LES INVITES DU COSMOPIF

 

N°206 (lundi 6 octobre 2008)

 

 

Erwan Vappreau

Professeur des écoles et bénévole de Planète Sciences Bretagne

 

 

Erwan Vappreau lors de l'International Space Camp 2004 à Huntsville (Alabama)

 

 

Qui êtes-vous, Erwan Vappreau ?

Aujourd’hui professeur des écoles en Bretagne, la trentaine dépassée, j’ai été durant de nombreuses années (près de 15 ans) engagé, bénévolement et à titre professionnel, dans divers projets dans le champ de la culture scientifique, principalement dans le cadre du réseau Planète Sciences. De la direction de séjour à la formation, en passant par des projets internationaux, je me suis passionné pour la mise en œuvre d’approches méthodologiques telles que la démarche de projets dans de nombreux univers de la diffusion scientifique et dans des domaines scientifiques très divers.

Concernant le domaine spatial, c’est principalement à travers ce même réseau associatif que j’ai pu me former en astronomie et m’investir dans la conception de fusées (les "micro-fusées" simplement car je n'ai jamais eu le temps de passer aux "minifs" ou aux "fusex") et surtout la mise en œuvre et le suivis de nombreux projets de ballons expérimentaux.

 

 

Lancement d'une microfusée au pied de la célèbre fusée Vostok du parc VDNKh de Moscou

lors de l’Exposcience internationale de 2003

Photo Erwan Vappreau

 

 

Quel a été votre parcours professionnel ?

Après une maîtrise de biologie à la fac de Rennes, j'ai passé deux ans au Muséum national d’histoire naturelle au laboratoire Mammifères et Oiseaux, attaché à la conservation. Cela m’a permis de découvrir une multitude d'activités qui entourent la gestion des collections au quotidien, de l’expertise douanière à la génétique ou de la naturalisation scientifique des spécimens aux missions scientifiques sur le terrain. J'ai ainsi pu intégrer une mission scientifique menée en forêt guyanaise en 1998 (une expérience très forte concrétisant mes rêves d’immersion totale en milieu naturel sauvage) et, à notre retour, pu assister à un décollage d’une fusée Ariane 4 !

 

   

 

Façade ouest d'une des Iles du Salut, au large de Kourou. Au fond, les pas de tir Ariane

Lancement V111 du 5 octobre 1998 (Ariane 44L). Charges utiles : W2 (Eutelsat) et Sirius 3 (Suède)

Photos Erwan Vappreau et Arianespace

 

 

J’ai ensuite choisi de passer un DEA d’enseignement et de diffusion des sciences et des technologies et me suis mis à la recherche d'une expérience professionnelle alliant conception et coordination, formation et mise en œuvre de projets. J’ai donc occupé durant 5 ans un poste de permanent associatif, coordonnant des projets menés par l’association Planète Sciences Bretagne.

J’ai quitté ce poste en 2006 pour passer le concours et devenir récemment professeur des écoles.

 

 

Quelle est votre passion, comment est-elle née, comment la vivez-vous ?

J'ai tout d'abord été passionné par les sciences naturelles (au sens large), conforté par un papa qui trouvait parfois le temps de ressortir ses vieux bocaux de formol, sa vielle trousse à dissection, ses jumelles et son microscope pour aller au bout de certaines questions que je posais. Adolescent, je m’éloignais régulièrement de la maison pour coller l’œil à l’oculaire de mon premier télescope ou pour aller m'essayer aux techniques d'affût pour observer chevreuils et autres habitants de la campagne, située à l'époque à deux pas de la maison.

Dans le cadre de mon cursus de biologie d'une part et par le biais du monde de l'animation découvert en parallèle en passant mon BAFA d'autre part, j'ai ensuite effectué une série de rencontres formidables : des enseignants hors normes comme Alain Canard à la fac ou des animateurs professionnels un peu déjantés dans des réseaux de cultures scientifiques ou de découverte de l’environnement. Bref, des rencontres qui vous font avoir un déclic. Ainsi, deux passions sont nées en parallèle : la découverte des sciences et l'accompagnement de jeunes dans des projets expérimentaux. Dès lors, en m’investissant en parallèle dans ces deux univers, je me suis naturellement orienté vers la diffusion scientifique et la didactique des sciences. Cela m'a permis de satisfaire mes propres curiosités scientifiques et de me former à des méthodes pédagogiques mais aussi de faire partager tout cela aux autres de façon active. Ceci explique mon cursus un peu particulier.

Aujourd'hui, je continue à satisfaire cette double passion en maintenant une petite activité bénévole mais aussi un peu à travers le métier pour lequel je me consacre aujourd'hui. En effet pour comprendre le monde qui nous entoure et s'efforcer d'y agir de façon autonome, citoyenne et critique, il faut s'ouvrir aux sciences de façon active et ne pas la considérer comme possession unique d’une élite.

 

 

Quelle anecdote ou souvenir fort souhaiteriez-vous nous faire partager ?

Concernant le domaine spatial, je retiens certainement en premier lieu le lancement d'Ariane 4 que j’ai eu la chance de voir à Kourou et le bruit assourdissant et puissant de la fusée n’arrivant aux oreilles que quelques secondes après la montée majestueuse de l’engin dans les airs.

 

Je pense aussi à la visite de la maquette d’entraînement de la station russe Mir à la Cité des étoiles, près de Moscou : j'avais été bluffé par l’apparente fragilité de l’appareil, avec des tuyaux de partout, des couvertures isolantes scratchées, un mélange de simplicité et d’ingéniosité élémentaire comme savent le faire les Russes.

Je me souviens également, lorsque je suis assis dans le siège moulé d’une capsule Soyouz, ne pas avoir réussi, en tendant le bras, à toucher les instruments de bord. J'ai alors demandé au guide si les cosmonautes avaient à ce point les bras plus grands que les miens. On me précisa alors que non, mais que, pour éviter d’avoir à rapprocher le tableau de bord, les cosmonautes disposent une tige métallique munie d'un poignée prolongeant le bras et permettant d'appuyer facilement sur les boutons ; sont-ils fous ou géniaux ?

 

   

 

Maquette d’entraînement de la station Mir à la Cité des étoiles et poste de commande du simulateur Soyouz.

En médaillon, la tige permettant aux équipages de presser facilement les différents boutons de commande.

Photo Erwan Vappreau

 

 

Je citerai enfin l'impressionnante piscine où est plongée la maquette d’entraînement du module de base de la station spatiale internationale, Zvezda (l'étoile, en russe).

 

 

Le module Zvezda sur sa plate-forme d’immersion au-dessus de la gigantesque piscine de la Cité des étoiles

Photo Erwan Vappreau

 

 

Quelle serait votre photo spatiale ou astronomique préférée et pourquoi ?

Je choisis cette image d'une sortie dans l'espace de deux astronautes américains, l'un est attaché au bras robotique de la navette et l'autre en train de faire un looping à l'aide d'un équipement autonome mobile. Cette image offre une vision à la fois réaliste et incroyable de la conquête spatiale. Je suis toujours curieux de savoir ce qui peut passer dans la tête d’un astronaute qui, malgré sa préparation l’invitant à agir selon un protocole sans faille et au millimètre, doit pouvoir aussi réaliser où il est et ce qu’il voit. J’imagine un mélange étrange de peur, de fascination, d’irréalisme, d’enivrement, d’incrédulité ou de prise de conscience d’une réalité toute simple : nous ne sommes pas grand-chose…

 

 

Lors de la mission STS-64 de la navette Discovery en septembre 1994,

les astronautes américains Carl Meade et Mark Lee essaient le système SAFER

Photo NASA

 

 

De la même manière, quel objet spatial retiendriez-vous ?

Je retiens sans doute le télescope spatial Hubble, qui a permis au grand public et aux néophytes comme moi de s’émerveiller et de rêver devant cet infiniment lointain qui sera peut être un jour à notre portée. Les images transmises font rêver et illustrent bien que le rêve pousse la science à aller toujours plus loin, que cette dernière ne casse pas l’imaginaire en dévoilant certains secrets mais en pousse simplement les limites un peu plus loin à chaque fois.

 

 

 

Mosaïque d'images de la nébuleuse de la Carène (NGC3372)

réalisée à l'occasion des 17 ans du télescope spatial Hubble en avril 2007

 

 

Que représente pour vous Spoutnik-1 ?

Etant trop jeune pour avoir connu cet événement en ce 4 octobre 1957, Spoutnik représente plus pour moi la course effrénée que l’on se livrait à cette époque pour être les premiers, course qui n’a pas dû se faire sans douleur et sacrifices, même consentis.

 

 

Photo Erwan Vappreau

 

 

Que représente pour vous le personnage de Youri Gagarine ?

Youri Gagarine fut justement un de ces hommes prêts à tous les sacrifices pour défendre un idéal ; capable d’accepter de prendre son envol autour de la Terre seulement 4 ans après l’envoi des 84 kilos de Spoutnik.

 

 

Statue à la gloire du premier cosmonaute de l'histoire

à l'entrée du centre culturel de la Cité des étoiles et à deux pas de son ancien appartement

Photo Erwan Vappreau

 

 

Que représente pour vous la station Mir ?

Comme je l’évoque plus haut, la station Mir représente pour moi l’ingéniosité sobre et minimaliste des Russes : un côté bricolage mécano ingénieux qui force le respect pour les hommes et femmes qui ont osé y mettre les pieds.

 

 

Quel serait votre rêve spatial le plus fou ?

Prochaine sortie scolaire : Mars !

A plus court terme, j'aimerais voir aboutir le projet de ce cher Michel Fournier, il le mérite. Ce n’est pas un rêve si fou que cela, soyons juste patients et acceptons que la science avance par essais successifs jusqu’aux résultats attendus…

Enfin, de façon plus utopique et sans du tout renier l’origine militaire des activités spatiales, j’espère que tous les musées de l’espace trouveront un jour symbolique de ne plus exposer dans le même couloir, à deux mètres l’un de l’autre, une capsule spatiale (pouvant symboliser un désir de conquête spatiale pacifique) et le dernier missile sol-air accompagné d’un mannequin équipé de la panoplie complète du "warrior" du futur, avec distribution à côté de bulletins d’enrôlement dans l’armée (vu au musée du centre spatial de Hunstville, en Alabama). On peut rêver.

 

 

 

Merci, Erwan Vappreau !

 

Interview réalisée par mail en juillet 2008

 

 

 

La semaine prochaine (lundi 13 octobre 2008) : Louis Laidet

 

 

 

 

Les coordonnées des invités ne sont communiquées en aucun cas