L'invité de la semaine
dernière : Marc
Caro
LES
INVITES DU COSMOPIF
N°128
(lundi 23 octobre 2006)
Chef du Centre européen des astronautes à Cologne
3e Français de
l'espace
Général
de Brigade aérienne (pilote de chasse et d'essais de l'Armée de l'Air)
Troisième Français
de l'espace (sujet de l'espace n°275)
Astronaute
du CNES de 1985 à 1998 puis de l'ESA de 1999 à 2004
Chef
du centre européen des astronautes de l'ESA à Cologne
Né le 30 septembre 1949, à Vincennes (France)
Marié, 4 enfants
2 vols spatiaux à son actif : Antarès et
STS-93 (18 jours 17 heures et 46 minutes).
Logos des missions Antarès et STS-93
Parcours
professionnel
Ingénieur de l'Ecole de l'air en 1973, Michel Tognini obtient ses ailes de pilote en 1974. Il est alors affecté à la 12e escadre de chasse à Cambrai et vole sur SMB2. Il fait ensuite sa transformation sur Mirage F1 à l'escadron Normandie-Niemen. Il devient commandant d'escadrille en 1979. Après avoir effectué son stage de pilote d'essais à l'Empire Test Pilots School de Boscombe Down (Angleterre) en 1982, il est diplômé d'études militaires en 1983. Il est affecté au Centre d'essais en vol de Cazaux et devient chef pilote d'essais. A ce titre, il participe aux essais de nombreux matériels aériens français, notamment les systèmes d'armes des Mirage 2000-C et N, Jaguar ATLIS et FLIR. Il totalise plus de 4 300 heures de vol sur 80 types d’appareils français et sur certains appareils russes, américains, britanniques et italiens (Mig-25, Tupolev-154, Lightning MK-3 et MK-5, Meteor et F-104) et a effectué 150 sauts en parachute.
Très intéressé par le projet
français de navette spatiale Hermès, Michel Tognini se porte candidat lorsque
le CNES lance en 1985 un concours de recrutement pour le corps des astronautes
auquel il est intégré en septembre. En août 1986, il est désigné comme doublure
de Jean-Loup
Chrétien pour la mission franco-soviétique de longue durée Aragatz.
Toujours officier de l’armée française, il est détaché au CNES à partir de
septembre 1986 et entame une formation de cosmonaute à la Cité des étoiles,
s’entraînant en piscine pour des sorties extravéhiculaires.
En compagnie de Jean-Loup
Chrétien
Membre du programme Hermès à Toulouse durant les
années 1989-1990, Michel Tognini retourne à la Cité des étoiles en 1991 pour
reprendre l’entraînement à un vol spatial, cette fois comme cosmonaute
expérimentateur titulaire pour la troisième mission franco-soviétique, Antarès
(sa doublure est Jean-Pierre
Haigneré). C’est pour lui l’occasion de piloter le simulateur de la navette
Bourane et de voler sur MIG 25 et Tupolev 154. Il est présenté en 1992 aux
épreuves de sélection des astronautes de l'Agence spatiale européenne, aux
côtés de Claudie
André-Deshays, Jean-François
Clervoy, Léopold
Eyharts et Philippe Perrin.
Michel Tognini séjourne dans l'espace du
27 juillet 1992 au 10 août 1992, dont 11 jours et 14 heures
à bord de la station Mir. Le vol aller se déroule à bord du vaisseau Soyouz
TM-15 en compagnie des Russes Anatoli Soloviev et Sergueï Avdeïev, le retour à
bord de Soyouz TM-14 avec Alexandre Viktorenko et Alexandre Kaleri.
L'équipage
de la mission Antarès
De gauche à
droite : Michel Tognini, Anatoli Soloviev et Sergueï Avdeïev
De septembre 1993 à juin 1994, Michel
Tognini est auditeur à
l’IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale). Entre janvier
1995 et l'été 1996, il intègre le groupe d'astronautes de la NASA n°15 et suit
la formation de spécialiste de mission au centre Johnson de Houston. Il
participe à divers groupes de travail NASA relatifs à l’amélioration de
l’entraînement des astronautes, à l’occupation de la future station spatiale
internationale et aux travaux de robotique.
En novembre 1997, Michel Tognini est choisi
pour participer à la mission STS-93 à bord de la navette américaine Columbia,
qui se déroule du 22 au 27 juillet 1999. Il est notamment en charge du
déploiement du télescope à rayons X Chandra X-ray Observatory. A l'occasion de
ce vol, il entre en liaison radioamateur avec Jean-Pierre Haigneré qui se
trouve lui à bord de la station Mir.
L'équipage
de la mission STS-93
De
gauche à droite : Eileen Collins, Steven Hawley, Jeffrey Ashby, Michel
Tognini et Catherine Coleman
Le 1er novembre 1999, Michel Tognini
est intégré dans le corps des astronautes européens de l'Agence spatiale
européenne. Il poursuit son entraînement à Houston et remplit les fonctions de
CAPCOM (communication avec les astronautes) lors des vols vers l'ISS jusqu'en 2003.
Nommé chef des astronautes
de l'ESA en mai 2003 en remplacement de Jean-Pierre Haigneré, il rejoint le
Centre européen des astronautes de l'ESA à Cologne (EAC). En janvier 2005, il
succède à l'astronaute allemand Ernst Messerschmitt à la direction du centre.
Commandeur de la Légion d’Honneur, Chevalier de
l’Ordre National du Mérite, titulaire de la Médaille de l’aéronautique, de
l’Ordre soviétique et de l’Ordre russe de l’Amitié des Peuples.
Membre de l'association des explorateurs de l'espace
(ASE) et de l'Astronaute Club Européen (ACE).
Tennis, squash, ski et ski nautique, cross, planche à
voile, pilotage en aéroclub, parachutisme et parapente, micro-informatique et
aviation légère.
Invité du Festival de l'Espace CNES-ANSTJ du mois d'août
1996 et spécialement venu de Houston pour l'occasion,
Michel Tognini a pu dialoguer près de 7 minutes depuis
l'aire de lancement de Croix Sadon (près de Bourges)
avec sa collègue Claudie André-Deshays, qui se trouvait à
bord de la station Mir
Il y a 10 ans, déjà…
Photo Pif
5 questions à
Michel Tognini
Je suis un pilote poussé vers l'espace. Ma famille, mon père et toutes nos relations dans l'aviation ont fait que je me destinais à l'aviation. J'ai pu faire l'Ecole de l'air et entamer une carrière de pilote de chasse puis de pilote d'essais, jusqu'à ce que l'on me propose de devenir astronaute.
Mes
souvenirs sont nombreux, d'autant que mes deux vols étaient très
différents. Les moments les plus intenses du vol restent certainement le
décollage, l'amarrage et le retour sur Terre. La vue de la station Mir lors de
son approche fut extrêmement poignante.
J'hésite
entre le premier vol de Youri Gagarine et le premier atterrissage de l'homme
sur la Lune. Mais je choisis le second pour son côté visuel fantastique et
parce qu'il n'a jamais été refait depuis plus de 30 ans. L'arrivée de
l'homme sur la Lune, le freinage du LEM lors de la descente, la symbolique du
drapeau, c'était extraordinaire !
Je
retiens le télescope Chandra pour sa qualité, le travail effectué par de
nombreux ingénieurs, ses découvertes scientifiques et pour avoir participé à
son déploiement lors de mon vol à bord de Columbia en 1999.
Logo de la
mission Chandra et image composite de l'amas de galaxies 1E 0657-56 réalisée à
partir des vues du télescope
Je
rêve au retour de l'homme sur la Lune comme prélude à l'exploration humaine de
la planète Mars, réalisée de manière internationale.
Youri
Gagarine est le héros toute catégorie, bien avant Neil Armstrong car il fut le
premier. C'est un personnage remarquable qui a fait part d'un courage extrême
pour s'élancer vers l'inconnu. Sa mission fut difficile, notamment parce qu'il
dut s'éjecter de sa capsule avant de toucher le sol. Il nous a quittés trop
tôt.
Que représente
pour vous la station Mir ?
Mir
a été le premier élément que j'ai visité dans l'espace. Elle fut
impressionnante de longévité et a accueilli la plupart des cosmonautes
étrangers. Elle a permis le renforcement de la coopération internationale,
notamment avec les amarrages de la navette américaine, constituant ainsi la clé
de la station spatiale internationale et de l'exploration future.
Que représente pour vous Spoutnik ?
Spoutnik,
c'est la naissance d'une vocation, il a fait réfléchir les gens sur l'avenir.
Nous avons besoin d'autres rêves pour le futur.
Merci, Michel
Tognini !
Prochain invité (lundi 30 octobre 2006) : Christophe Scicluna