pouvoir le faire avec ses propres yeux, comme j’ai pu le faire moi-même.

 

 

Merci, Koichi Wakata !

 

Interview réalisée en anglais le 22 mars 2011 à l’UNESCO

en compagnie de Stéphane Sébile et Thomas Tsymbal.

Retranscription effectuée par Pif.

 

 

Photo Stéphane Sébile

 

 

 

La semaine prochaine (lundi 20 juin 2011) : Muriel Saccocio

 

 

 

 

 

 

Les coordonnées des invités ne sont communiquées en aucun cas

 

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