L'invité précédent : Jérôme Bonaldi
LES
INVITES DU COSMOPIF
N°278
(lundi 3 mai 2010)

Qui êtes-vous, Benjamin Sebag ?
J’ai
grandi en région parisienne et suis passionné d’espace, comme tous les lecteurs
du Cosmopif. Aujourd’hui, je travaille comme ingénieur dans une société
de services, pour de grands comptes de l’aéronautique et du spatial.
Bien
qu’ayant presque toujours vécu à Paris, j’envisage dans un avenir proche de me
détacher de la région parisienne pour me rapprocher de Toulouse, la plus grande
ville européenne de l’aéronautique et du spatial.
J’ai
étudié la physique à l’Université Pierre et Marie Curie, formation que j’ai
complétée par un Master de techniques spatiales à l’Observatoire de Meudon (http://master.osae.fr). J’ai, tout au cours
de mon cursus, multiplié les expériences professionnelles dans des
laboratoires, que ce soit pour travailler sur la haute atmosphère de Titan, le
plus gros satellite de Saturne, ou sur la caractérisation des poussières
d’Andromède, la galaxie voisine. J’ai effectué mon stage de fin d’études au
Centre national d’études spatiales, à Toulouse, où j’ai travaillé sur un projet
de télescope spatial permettant d’observer "directement" des planètes
tournant autour d’étoiles lointaines.
Aussi
loin que je me souvienne (dès le berceau, aux dires de mes parents), j’ai été
curieux de voir et de comprendre le fonctionnement de mon environnement,
d’abord tout proche, puis de plus en plus lointain… La logique veut donc qu’un
jour, à force de demander le pourquoi du comment, je me suis retrouvé à lever
la tête en l’air, sans pour autant que l’on puisse me fournir de réponse qui me
convienne… C’est donc tout naturellement que je me suis tourné vers les
sciences, la physique puis vers l’espace, qu’il s’agisse d’astronomie (donc de sciences)
ou de techniques.
Plus
jeune, grâce à la section benjamine du Cosmos Club de France et du dynamisme de
Pif, j'ai pu approcher beaucoup d'acteurs du secteur spatial et du secteur
aéronautique, et même envoyer une petite série d’expériences à bord de la
station Mir à l'occasion de la première mission dans l'espace de Claudie Haigneré...
Et c'est ainsi que, de choix en choix et avec un peu de chance, je me retrouve
aujourd'hui à vivre de ma passion !

Claudie Haigneré manipule une des expériences conçues et
réalisées par la section benjamnine du C2F,
dont elle a embarqué une photo de groupe.
De gauche à droite sur la photo : Léopold Eyharts
(doublure de C. Haigneré pour la mission Cassiopée),
Jean-Pierre
Nouaille, Claudie
Haigneré, Pif, Romuald Oumamar, Arnaud Marsollier,
Cyril
Descharles et Benjamin Sebag.
Un
jour, comme tout bon Francilien, j’étais dans le métro. Et comme tout autre
anonyme des rails ce même jour, dans la même rame, Léopold Eyharts
aussi. Croyant reconnaître un voisin, un ami d’ami, un collègue, en tous cas
une tête familière, je l’ai salué poliment lorsque nos regards se sont croisés
un peu par hasard… Et lui, tout aussi poliment, m’a salué en retour… Ce n’est
qu’après de longues minutes d’introspection en me demandant "Mais qui
ai-je donc en face de moi ?" que j’ai réalisé qu’il s’agissait de
Léopold Eyharts, l’astronaute !!! Il était à côté de moi, assis tranquillement
en attendant sa station, sans que personne ne sache qui il était, sans que
personne ne sache qu’il avait été choisi parmi des centaines de candidats et
après une sélection sévère, pour voyager dans l’espace…
Et
si l’astronaute était un homme comme les autres ?

Je
choisis une carte réalisée à partir des résultats du satellite astronomique
américain COBE. Cette carte représente ce que les cosmologistes appellent le
"rayonnement fossile" : il s’agit là de la "trace"
laissée par la plus vieille lumière de l’Univers, lors de la formation des
premiers photons, soit environ 380 000 ans après le Big bang (qui a
eu lieu il y a 15 milliards d’années). Sa forme ovale est une représentation
du ciel entier, de la même manière que sont réalisées certaines projections de
la Terre. Les couleurs correspondent aux zones plus chaudes et aux zones plus
froides.
L’objectif
des chercheurs est aujourd’hui (via des mesures faites par des satellites comme
COBE, WMAP et très bientôt Planck) d’améliorer le plus possible le détail de
chacune des zones de cette carte. Car, de cette répartition dépend la réponse à
de multiples questions concernant l’Univers, comme sa forme, si son expansion
s’accélère ou décélère, s’il va s’étendre indéfiniment ou s’effondrer sur
lui-même…
Cette
carte représente donc à la fois notre histoire, ce que nous voyons aujourd’hui,
et l’avenir de notre Univers.

En
fait, je suis plus fasciné par la logique et la manière de réfléchir des
ingénieurs qui créent les objets spatiaux que par les objets spatiaux
eux-mêmes. Les Russes et les Américains ont toujours eu des approches
différentes de la conception et l’utilisation de la technologie. Concernant le
domaine spatial, la situation en est presque caricaturale. Je pense à
deux exemples (qui sont de moins en moins d'actualité mais m'avaient
marqué dans les années 80).
Le
premier concerne l'écriture dans l’espace : côté américain, on utilise un
stylo avec de l’encre dans une cartouche sous pression (certains parlent d’un
développement de 1 million de dollars) alors que, côté russe,
l’utilisation d’un simple crayon de bois.

Le second concerne la navigation dans l'espace. Pour savoir au-dessus de quel point terrestre se situe la navette spatiale américaine, un écran indique la trajectoire bien tracée alors que les Soyouz russes sont équipés d'un simple globe tournant représentant la Terre.

Je
m’attarderais plus particulièrement sur une combinaison spatiale russe
"Kritchet", qui aurait pu avoir son heure de gloire si les Russes
avaient été les premiers à poser le pied sur la Lune… On pourrait être surpris
par le décalage par l’aspect "bricolé" de cette combinaison, en
comparaison avec celle portée par Buzz Aldrin lors de sa marche lunaire en
juillet 1969. Pourtant, cette combinaison a aussi été conçue pour permettre à
un cosmonaute de survivre dans un environnement hostile. Ce qui me touche
particulièrement, c’est qu’elle a beau avoir coûté des sommes phénoménales,
être le fruit de milliers d’heures de travail, être la représentation même de
la manière dont les ingénieurs russes réfléchissent et conçoivent, son destin
n’aura été que de n’être qu’une pièce de musée.

Un
souvenir assez flou, en fait : je n’étais pas né ! Mais peut-être
assisterai-je bientôt à un alunissage de taïkonautes, qui sait ?
Mon
rêve "spatial " le plus fou concerne plus ce que les hommes
pourraient faire de l’espace, que l’espace lui-même… Je caresse l’idée que
l’homme voie enfin l’espace non pas comme un champ de plus à moissonner mais
comme un gigantesque terrain de jeux, de recherches, d’explorations et de
découvertes. La crise économique que nous venons de subir (et que nous
subissons encore) nous le rappelle durement : n’en déplaise à certains, le
but ultime ne doit pas être l’enrichissement matériel qui ne profite qu’à peu
mais un enrichissement spirituel et intellectuel de tous.
Merci, Benjamin Sebag !
Interview
réalisée par mail en février 2010
La semaine
prochaine (lundi 10 mai 2010) : William Ayrey
