L'invitée de la semaine
dernière : Yasemin
Baydaroglu
LES
INVITES DU COSMOPIF
N°242
(lundi 22 juin 2009)
Ecrivain, créateur d'Astro Info
Service Ltd

Photo Didier Capdevila
Qui
êtes-vous, David Shayler ?
Je suis né à Birmingham, en Angleterre, le 9 mai 1955. Je suis très honoré de partager ma date de naissance avec deux explorateurs de l'espace : l'astronaute américain Vance Brand (né en 1931) et le cosmonaute russe Youri Atkov (né en 1949). Je réside à Halesowen, dans le West Midlands, juste à l'extrémité ouest de la ville de Birmingham. Ma passion pour l'exploration spatiale est maintenant mon emploi à plein temps.
Je donne de nombreuses conférences et organise des ateliers débat dans de nombreuses établissements scolaires mais aussi pour d'autres publics. En outre, j'ai publié plus de 20 livres sur les vols spatiaux.
Mes loisirs sont la cuisine, les livres d'histoire militaire et le développement de la technologie. J'aime également profiter de moments de détente avec ma compagne Bel (qui contribue également à l'administration de Astro Info Service) et notre chienne Jenna, un magnifique berger allemand blanc.
Quel a été
votre parcours professionnel ?
Après avoir quitté l'école en 1971, j'ai commencé une formation de
dessinateur industriel, passionné par l'art et la technologie depuis ma
jeunesse. Après mon service militaire (au sein de la Marine royale), je me suis
lancé dans le commerce de détail. Ma carrière a duré plus de 20 ans et m'a
permis de développer des compétences en gestion, formation et présentation
ainsi que dans l'achat, la vente, le merchandising et la relation client. Ces
compétences me sont aujourd'hui très utiles dans mon travail auprès des écoles,
de maisons d'édition et du grand public, dans la promotion des activités
d'Astro Info Service et dans ses prestations.
Parlez-nous de
votre passion, comment est-elle née, comment la vivez-vous ?
D'après
mes parents, à 5 ans (en 1960), je dessinais des fusées. J'ai une photo de
moi à cette époque, en train de visiter une crèche de Noël installée dans un
grand magasin de Birmingham appelé Lewis's. La toile de fond de cette photo
était une base lunaire futuriste et un panneau indiquait "Birmingham
Lunar Flights" (Vols lunaires de
Birmingham). J’attends toujours que cela arrive…
L'intérêt
pour le vol spatial refit surface à la fin des années 1960 et je me souviens encore des dessins des fusées que je faisais
chez mes grands-parents et même des couleurs utilisées : une combinaison
de jaune pour le fuselage et de bleu pour les ailerons -c'est devenu plus tard
les couleurs de ma société.
Je me souviens également très bien d'une messe organisée à l'école en
mémoire des astronautes d'Apollo 1, tués en janvier 1967, et des
transmissions télévisées de la mission Apollo 7, en octobre 1968. A partir
du moment où Apollo 8 fut lancé vers la Lune en décembre suivant, j'ai
suivi le programme d'exploration spatiale de l'homme tous les jours. Regarder
ce lancement à la BBC (en noir et blanc), voir la fusée monter en direct fut
une source de grande émotion. Dès lors, j'ai été accro. Les transmissions au
cours de la période de Noël puis les vols Apollo 9 et 10 ont confirmé mon
désir d'en apprendre davantage sur le programme spatial.
En 1976, mon premier article a été publié par la société interplanétaire
anglaise (British Interplanetary Society). J'ai ensuite contribué à de nombreux documents
de cette société. En 1987, j'ai sorti mon premier livre ; j'en compte
désormais plus de 20 à mon actif et ce n'est pas fini…
J'ai créé Astro Info Service en octobre 1982. Au départ, j'imaginais
l'appeler Service d'information des astronautes, vu mon intérêt pour la
compilation des biographies des explorateurs de l'espace, qui continue aujourd'hui.
En 1999, j'ai eu la chance de pouvoir passer à plein temps sur l'écriture et
mes interventions auprès des établissements scolaires par le biais de l'AIS.
De quel
événement spatial dont vous vous souvenez voulez-vous nous parler ?
Cette question est très difficile pour moi car ils sont tous si
mémorables et j'en ai tant. Peut-être que ma plus grande chance a été de
pouvoir suivre les missions Apollo et de regarder la plupart des marches
lunaires en direct à la télévision. La magie de ces instants ne s'effacera
jamais.
Il est également très satisfaisant, d'un point de vue personnel, d'avoir
pu devenir ami avec les premiers astronautes et, dans certains cas, des membres
de leur famille immédiate, côtoyés durant de nombreuses des années. Ils m'ont
permis d'expliquer les réalités du vol spatial et m'ont été d'une grande
utilité pour mes recherches. Gagner leur confiance m'a permis d'écrire beaucoup
plus précisément les histoires des premières années de l'exploration spatiale.
Si vous deviez
retenir une image de la conquête de l'espace, laquelle choisiriez-vous et
pourquoi ?
Je choisis l'image du lever de la Terre réalisée au cours de la mission
Apollo 8 en décembre 1968. Elle combine la mémoire du début de ma passion
pour l'espace, l'excitation des missions lunaires suivantes et de la fragilité
de notre planète dans l'espace, quelque chose que nous soulignons dans nos
écoles aujourd'hui.

Quel serait
votre objet spatial favori et pourquoi ?
Je retiens le module lunaire car c'est le premier véritable vaisseau
spatial habité de l'histoire, prévu pour fonctionner uniquement dans l'espace
et donc incapable d'évoluer dans notre atmosphère. Il est certes fragile mais,
d'un point de vue technologique, c'est une merveilleuse machine conçue pour
effectuer un travail historique sur la Lune : y déposer les premiers
hommes, leur permettre d'y séjourner et d'entamer leur voyage de retour.

Le module Antares de la mission Apollo 14 dans la
plaine de Fra Mauro en janvier 1971
Je suis également attaché au laboratoire américain Skylab parce que
c'est le premier engin que j'ai vu dans l'espace, de mes propres yeux, avec un
équipage à bord. J'étais dans le Devon quand j’ai vu la station passer dans le
ciel un soir. Des années plus tard, j'ai pu devenir ami avec la plupart des
astronautes de Skylab et ai écrit un livre au sujet de leurs activités à bord
de la station.

Vous
souvenez-vous de la nuit du 20 au 21 juillet 1969 ?
Je m'en souviens parfaitement. J'avais 14 ans à l'époque et étais
chez mes grands-parents à Paignton, dans le Devon. Avec mon grand-père, je suis
resté debout toute la nuit à regarder en direct les images de la première
marche lunaire retransmises à la BBC. C'était cool pour moi, adolescent, pas
seulement du fait de l'événement mais parce que, pour la première fois, j'étais
autorisé à rester éveillé toute la nuit ! J'ai dédicacé mon premier livre
à mon grand-père à la mémoire de cet événement et pour son aide des coupures de
journaux consacrées aux missions Apollo pour mes archives.
Quel serait
votre rêve spatial le plus fou ?
J'aimerais voler dans l'espace. En 1989, la Grande-Bretagne a eu la
chance de pouvoir envoyer un de ses citoyens à bord de la station orbitale
soviétique Mir [voir le portrait d'Helen Sharman].
Je me suis porté volontaire, tout comme plusieurs milliers de jeunes cosmonautes en herbe. Bien que je sois allé plus loin que ce je
pensais dans le processus de sélection et que j'étais en discussion avec les organisateurs
pour écrire au moins un livre sur le programme, je n'ai pas été sélectionné.
Cela me
fait dire aux jeunes d'aujourd'hui que, dans leur vie, ils auront certainement
la chance d'essayer quelque chose qu'ils veulent vraiment faire et que, s'ils ne
saisissent pas cette occasion, ils le regretteront plus tard. Il est de loin
préférable d'être en mesure de regarder en arrière et
de se dire "Au moins, j'ai essayé !", comme je l'ai fait, plutôt
que de penser "Si seulement j'avais essayé…" J'aime à penser que je
pourrai encore continuer à essayer.
Merci, David Shayler !
Traduite de
l'anglais par Raoul
Lannoy et Pif

Rencontre
avec Pif lors de la convention Autographica 13 à Birmingham en avril 2009
Photo D.
Capdevila
La semaine
prochaine (lundi 29 juin 2009) : Dominique Lamiable
