LES
INVITES DU COSMOPIF
N°180
(lundi 21 janvier 2007)
www.forum-conquete-spatiale.fr

Qui êtes-vous, Frédéric Servian ?
Je suis né le 1er mai 1969 à Rouen,
en Normandie. Après mon Bac d’électronique et mon DUT en Génie électrique, j’ai
trouvé un travail de technicien de maintenance en microélectronique au sein de
Gemalto (ex-Gemplus), numéro un mondial de la carte à puce. Ce travail m’a
amené à vivre à la campagne à 50 km de Rouen, à Pont Audemer, dans un
cadre de vie agréable. Mes passions sont l’aviation, l’astronautique,
l’astronomie et l’informatique, les trois premiers étant souvent liés
d’ailleurs.
Petit,
comme beaucoup, je rêvais d’être pilote de chasse et astronaute. Mais en
Seconde, je me suis rendu compte que cela ne serait pas possible et il m’a
fallu me résigner à n’être qu’un spectateur.
Après
mes diplômes en poche puis un an sous les drapeaux, j’ai d’abord voulu réaliser
un rêve de gosse : devenir pompier. J’ai donc eu la chance de vivre cette
activité en volontaire plus d’un an et demi. J’ai cependant eu un choix à faire
lorsque j’ai eu une proposition sérieuse d’un grand fabriquant de carte à puce
et j’ai abandonné cette activité pour me tourner vers un métier plus orienté
haute technologie.
Aujourd’hui,
je suis donc technicien de maintenance dans les services de microélectronique
et impression des corps de carte (offset) chez Gemalto, fusion entre les
deux numéros un mondiaux (Gemplus et Axalto). Depuis, je continue mon
bonhomme de chemin dans ce secteur industriel très intéressant.
Je
n’ai absolument aucun souvenir de l’origine de ma passion. Aussi petit que je
me souvienne, je me vois toujours admiratif de tout ce qui volait. Petit, mes
jouets tournaient autour de l’espace, principalement mes constructions de Légo,
et mes dessins animés préférés étaient de la SF. Ensuite, adolescent, je
collectionnais dans des albums toutes les photos que je trouvais dans les
magazines et journaux et je commençais à fréquenter le Salon du Bourget
régulièrement.
Mais
la frustration était grande car, si les passionnés d’auto, de moto ou de foot
sont nombreux, ceux sur l’aviation et l’espace sont très rares et je n’arrivais
pas à partager cette passion. Avec l’arrivée d’Internet, j’ai vu un moyen
extraordinaire de pouvoir en apprendre plus, rencontrer des passionnés,
partager ensemble nos connaissances et avis. C’est donc dans cette optique que
j’ai créé en 2000 le newsgroup fr.sci.astronautique, dit FSA. Ce
type de support est malheureusement tombé à l’abandon car pollué par beaucoup
trop de trolls [personne cherchant à détourner insidieusement le sujet d'une
discussion pour générer des conflits en incitant à la polémique et en
provoquant les autres participants] et complexe d'accès pour un novice en
informatique. Mais, toujours aussi motivé dans ma passion, j’ai crée un nouveau
forum, sur le web cette fois,
totalement sécurisé et plus ouvert sur les possibilités de médias : le Forum de la conquête spatiale.
Et, à ma grande surprise, le succès a été très rapide et il a atteint à ce jour
un trafic qui en fait le forum francophone sur l’astronautique le plus
fréquenté et de très loin (plus de 500 membres à ce jour) ! Comme
quoi, il y avait bien une demande.

Sous le pseudonyme de Mustard, Frédéric Servian est administrateur
du Forum de la conquête
spatiale
Cette
passion ne s’arrête pas là et je suis également un grand fan de l’excellent
simulateur spatial Orbiter Space Flight
Simulator. A tel point que j’ai là-aussi contribué à la création d’un forum
francophone grâce auquel nous avons réalisé de nombreux addons, tutoriaux et
traductions pour aider les gens qui souhaitent découvrir ce superbe
simulateur : http://orbiter.dansteph.com/index.php
et http://orbiter.mustard-fr.com/.
Entre autres, j’ai réalisé les bases de Kourou et Baïkonour, ainsi que le
Soyouz.

Le pas de tir Soyouz à Baïkonour créé par Mustard pour le
simulateur spatial Orbiter Space Flight
Simulator
Incontestablement,
le plus grand moment fut d’assister au lancement d’Ariane V79 en 1995 en
Guyane. Mon frère y faisait son service militaire comme VAT (Volontaire à
l’Aide Technique) et nous avons saisi l’occasion d’aller le voir 10 jours.
Le vol était prévu avant mon arrivée mais la chance a voulu qu’il soit retardé
et coïncide pile avec mon séjour.

Badge visiteur de Mustard sur
le site d'observation "Agami" du CSG
Je
me souviens encore de ce moment intense avant le lancement, j’avais
l’impression de vivre les premières heures de l’astronautique, mon cœur battait
la chamade depuis notre départ vers le Centre Spatial Guyanais. C’était le soir
et tout le monde semblait excité mais avec la crainte d’un report. Arrivé au
site d’observation Agami par car, je fus émerveillé par Ariane. Elle était là,
enfin, devant moi au loin, éclairée de mille feux, éblouissante. Ariane
que je voyais de mes propres yeux… qui n’y croyaient toujours pas.
Lors
du compte à rebours final, le site fut plongé dans le noir total et ce fut
magique. Un silence absolu du public, humble devant ce moment d’émotion,
entouré par les bruits de la forêt amazonienne. C’était magnifique.
Puis
le décompte final et le lancement. Un orange sublime remplissait le pas de tir,
dans un silence absolu la fusée décollait puis un bruit déchira le silence, tel
un avion de chasse qui s’amuse à tourner au dessus de votre tête, et la fusée
montait de plus en plus rapidement. Incroyable ! Je fus cependant déçu que
le spectacle soit si bref car rapidement la fusée ne représente plus qu’une étoile
montante et seules les télé nous permettaient de suivre le vol qui fut un
succès. C’était une "simple" fusée mais, aujourd’hui encore, je revis
ce moment avec émotion. Qu’en aurait-il été si cela avait été une Saturn 5, une
navette ou un Soyouz ?

Je choisis la vue de la Terre au-dessus de
l’astronaute Schmitt lors de la mission Apollo 17 en décembre 1972. C’est une
photo symbolique qui, pour moi, représente toute la conquête spatiale. C’est
l’aboutissement d’un rêve, qui date surement des premiers temps de l’homme sur
Terre : voir un homme marcher sur la Lune avec la Terre derrière. C’est à
la fois magnifique et symbolique.

Je retiens malheureusement un objet qui n’a jamais
abouti : l'avion spatial européen Hermes. J’avais de grand espoir dans
cette mini navette, c’était pour moi le concept idéal et l’autonomie totale
pour l’Europe. Le jour où elle a été annulée fut donc un choc. 20 ans
après, on voit bien que ce concept revient au-devant de la scène avec notamment
le projet russe Kliper. La navette spatiale américaine est une superbe machine
mais l’expérience a montré que c’était une erreur de voir si gros. Trop complexe,
trop cher, trop dangereux, trop gros. Une mini navette était probablement le
meilleur choix.
L’Europe avait finalement eu une excellente vision
et elle n’a malheureusement pas eu l’envie de ses ambitions.

Difficile
de trancher mais j’en vois au moins trois.
J'aimerais
marcher sur Mars, dans Valles Marineris et sur les flans d’Olympus Mons. Quel
spectacle cela doit être ! J’apprécierais également marcher sur la Lune, à
la rencontre des restes des missions Apollo. Et d’un point de vue
philosophique, si un jour cela arrive, vivre le moment où l’homme découvrira
d’éventuels traces de vie. Je pense que ce sera incontestablement un tournant
dans l’astronautique et un bouleversement pour le public vis-à-vis de la
nécessité d’aller explorer les autres mondes. Ce sera un gros bouleversement
culturel pour l'humanité.
Je
vais peut-être surprendre en disant : pas grand-chose. Je respecte
énormément le courage de l’homme et ne conteste pas l’exploit réalisé ni ce que
ce jour a représenté pour l’astronautique. Mais, personnellement, je ne suis
pas particulièrement sensibilisé sur ce vol. A mes yeux, Gagarine n’a été qu’un
"passager inerte" d’un vol spatial. Les peurs de Gagarine, les
voyageurs suivants l’ont également tous eu et les risques sont encore
importants aujourd'hui.
J’ai
beaucoup plus d’admiration pour des personnes qui ont réalisé durant leurs vols
des exploits humains comme des rendez vous, des amarrages, des sorties
extra-véhiculaires, des pilotages ou des sauvetages de situations critiques.
Par exemple, Alexeï
Leonov a été remarquable lors de la première sortie spatiale ou Neil
Armstrong a été exemplaire lors de Gemini 8 et lors de l’atterrissage de son
module lunaire. Idem pour l’incroyable sang froid de Wally Schirra, qui resta
imperturbable la main sur la commande d’éjection de sa cabine Gemini après
l’allumage raté de la fusée. Plus récemment, lors du vol STS-120 de la navette
Discovery, la réparation acrobatique et improvisée d’un panneau solaire de
l’ISS a été une sacrée performance. C’est vraiment ce genre d’action que
j’admire le plus chez ces hommes. Pour moi, ce sont eux les héros de la
conquête spatiale.

Le 3 novembre 2007, l'astronaute Scott Parazynski
effectue une spectaculaire réparation
sur les
panneaux solaires de la poutre P6 de la station spatiale internationale
De
mon point de vue, contrairement à ISS, Mir a été une vraie station spatiale
dédiée à l’étude scientifique. Elle a été simple à construire et il était
inutile de voir trop grand pour pouvoir travailler efficacement. Les Russes ne
sont pas aussi démonstratifs que les Américains mais ils savent faire les
choses de façon efficace. C’est là tout le génie russe.
Inévitablement,
Spoutnik-1 signifie le début de l’ère spatiale. Bien que tout soit parti d’une
course au missile intercontinental militaire, Spoutnik a été la clef qui a
ouvert les yeux aux politiciens et au public sur le fait que l’espace
représentait un énorme enjeu pacifique et scientifique pour l’humanité.
Merci, Frédéric Servian !
Interview
réalisée par mail en Janvier 2007
La semaine
prochaine (lundi 28 janvier 2007) : Franck Menant