L'invité de la semaine dernière : Damien Cuvillier

 

LES INVITES DU COSMOPIF

 

N°299 (lundi 6 décembre 2010)

 

Yves Sillard

Ancien directeur du Centre Spatial Guyanais
et directeur général du CNES

 

 

Photo Pif

 

 

Yves Sillard en bref

Né le 5 janvier 1936 à Coutances (Manche)

Après des études d'ingénieur à l'École polytechnique et à Sup’Aéro, Yves Sillard entre en 1960 au Centre d’essais en vol de Brétigny-sur-Orge comme Ingénieur de l’Armement. En 1964, il est nommé au Secrétariat Général à l'Aviation Civile comme responsable du programme Concorde. L'année suivante, il devient responsable de la construction du Centre Spatial Guyanais, qu’il dirige de 1969 à 1971. Il devient ensuite directeur des lanceurs de 1973 à 1976 et directeur général du CNES sous la présidence d'Hubert Curien de 1976 à 1982, assumant notamment la responsabilité du développement d’Ariane 1.

Il occupe ensuite divers postes de direction : Président Directeur Général de l’IFREMER de 1982 à 1988, Délégué Général pour l'Armement de 1989 à 1993, Président Directeur Général de Défense Conseil International de 1994 à 1997 puis Secrétaire Général Adjoint pour les Affaires Scientifiques et l'Environnement de l'OTAN en 1998.

En septembre 2005, il prend la présidence du comité de pilotage du GEIPAN.

Yves Sillard est pilote breveté de l'Armée de l'air (1 200 heures de vol).

Il vit aujourd'hui en Charente Maritime.

 

 

Yves Sillard, comment a débuté votre carrière spatiale ?

Après avoir fait l’X et Sup’Aéro, je suis entré dans le corps des Ingénieurs militaires de l’Air, corps qui a fusionné plus tard pour donner celui des Ingénieurs de l’Armement et, au moment de mon service militaire, j’ai passé le brevet de pilote de l’Armée de l’Air, en suivant une formation accélérée et en allant ensuite à l’Ecole de pilotes de transport à Avord. Après Sup’Aéro, j’ai été affecté à Colomb-Béchar, dans le Sahara, où je suis resté 3 ans. Pendant la première année, j’étais le représentant sur place des équipes chargées du développement des premiers missiles expérimentaux de la force de dissuasion ; les deux années suivantes, je dirigeais l’ensemble du détachement du Centre d’essais en vol rattaché à Brétigny-sur-Orge et responsable de l'ensemble des essais de missiles balistiques, air-air et air-sol. Cette activité s’exerçait sur le site de Colomb-Béchar dans le cadre d’une structure plus importante qui s’appelait le Centre Interarmées d’Essais d’Engins Spéciaux.

J'avais rejoint Bechar dans la perspective de travailler sur les missiles, appelés à cette époque "engins spéciaux" car ce sujet m’intéressait au plus haut point et l’évolution vers le spatial est venue après tout naturellement. Les fusées m’attiraient. J'avais fait Maths Elem’ parce que j’ai un jour réalisé que je ne voulais pas être avocat. Je faisais latin-grec, mon père était avocat… et puis je me suis rendu compte que je détestais parler en public donc je ne me voyais pas faire un métier où il faudrait faire des plaidoiries ! C’est pourquoi l’année d’après, je suis entré en Maths Elem’ pour devenir ingénieur et j’ai ensuite suivi les classes de préparation aux grandes écoles. Je n’ai jamais vraiment eu de projets à long terme ; j’ai souvent agi et réagi en fonction du moment. Ainsi, lorsque le spatial a commencé à prendre une certaine dimension, je me suis dit : "Pourquoi pas l’espace ?". J’ai pressenti qu’il allait y avoir des choses intéressantes à entreprendre. Cependant, je dois reconnaître que j’ai d’abord été attiré par l’aéronautique ; j’ai d’abord choisi d’être Ingénieur de l’Air et, avant d'accepter de venir travailler pour le CNES en 1964, j'ai fait un petit détour par Concorde...

 

 

Dans votre carrière, quel(s) grand(s) moment(s) retiendriez-vous ?

Le tir d’Ariane-1 est assez dominant je dois dire.

 

 

Premier lancement d'Ariane depuis Kourou, le 24 décembre 1979

© CNES/ESA/Arianespace

 

 

Au niveau mondial, y a-t-il un événement qui vous aurait marqué ?

Ce n’est pas le premier pas sur la Lune car, ce jour-là, j’étais couché de bonne heure ! Je ne peux donc pas dire que cet événement m’a tenu éveillé toute la nuit ! Je ne suis pas très bon pour ce genre de question… Sinon, si, il y a pour moi un événement qui m’a paru important, celui de la chute du mur de Berlin. Le jour de l’événement, j’étais en Allemagne, pas comme le président Sarkozy ! [Rires] Je crois que j’étais à Munich. Cela m’a beaucoup marqué… Je suis très européen et, par conséquent, je suis sensible à ce qui peut se passer en Europe, à ce qui peut être favorable à la construction européenne.

 

 

De la même manière, quel objet spatial vous fascine-t-il ?

Ariane !

 

 

De même, y a-t-il un programme spatial qui vous semble emblématique, qui vous tienne à cœur ?

Pour la France, je dirais peut-être le programme SPOT. Ce programme a ouvert la voie à des programmes d’applications civiles et militaires extraordinaires.

 

Vue d'artiste du satellite Spot 1 au-dessus de la terre. © CNES    Décollage du lanceur Ariane 1 le 21 février 1986 embarquant le satellite Spot 1. © CNES / ESA/Arianespace, 1986

 

Le premier SPOT-1 a été lancé par une Ariane-1 le 22 février 1986

 

 

Comment envisagez-vous l'avenir du spatial ?

Contrairement à ce que certains pensent, l’exploration spatiale par l’homme me paraît être l’avenir. L’homme a toujours cherché à découvrir ce qu’il ne connaissait pas et je suis tout à fait convaincu que dans les prochaines décennies, dans les prochains siècles, l’homme sortira de son espace terrestre pour aller vers des mondes lointains, y compris vers d’autres systèmes solaires. De quelle manière et sous quelle forme ? Cela est bien difficile à dire. Je suis très partisan de l’exploration du système solaire et des expéditions humaines vers d’autres planètes. Je pense que cela ne sera qu’un début. Il y aura forcément à un moment ou à un autre une projection de l’homme au-delà du système solaire. On peut imaginer des missions qui partiront sur de très longues durées, pendant des siècles probablement. Il me paraît très probable que la science fera des découvertes nouvelles qui permettront peut-être de se rendre compte que la vitesse de la lumière n’est pas une limite absolue ou qui remettront en cause certaines de nos certitudes actuelles (la science d’aujourd’hui malgré les progrès spectaculaires des deux derniers siècles est encore bien balbutiante). A ce moment-là, les expéditions lointaines seront envisageables pour les futures générations.

 

 

Merci, Yves Sillard !

 

Interview réalisée le 21 avril 2010 en compagnie de Philippe Varnoteaux

au siège du CNES à Paris et complétée par mail en novembre 2010.

Retranscription effectuée par Philippe Varnoteaux.

 

   

 

 

 

La semaine prochaine (lundi 13 décembre 2010) : le 300e invité du Cosmopif !

 

 

 

 

 

 

Les coordonnées des invités ne sont communiquées en aucun cas

 

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