L'invité de la semaine dernière : Romuald Oumamar

 

LES INVITES DU COSMOPIF

 

N°295 (lundi 8 novembre 2010)

 

Robert L. Staehle

Instigateur d’idées dingues pour l’exploration et l’utilisation de l’espace

http://instrument.jpl.nasa.gov/

(Les éléments qui apparaissent sur ce site Internet ont été développés par le travail de centaines de personnes

et quelques éléments seulement sont le fruit de mon propre engagement)

 

 

Nous avons été nombreux à assister au lancement de la sonde New Horizons vers Pluton

depuis le pas de tir de Cap Canaveral en Floride le 16 janvier 2006.

Mon voyage pour y arriver avait commencé le 1er octobre 1991 à Pasadena, en Californie,

dans l'Auditorium Theodore von Karman au Jet Propulsion Laboratory (JPL) de la NASA/Caltech.

Photo Lori Paul

 

 

Qui êtes-vous, Robert Staehle ?

Born:  Upstate New York, USA on 22 April 2 years before the first satellite was orbited.  22 April by happenstance became Earth Day in 1970.

Live now: Altadena, California, USA, sandwiched between the wilderness of Angeles National Forest and the megalopolis of Los Angeles, 2 km from NASA’s Jet Propulsion Laboratory.

Work:  Assistant Division Manager for Advanced Concepts in the Instruments & Science Data Systems Division, NASA’s Jet Propulsion Laboratory, California Institute of Technology.

Hobbies:  hiking, mountain biking, photography, wildlife conservation.

Unpaid Work:  Member of Board of Directors, Arroyos and Foothills Conservancy (AFC), formerly Altadena Foothills Conservancy (AFC), and project leader for 3 land acquisitions totalling 36.5 acres (14.6 hectares) for permanent conservation.

Children:  1 nephew, 2 nieces, and by marriage one African Grey parrot, one Desert Tortoise, and one Cuban Rock Iguana, temporarily 5 kittens and one recently-spayed mother cat whom somebody abandoned in the nearby National Forest.  I believe there are too many people in the world, and decided not to contribute to the problem.

 

Né un 22 avril aux Etats-Unis dans le nord de l’Etat de New York, deux ans avant la mise sur orbite du premier satellite. Il se trouve qu’en 1970, le 22 avril a été déclaré "Jour de la Terre".

Vivant actuellement à Altadena, en Californie, entre la nature de la Angeles National Forest et la mégapole de Los Angeles, à deux kilomètres du Jet Propulsion Laboratory de la NASA.

Travaillant en tant que Directeur Adjoint pour les Concepts Avancés dans la Division des Systèmes d’Instruments et de Données Scientifiques  au Jet Propulsion Laboratory de la NASA, un laboratoire du California Institute of Technology (Caltech).

Passionné de randonnées, de VTT, de photographie, de conservation de la vie sauvage.

Bénévole, membre du Conseil d’Administration d’AFC (Arroyos and Foothills Conservancy, anciennement Altadena Foothills Conservancy) et chef de projet pour l’acquisition de trois terrains totalisant 14,6 hectares dans le cadre d’un conservatoire foncier.

Parent responsable d’un neveu, de deux nièces, d’un perroquet gris d’Afrique acquis par mariage, d’une tortue du désert et d’un iguane des roches du désert mexicain, temporairement de cinq petits chats et d’une maman-chat récemment stérilisée qui avait été abandonnée près de chez nous dans la Forêt Nationale. Je pense qu’il y a trop de gens sur notre planète et j’ai décidé de ne pas contribuer à aggraver le problème.

 

 

Quel a été votre parcours professionnel ?

My professional course flowed naturally from my passion.  I read everything I could find about space.  In 11th grade (American system, the second year before entering university), the US National Science Teachers Association, at NASA’s request, solicited proposals from high school students for experiments to be performed aboard the first US space station, Skylab.  My “Bacteria Aboard Skylab” (ED-31) was selected as one of 25 national winners, 19 of which were performed during the mission.

I entered Purdue University to major in Aeronautical and Astronautical Engineering, and joined the Co-operative Engineering Education program for work/study.  My work assignment was spread during my 2nd and 3rd college years at NASA’s Marshall Space Flight Center, in Huntsville, Alabama.  (MSFC had been the host of the Skylab Student Project; I missed meeting Werner von Braun by one day, during a Skylab student group visit to the Center Director’s office.  The Director himself had flown to Washington, and we met his deputy, whom I later learned had been appointed from Washington to depose Dr. von Braun.)

From Purdue I was interviewed, applied for positions, and was offered employment at JPL and McDonnell Douglas.  Though the salary was lower, I found the work more exciting, and chose JPL, planning to stay three years, five at the most.  I am still having fun at JPL.

With some JPL friends, we founded World Space Foundation in 1979, with me as (unpaid) president.  The Foundation began development of what was to be the first solar sail mission, after NASA and JPL dropped work on that technology in 1976.  After the first ground deployment test of a 15-meter sail in 1981, the Foundation’s solar sail never came to fly in space, for lack of our ability to raise the necessary funds.  But others in France, Japan and Russia took up the cause, and our original objective was finally met in 2010 May by a Japanese team that demonstrated useful orbital change.  We also supported near-Earth asteroid discovery, when this was considered uninteresting and unimportant by many who now feel otherwise.  We supported JPL’s principal investigator Eleanor Helin with additional funding, volunteers, and equipment.  For a time she led the most fruitful discovery effort focused on near-Earth objects, and of course discovered many more, including 3875 Staehle in the Main Belt.  The Foundation’s work continues at a low level supporting space-oriented youth science education in four cities in the United States and Mexico.

My paid profession has involved a variety of positions related to robotic and human planetary exploration and science, Space Station, space resources, software, instrumentation and data systems.  One of the most exciting portions of my work was leading early development of the Pluto mission, but there are plenty more exciting pursuits remaining, and new possibilities emerge continuously.

 

Mon parcours professionnel a naturellement suivi ma passion. J’ai lu à peu près tout ce que j’ai pu trouver à lire sur l’espace. Dans le courant de ma classe de 11e niveau (équivalent de la première), l’Association nationale des professeurs de sciences américains a fait, à la demande de la NASA, un appel aux élèves des lycées pour qu’ils proposent des expériences à réaliser à bord de la première station spatiale américaine, le Skylab. Mon projet "Des bactéries à bord de Skylab" (ED-31) a été retenu parmi les 25 expériences lauréates sur le plan national, dont 19 ont pu être effectivement réalisées au cours de la mission.

Je suis entré à l’Université de Purdue en Ingénierie Aéronautique et Spatiale et j’ai participé au programme études/travail d’Education Coopérative en Ingénierie. Mes affectations de stage pendant la 2e et la 3e année de mes études m’ont conduit au Marshall Space Flight Center de la NASA, à Huntsville dans l’Alabama (c’est le MSFC qui avait accueilli le Skykab Student Project et, à un jour près, j’ai failli rencontrer Werner von Braun à l’occasion d’une visite du groupe des étudiants Skylab au Directeur du Centre. Le Directeur lui-même s’était envolé pour Washington et nous n’avons rencontré que son Adjoint qui, je l’ai appris plus tard, avait été nommé par Washington pour remplacer le Dr. Von Braun).

A Purdue, j’avais eu des interviews avec le JPL et avec McDonnell Douglas, suivis de demandes d’emploi qui avaient reçu des réponses positives. Bien que le salaire offert ait été plus faible, j’ai trouvé que le travail proposé par le JPL était plus passionnant et j’ai choisi d’y aller, pensant y rester environ trois ans, cinq ans au maximum. Au jour d’aujourd’hui, c’est au JPL que je trouve encore mon plaisir.

Avec quelques amis du JPL, nous avons fondé en 1979 la World Space Foundation, que j’ai présidée (bénévolement). La Fondation a commencé le développement de ce qui devait être la première mission d’une voile solaire, après que la NASA et le JPL aient abandonné en 1976 leurs travaux sur cette technologie. Après un test initial de déploiement au sol d’une voile de 15 mètres de côté en 1981, la voile solaire de la Fondation n’a jamais pu s’envoler pour l’espace, suite à notre incapacité de trouver le financement nécessaire. Mais d’autres, en France, au Japon et en Russie, ont repris le flambeau et notre objectif initial a finalement été atteint en mai 2010 par une équipe japonaise qui a fait la démonstration opérationnelle d’un changement d’orbite. Nous avons aussi soutenu la recherche des astéroïdes qui s’approchaient de la Terre, à une époque où cela était considéré comme étant sans intérêt et sans importance par beaucoup qui ont changé d’avis depuis. Nous avons soutenu la chercheuse principale du JPL, Eleanor Helin, en lui trouvant un financement complémentaire, des volontaires et des équipements. Pendant un temps, elle a été leader des efforts de recherche les plus productifs sur les objets qui s’approchent de la Terre et elle en a découvert un grand nombre, y compris le 3875 Staehle dans la ceinture principale des astéroïdes. Le travail de la Fondation se poursuit doucement avec des soutiens pour l’éducation scientifique spatiale des jeunes dans quatre villes des Etats-Unis et du Mexique.

Dans le cadre de mon travail salarié, j’ai occupé une diversité de postes liés à la robotique et à l’exploration scientifique des planètes par des vols habités, à la Station Spatiale, aux ressources de l’espace, aux logiciels, à l’instrumentation et aux systèmes de données. L’un des épisodes les plus passionnants de mon travail a été de piloter les premiers développements de la mission vers Pluton mais il reste un grand nombre d’autres aventures passionnantes et il y en a de nouvelles qui émergent tous les jours.

 

 

Robert Staehle (au centre), encore lycéen, en discussion en 1972 avec deux représentants du centre Marshall de la NASA,

Henry Floyd (face à lui) et Steven Hall, à propos de son expérience destinée à voler à bord du laboratoire Skylab.

Photo NASA

 

   

 

L'expérience de Robert Staehle tenait dans un container standard de nourriture de Skylab et comportait 16 boites de petri.

Elle a permis d'étudier le développement en micropesanteur de bactéries et de spores lors du vol Skylab 3.

Photos NASA

 

 

Quelle est votre passion, comment est-elle née, comment la vivez-vous ?

I was a curious child, interested in many things, and stimulated in my interests by intelligent, attentive, multifaceted parents.  One day when I was six, they beckoned me into the « Library » of our house, where the (black and white) television was located, to watch something.  They explained that a man was about to be launched into space.  I asked « What’s that ? », and my big brother, then ten, explained to me authoritatively that « space » was straight up about 100 miles, or a little more than the distance between Rochester (where we were) and Buffalo (where we had driven from time to time).  That got my attention.  My parents told me that Alan Shepard was in the black thing at the top of the rocket.  Then there was the countdown, which I didn’t understand, until up and away from the clouds of smoke, that rocket rose and accelerated skyward !

My passion appeared to me at the moment of liftoff.  From that moment I knew I wanted to be like Alan Shepard, and learn everything about rockets and space travel.  I didn’t lose my other prime interests, but space became and remains my predominant interest.  Without explicitly hearing his advice until a few decades later, I have, as Joseph Campbell would say, “followed my bliss.”

Any specie that does not expand its range, perishes.  At the same time, we must not destroy our home, and its ability to support us and those with whom we share it. We share this home, and any others we might choose to inhabit in the future, as part of a complex, interdependent web with at least thousands of other species, a stellar energy source, and a few billion years’ of cosmological, geological, and evolutionary history of expanding complexity.  It is with this knowledge, and with a vague appreciation of the deep importance of what we do not know, that I live my passion.

 

J’étais un enfant d’une nature curieuse, intéressé par des tas de choses et poussé dans mes intérêts par des parents intelligents, attentionnés, aux talents multiples. Un jour, quand j’avais six ans, ils m’ont dit de venir dans la "bibliothèque" de notre maison, où se trouvait la télévision (en noir et blanc), pour regarder quelque chose. Ils m’ont expliqué qu’un homme était sur le point d’être lancé dans l’espace. J’ai demandé ce que cela voulait dire, et mon grand frère, qui avait dix ans, m’a expliqué avec autorité que "l’espace" était à environ 150 kilomètres au-dessus de nos têtes, à peine un peu plus que la distance entre Rochester (où nous étions) et Buffalo (où nous allions de temps en temps). Cela mit mon attention en éveil. Mes parents m’ont dit que Alan Shepard était dans le machin noir au sommet de la fusée. Ensuite, il y a eu le compte à rebours, que je n’ai pas compris, jusqu’à ce que cela décolle et monte au-dessus d’un nuage de fumée : la fusée s’élevait et accélérait vers le ciel !

Ma passion s’est révélée au moment du décollage. A partir de cet instant, j’ai su que je voulais être comme Alan Shepard et apprendre tout ce qu’il y avait à savoir sur les fusées et les voyages dans l’espace. Je n’abandonnai pas mes autres grands sujets d’intérêt mais l’espace devint et reste toujours le premier d’entre eux. Sans avoir explicitement entendu son avis que je n’ai découvert que plusieurs décennies plus tard, j’ai, comme l’a dit Joseph Campbell, "suivi mon bonheur".

Toute espèce qui n’étend pas son domaine périt. Dans le même temps, nous ne devons pas détruire notre cocon et sa capacité à nous faire vivre ainsi que ceux avec qui nous le partageons. Nous le partageons, ainsi que tous ceux où nous pourrons décider de vivre dans le futur, dans un réseau complexe d’interdépendances avec au moins un millier d’autres espèces, avec de l’énergie d’origine stellaire et quelques milliards d’années d’histoire d’une complexité croissante cosmologique, géologique et évolutionnaire. C’est avec cette connaissance et une vague évaluation de l’importance profonde de ce que nous ne savons pas, que je vis ma passion.

 

 

Quelle anecdote personnelle ou souvenir fort lié à la conquête spatiale souhaiteriez-vous nous faire partager ?

When I started work at JPL in 1977 July, I was assigned to help plan in detail the Jupiter encounters of the two Voyager spacecraft, the first of which launched about six weeks after my employment began.  I asked for some references about the mission, and read most of the book Jupiter, edited by Tom Gehrels, published by the University of Arizona Press.  I recall thinking of Jupiter as being really at the edge of the known, and not very well known at that.  Everything beyond seemed incredibly distant, dark, and difficult to know.

Contrast this with me leafing through the Time/Life book The Universe during my childhood, looking at the picture of Andromeda Galaxy, and thinking about travelling there, and back.  What a difference a few years of physics and engineering education brings!

Today, while I understand and accept the practical inaccessibility of most of the Universe during at least my lifetime, I feel the region beyond Jupiter, beyond Pluto, and indeed beyond our Milky Way Galaxy, is much more open than I felt in 1977.  The discoveries and exploration have been nothing short of fantastic, even though they have happened at a much slower pace than I imagined when I entered college.  (When I started at Purdue, NASA was saying that 1986 was the optimal year to send the first crew to Mars, of which I secretly hoped to be a member).

 

One more significant memory is that of going to JPL’s von Karman Auditorium on 1991 October 1 for the U.S. Postal Service’s ceremonial “First Day of Issue” unveiling of their series of ten stamps about United States Solar System exploration.  Each stamp had an artist’s illustration of a different planet (one was Earth’s Moon), a US spacecraft that had visited that planet, and the name of the planet and the spacecraft.  Except for Pluto, which simply said “PLUTO NOT YET EXPLORED” underneath a non-descript, round rendition of a generic planet.  I thought the postal people were taunting us, coming here to JPL, to ask with their stamp, “Why not yet explored?”  From there I went to my friend Stacy Weinsten’s office.  I hadn’t seen her for a month.  She invited me to sit down, and I asked what she was working on.  She said she was working on a mission to Pluto that would never launch, because it was based on the large Cassini spacecraft, and would take 20 years to get there.  I shared with her some of the things I had learned about smaller spacecraft and less expensive ways of building space equipment that I had learned though my solar sail pursuits with World Space Foundation, my exposure to the amateur radio satellite community, cost-constrained civil engineering companies, and other cultures outside JPL.  Right then and there, we hatched the idea of a fast, small mission to Pluto, and we decided to pursue it, recruit some other people, and seek funding to make the concept better.  In the next days and weeks, all this happened, but we needed one more thing: permission from the discoverer of Pluto.  We called Prof. Clyde Tombaugh at his home in Mesilla Park (near Las Cruces), New Mexico.  After convincing him that ours was not a crank call, and explaining our endeavor, you can imagine our relief when he granted permission for our mission to encounter the planet he discovered in 1930.  Through an incredibly circuitous path, involving thousands more people, some with passion equal to ours, the mission that resulted from the postage stamp and our conversation rose off a Florida launch pad 2006 January 19, streaked across the Atlantic Ocean and Africa, and departed Earth at an unprecedented speed approximately over La Reunion in the Indian Ocean.  NASA’s New Horizon’s mission is scheduled to arrive at Pluto in 2015 on Bastille Day.  I look forward to future memories of the mission’s arrival, and the wealth of new information we will learn from that.

 

Quand j’ai commencé à travailler au JPL en juillet 1977, on m’a demandé d’apporter mon aide à la préparation détaillée des rendez-vous des deux sondes Voyager avec Jupiter, dont la première a été lancée environ six semaines après le début de mon contrat. Je me suis enquis de quelques références sur la mission et j’ai à peu près tout lu du livre Jupiter, édité par Tom Gehrels et publié aux Presses de l’Université d’Arizona. Je me souviens que je pensais que Jupiter était réellement la frontière des mondes connus et que même cela n’était pas très bien connu. Tout ce qui était au-delà semblait incroyablement distant et difficile à imaginer et à découvrir.

Il faut confronter cela avec le souvenir du temps où je feuilletais le livre Time/Life The Universe de mon enfance, où je regardais une image de la galaxie Andromède et où je m’imaginais en train d’y faire un petit voyage aller et retour. Quelle différence peuvent faire quelques années d’éducation en physique et en ingénierie !

Aujourd’hui, tandis que je comprends et que j’accepte le fait que la plus grande partie de l’Univers est en pratique hors d’atteinte, du moins pendant le temps où je vivrai, en même temps, j’ai le sentiment que les régions au-delà de Jupiter, au-delà de Pluton, et en fait au-delà de notre Galaxie de la Voie Lactée, sont beaucoup plus ouvertes que je ne pouvais l’envisager en 1977. Les découvertes et l’exploration n’ont été rien de moins que fantastiques, même si elle se sont passées à un rythme bien plus lent que je que j’avais imaginé à l’époque où je suis entré à l’université (quand je suis arrivé à Purdue, la NASA disait que 1986 était l’année optimale pour envoyer un premier équipage sur la planète Mars et, secrètement, j’avais l’espoir d’en faire partie).

 

Un de mes souvenirs les plus remarquables est celui du 1er octobre 1991, quand je suis allé à l’auditorium von Karman du JPL pour la cérémonie de présentation par le Service des Postes U.S. d’une série de dix timbres consacrés à l’exploration du Système Solaire par les USA. Chaque timbre montrait une vue d’artiste d’une planète (l’une d’entre elles étant notre Lune), un engin spatial américain qui avait survolé cette planète et les noms de la planète et de l’engin. A l’exception de celui de Pluton, qui disait simplement "PLUTON - PAS ENCORE EXPLORÉE" sous une image non descriptive d’une planète générique. J’ai pensé que les gens des postes étaient venus nous taquiner, en venant ici au JPL et en nous demandant avec leur timbre "Pourquoi pas encore explorée ?". En sortant, je suis allé voir mon amie Stacy Weinsten dans son bureau. Cela faisait un mois que je ne l’avais pas vue. Elle m’a invité à m’asseoir et je lui ai demandé sur quoi elle travaillait. Elle m’a dit qu’elle travaillait sur une mission vers Pluton qui ne serait jamais lancée, parce qu’elle était conçue à partir de la grande sonde Cassini et que cela prendrait 20 ans pour arriver jusqu’à Pluton. J’ai partagé avec elle quelques unes des choses que j’avais apprises au sujet des petits satellites et sur les façons économiques de construire des équipements spatiaux que j’avais aussi apprises dans mes tentatives de faire une voile solaire avec la World Space Foundation. Je lui ai parlé de mes contacts avec la communauté des radio-amateurs, de la gestion des coûts dans  les entreprises de travaux publics et de quelques autres environnements culturels extérieurs au JPL. C’est là précisément, à ce moment-là, que nous avons fait éclore l’idée d’une mission vers Pluton qui serait rapide, petite et que nous avons décidé de donner suite à cette idée, de recruter quelques autres personnes et de chercher un financement pour améliorer le concept. Dans les jours et les semaines qui ont suivi, tout cela est arrivé mais il nous fallait encore une chose : la permission du découvreur de Pluton. Nous avons appelé le Professeur Clyde Tombaugh à sa maison de Mesilla Park, près de Las Cruces, dans le Nouveau Mexique. Après l’avoir convaincu que notre appel n’était pas un gag et après lui avoir expliqué notre projet, on peut imaginer notre soulagement quand il nous a donné la permission d’aller voir la planète qu’il avait découverte en 1930. Par des cheminements complexes, impliquant des milliers d’autres personnes, dont quelques-unes exprimaient une passion au moins égale à la nôtre, cette mission qui résultait d’un timbre-poste et de notre conversation a décollé d’un pas de tir en Floride le 19 janvier 2006, a filé au-dessus de l’Océan Atlantique et de l’Afrique et a quitté la Terre avec une vitesse encore jamais atteinte à peu près à la verticale de La Réunion, dans l’Océan Indien. La mission New Horizons de la NASA est prévue pour arriver à Pluton en 2015 le jour anniversaire de la prise de la Bastille. J’espère faire un plein de souvenirs au moment où la mission arrivera à destination, avec toute la masse d’informations nouvelles que nous en apprendrons.

 

 

Robert Staehle en 1992 avec Patsy Tombaugh et Clyde Tombaugh (le découvreur de Pluton),

devant le télescope qu’il a construit l’année de la naissance de Robert Staehle.

A l’époque où cette photo a été prise, le Professeur Tombaugh, alors octogénaire,

faisait encore des observations astronomiques depuis son jardin.

 

 

Décollage le 19 janvier 2006 de la fusée Atlas 5 emportant la sonde New Horizon vers Pluton

 

 

Quel souvenir gardez-vous de la nuit du 20 au 21 juillet 1969 ?

You bet!  And what a surprise it came as to me that our pace of space exploration did not accelerate from that point, but soon after began to slow.

 

Ne m’en parlez pas ! Et aussi je ne vous dirai pas combien j’ai été surpris que le rythme de notre exploration de l’espace n’ait pas accéléré à partir de ce moment-là, pour au contraire se mettre peu après à ralentir.

 

 

Quelle serait votre photo spatiale ou astronomique préférée et pourquoi ?

I remember a frame from the standard network feed TV view of Alan Shepard’s Mercury launch, just after liftoff.  This is the image, and the concept surrounding it, that launched my passion.

 

Je me souviens de l'image de la capsule Mercury d'Alan Shepard retransmis en direct à la télévision, juste après le décollage. C’est cette image, et les concepts associés, qui ont "lancé" ma passion.

 

 

Décollage de la mission MA-10/Freedom 7 le 5 mai 1961

 

 

De la même manière, quel objet spatial vous fascine-t-il ?

In a sense, the Pluto stamp launched a mission to unexplored territory.

 

On peut dire que c’est ce timbre qui a lancé la mission vers le territoire encore inexploré de Pluton.

 

 

 

My other “attractive space object” cannot be drawn or photographed today because it hasn’t been invented and developed yet.  It is the first practical, and real, starship.  Someday it will be the first real assemblage of hardware and software enabling a journey to a nearby star.  It might be possible utilizing physical principles we understand today, but this assertion is debated.  Or it might leap into existence soon after some new insight or discovery of physics or engineering.  Or, alarmingly, it might never spring forth from human endeavor, or from the endeavor of beings that succeed us.  But it is an object of great attraction for me, and I hope for many other people now and in the future.  It is an object to be shaped from new scientific discoveries, from evolved or maybe revolutionary approaches to engineering, and from a passion that musters the resources of our civilization to bring about an unprecedented positive result.

 

Il y a un autre "objet spatial" qui me passionnerait mais il n’a pas encore été dessiné ou photographié à ce jour parce qu’il n’a pas encore été inventé ou développé. Ce serait le premier vrai vaisseau interstellaire fonctionnel. Un jour il sera le premier assemblage de matériels et de logiciels qui nous permettra de faire le voyage vers une étoile proche. Il se peut que ce soit possible en utilisant les principes physiques que nous connaissons aujourd’hui mais cette idée est encore sujet à débat. Ou peut-être que son existence se concrétisera après quelque découverte ou quelque nouvelle manière de voir la physique et l’ingénierie. Ou, tristement, il se pourrait qu’il ne puisse jamais résulter des travaux des hommes ou des êtres qui pourraient nous succéder. Mais c’est un objet qui me fascine énormément et j’espère qu’il en sera de même pour beaucoup d’autres personnes, aujourd’hui et dans l’avenir. C’est un objet qui pourra prendre forme à partir de nouvelles découvertes scientifiques, peut-être à partir d’approches plus évoluées voir révolutionnaires de l’ingénierie et, bien sûr, d’une passion qui devra mettre en œuvre les ressources de notre civilisation jusqu’à des résultats positifs jamais encore atteints.

 

 

Quel serait votre rêve spatial le plus fou ?

That our unique vista point gained in space, and the insights, understanding, and cultural changes brought about as result, combined with new challenges on our infinite frontier, will catalyze a relative peace and cooperation across our civilization.  This seems unlikely, yet is probably essential in order to save ourselves and our planet.

 

Je rêve que l’extraordinaire point de vue que nous avons acquis en allant dans l’espace et que toutes les idées inspirantes, toute la compréhension et tous les changements culturels qui en ont résulté, combinés avec les nouveaux défis de nos frontières vers l’infini, arriveront à catalyser une paix relative et la coopération au sein de notre civilisation. Il semble peu probable que cela se produise et pourtant c’est probablement essentiel pour notre survie et celle de notre planète.

 

 

Merci, Robert Staehle !

 

Interview réalisée par mail en octobre 2010
Traduction effectuée par Guy Pignolet de Sainte Rose

 

 

 

Prochain invité (lundi 15 novembre 2010) : Mika Andreou

 

 

 

 

 

 

Les coordonnées des invités ne sont communiquées en aucun cas