L'invité de la semaine dernière : Philippe Boissat

 

LES INVITES DU COSMOPIF

 

N°325 (lundi 30 mai 2011)

 

Pierre "Sidjay" Villette

Technicien spécialisé en horticulture

Modérateur du Forum de la conquête spatiale

http://astronautique.actifforum.com/

 

 

 

Qui êtes-vous, Pierre Villette ?

Tout d’abord, je tenais à vous exprimer mes remerciements pour votre invitation sur le Cosmopif qui est un site Internet de renom. Je suis assez fier de répondre à votre questionnaire et, de ce fait, de rejoindre toute la galerie d’invités.

Je me nomme donc Pierre Villette mais certains me connaissent sous les pseudonymes Sidjay ou Pierrot. Je suis né le 13 janvier 1981 à Chatenay-Malabry (Hauts-de-Seine). J’ai aujourd’hui 30 ans et je suis papa de deux petites filles, Camille (5 ans) et Marine (18 mois). J’habite toujours en Ile-de-France, plus exactement dans la ville de Fresnes (Val-de-Marne), où je vis désormais depuis 8 ans. Auparavant, j’habitais à Fontenay-aux-Roses (Hauts-de-Seine), à côté du Parc de Sceaux.

 

 

Quel a été votre parcours professionnel ?

Mon métier, que j’exerce avec plaisir chaque jour depuis maintenant 11 années, n’a absolument aucun lien avec ce qui est devenu aujourd’hui une de mes passions, l’espace. Lorsque j’avais 16 ans, j’étais plein de passions mais n’avais pas le réel désir qu’une d’entre elles me permette d’en vivre un jour. Surtout, il était évident pour mes parents et mes encadrants scolaires qu’une carrière dans le journalisme ou même dans les métiers des arts graphiques n’était que fantasme, mon niveau scolaire ne m’y autorisant visiblement pas. Non pas par dépit mais plutôt par goût de la découverte, je me suis alors tourné vers les espaces verts. J’ai intégré une école professionnelle en septembre 1997 et obtenu mon BEP en deux ans. J’ai ensuite intégré une classe de spécialisation en techniques horticoles à l’école du Breuil de Vincennes, près de Paris. L’objectif de cette année était de passer un concours d’embauche pour un emploi d’horticulteur à la Mairie de Paris. J’ai été retenu en janvier 2000 et intégré mon poste le 12 avril suivant (une belle date d’embauche !). Mon orientation professionnelle ne ressemblait en rien à celle de mes fantasmes de jeunesse mais elle me garantissait un avenir plus rationnel.

Mon travail quotidien consiste à produire des arbustes en pépinière qui orneront tous les jardins publics de Paris. Travailler au grand air est plaisant l’été mais exige en hiver beaucoup plus de rigueur, c’est parfois difficile. Il y a 5 ans, j’ai fait évoluer ma carrière vers un domaine plus varié et plus complexe : la conduite d’engins agricoles. Il faut savoir que, de nos jours, un pépiniériste ne porte plus de chapeau en paille et de tablier vert. Il a gardé le sécateur mais s’est équipé de toute une flotte d’engins agricoles, de toutes tailles, afin de satisfaire au mieux les objectifs qu’exige son travail. J’ai donc passé avec succès tous mes examens de pilotage d’engins agricole, toutes catégories confondues. Aujourd’hui, certains disent que je me débrouille "pas trop mal".

 

 

Quelle est votre passion, comment est-elle née, comment la vivez-vous ?

Je suis un homme passionné, qui a toujours été impliqué dans ce qu’il entreprenait. Quand j’avais une quinzaine d’années, mon rêve était d’être une star du rock, puisque plutôt bon guitariste. Mon petit groupe de musique était bourré d’ambitions -des ambitions de jeunots, certes. En tous cas, ma passion pour ma musique se doublait d’une autre passion, celle du journalisme. Mon groupe de musique se devait de posséder son propre fanzine. C’est alors que j’ai commencé à titiller Windows et Word. Chaque semaine, j’éditais un journal que je photocopiais en cinq exemplaires et que je transmettais aux copains. Avec ma vie professionnelle qui se profilait à l’horizon, j’ai hélas été forcé de laisser tomber cette aventure musicale et journalistique, faute de temps.

Mais alors, pourquoi l’espace ? En débutant mon travail de pépiniériste en 2000, je découvris que l’aéroport d’Orly était mon principal voisin. Mes souvenirs d’enfance ont alors refait surface. Ces souvenirs qui me ramenaient à une époque où le dimanche j’allais avec mon grand-père à Orly voir, telle la chanson de Gilbert Bécaud, les avions s’envoler. Chaque jour qui passait, je ne pouvais m’empêcher d’aller de nouveau sur les traces de mon enfance, au sommet d’une petite butte de terre, au seuil de piste 24-06. Je fis alors mes premiers pas dans la photographie aéronautique, à l’aide d’un petit Kodak -aujourd’hui, lorsque je "shoote" un "coucou", c’est avec un Canon. Depuis la naissance de ma première fille, je consacre bien moins de temps à cette occupation mais je garde malgré tout toujours un œil ouvert sur les parkings d’Orly…

 

   

 

"Shootings" de Pierre Villette aux abords des pistes d'Orly

 

En tous cas, ma passion pour l’espace est une prolongation naturelle à ma passion pour l’aéronautique. En juillet 2005, un de mes collègues (qui connaissait mon engouement pour l’aviation) m’a conseillé de cliquer sur un lien web : c’était NASA-TV. Sur le pas de tir ? La navette Discovery qui allait effectuer la mission STS-114 de retour en vol (Return to Flight), deux ans et demi après la destruction en vol de Columbia. Une fois les trois moteurs SSME de la (nouvelle) doyenne des navettes allumés, ma passion infinie pour le spatial était née ! Je considère aujourd’hui l’astronautique comme une suite logique à l’aviation que j’aime encore. Ce jour-là, je fus contaminé par l’espace.

 

 

La navette Discovery sur son pas de tir avant le lancement de la mission STS-114

 

 

Après avoir suivi bien d’autres lancements -sans rien y comprendre- via le site de la NASA, j’ai décidé de chercher sur le web un forum français où les membres seraient aussi passionnés que moi, de sorte de pouvoir titiller un peu le monde des ingénieurs ainsi que leurs connaissances, pour apprendre -car j’aime apprendre. C’est ainsi que le 5 avril 2009 arriva sur le Forum de la conquête spatiale un nouveau membre dénommé Pierrot. Puis ce fut Sidjay (en l’honneur d’un astronaute clé de la NASA, Rick "Sidjay"  Sturckow) qui fit son apparition, flanquant définitivement à la porte Pierrot. Dès lors, j’ai pu réaliser bon nombre de mes désirs : des désirs d’acquisition en connaissances sur l’espace, de communication et de rédaction dans un style que je juge considérablement plus sérieux qu’auparavant. J’aime écrire pour le FCS, notamment certains récits de missions spatiales. J’aime également créer des compositions graphiques pour le portail. Grâce à ce support internet qu’est ce forum, je peux vivre en détail les dernières missions de la navette, tout en me captivant déjà pour le futur avenir du spatial, au sens large. Plus les années passent et plus je pense être un mordu d’espace.

 

      

 

Créations graphiques de Pierre Villette pour le Forum de la conquête spatiale

 

 

 

Quelle anecdote personnelle ou souvenir fort lié à la conquête spatiale souhaiteriez-vous nous faire partager ?

Mon plus beau souvenir spatial est tout récent, il ne date que de quelques semaines ! C'était en effet le 30 avril dernier, lorsque j’ai assisté à une conférence organisée par le CNES en présence d’un astronaute. C’était l'opération "Tous dans l’espace" organisée au théâtre Firmin Gémier d'Antony. Certains sont grandement habitués à ce genre d'événement mais je dois vous avouer qu’en ce qui me concerne ce fut une grande première : je n’avais jamais assisté à une telle conférence et je n’avais jamais rencontré de scientifiques ni d’astronaute. Je vous avoue donc avoir été quelque peu intimidé lorsque j’ai discuté en fin de conférence avec Patrice Brudieu du CNES ou Léopold Eyharts... N’étant qu’un simple jardinier, vous imaginez certainement l’océan qui nous sépare ! Cette soirée marque très certainement un tournant personnel, m'encourageant à aller participer à d’autres du même genre dans l’avenir.

 

   

 

Léopold Eyharts le 30 avril 2011 à Antony

Photo Stéphane Sébile

 

 

La conférence avait commencé sans trop de retard, la salle était pleine. J’avais à côté de moi une maman avec son fils, contraint de s’asseoir sur les marches du théâtre, tellement la salle était non pas trop petite mais comble. La conférence était divisée en plusieurs grand thèmes : le CNES, les lanceurs, les satellites, la vie sur Terre sans satellites, les vols habités, les exo-planètes et l'exploration lointaine (autres planètes et astéroïdes). Ce fut vraiment sympathique et enrichissant. Régulièrement, les spectateurs étaient invités à poser des questions à l’intervenant, alors sur scène. La plupart des questions ont posées par des enfants, Patrice Brudieu répondait toujours avec grande classe et professionnalisme.

L'intervention de Léopold Eyharts a duré près de 35 minutes. Après s'être présenté à l’assemblée, l'astronaute a commenté un film NASA d'une demi-heure présentant sa dernière mission (STS-122). C’était vraiment touchant que de voir un drapeau français sur une combinaison américaine ACES !

 

 

 

En 2008, lorsque Léopold Eyharts a mis en service le module Columbus, je ne suivais pas autant les astronautes et les différents directs m’avaient échappés. Revivre ainsi son vol sur grand écran a donc été une formidable expérience. Alan Poindexter était le pilote de la mission de départ (avec la navetet Atlantis, Léopold Eyharts étant revenu sur Terre deux mois plus tard avec Endeavour).

 

A la fin de la conférence, tout le monde a été invité à passer dans une pièce adjacente à la salle de théâtre pour rencontrer les intervenants et poser toutes les questions n’ayant pas pu être posées au moment de la conférence, autour d’un verre de Champagne. J’ai ainsi rencontré Léopold Eyharts mais aussi pu faire "réellement" la connaissance avec des membres du Forum de la conquête spatiale que j’apprécie vraiment, notamment le fameux "Spacemen1969" (Stéphane Sébile) et Pif, le fondateur du Cosmopif. C’était une belle rencontre, ce fut vraiment enthousiasmant !

 

 

Quelle serait votre photo spatiale ou astronomique préférée et pourquoi ?

Voici une image que l’on peut voir en direct sur Internet lors d’un lancement de navette spatiale. Elle est issue d’une petite caméra placée sur le réservoir externe de l’orbiteur. Elle permet aux ingénieurs au sol d’observer le moindre détachement de mousse de protection durant l’ascension. Pourquoi a-t-elle ma préférence ? Tout simplement parce que, de ce point de vue précis, on se rend compte réellement de la vitesse à laquelle évolue la navette alors en pleine ascension vers l’espace. C’est fou à quelle rapidité elle grimpe à travers les différentes strates qui composent l’atmosphère ! Vers les 5 minutes de vol, toujours par le biais de cette caméra, nous pouvons visualiser l’arrondi de la Terre et déjà le noir du vide spatial.

 

 

 

De la même manière, quel objet spatial vous fascine-t-il ?

Ce n’est pas tant un objet mais plutôt un véhicule spatial qui me fascine : la navette spatiale américaine évidemment. Alliant aéronautique et astronautique, ce véhicule me transporte non pas vers le Flight Level 350 (altitude de croisière standard d’un avion, soit environ 5 500 m) mais bien sur orbite. J’aime beaucoup l’admirer sous toutes les coutures, en particulier Discovery qui me parait bien plus marquée par sa carrière que ses deux jumelles, et qui constitue ma navette préférée. Elle est désormais un objet de musée puisqu’elle doit prochainement rejoindre le Musée de l’Air et de l’Espace de Washington. Mon rêve n’est donc plus d’aller l’admirer s’envoler de son pas de tir 39A en Floride mais de pouvoir la retrouver dans ce grand musée, de prendre le temps de l’admirer et de "converser" avec elle en toute tranquillité, à l’occasion d’un voyage que j’aimerais accomplir dans les années à venir.

 

 

Dernier atterrissage de la navette Discovery le 9 mars 2011

 

 

Que vous évoque le vol de Youri Gagarine ?

Gagarine, c’est une aventure qui a bouleversé à jamais l’histoire de la conquête spatiale. Mais je ne suis né qu’en 1981 et je n’ai jamais trop baigné dans l’aventure spatiale russe. Autodidacte, c’est vers le spatial américain que je me suis naturellement tourné. Malgré cela, je dois avouer que j’ai pu mes élargir connaissances sur les programmes spatiaux russes grâce au Forum de la conquête spatiale, d’une façon bien plus simple et pertinente qu’en cherchant seul via Google ou sur certains sites Internet souvent rédigés en russe.

 

 

Quel serait votre rêve spatial le plus fou ?

J’aimerais m’assoir sur l’un des sièges de la navette américaine, entendre dans mon casque les lectures des check-lists, recevoir les dernières instructions du centre de contrôle, proclamer alors via mon micro casque "Guest passenger-Houston : I read you load and clear, Good-morning, Houston !", sentir le léger basculement vers l’avant de la navette à l’allumage des moteurs SSME et m’envoler vers l’espace, tant pis si je suis malade 8 minutes plus tard ! C’est forcément voler sur orbite, avec la navette spatiale américaine, dont je rêve...

 

 

Merci, Pierre Villette !

 

Interview réalisée par mail en mai 2011

 

 

 

La semaine prochaine (lundi 6 juin 2011) : Andy Scheer

 

 

 

 

 

 

Les coordonnées des invités ne sont communiquées en aucun cas

 

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