L'invité de la semaine dernière : Jean Paul Marodon

 

LES INVITES DU COSMOPIF

 

N°273 (lundi 15 mars 2010)

 

Jean Rébillat

Ingénieur, auteur et critique

www.actusf.com

 

 

 

Qui êtes-vous, Jean Rébillat ?

Je suis né à Poitiers, dans la Vienne, en 1961. De formation, je suis ingénieur en aérotechnique, ce qui m'a permis de travailler chez Aerospatiale aux Mureaux (devenu depuis EADS Astrium).

Comme beaucoup, j'ai été marqué par la conquête spatiale qui est née à peine une poignée d'années avant moi. Renforcée par les lectures puisées dans la large bibliothèque de mon père -qui était consacrée essentiellement à la science-fiction-, ma passion pour l'espace et l'inconnu n'a jamais faibli. Elle s'est nourrie des nuits blanches à attendre un tir d'Ariane autant que des livres d'Isaac Asimov, d'Alfred E. van Vogt ou de Peter F. Hamilton.

Ma femme travaille aussi chez Astrium et, si elle ne partage pas toutes mes passions, supporte sans broncher mes élans et mes envies.

Je n'ai pas pu aller dans l'espace mais j'en ai cherché les sensations et la liberté en faisant de la plongée sous-marine et du parapente. Et aussi, depuis quelques années, en écrivant, inventant des vies, des aventures spatiales pour mes personnages.

 

 

Quel a été votre parcours professionnel ?

J'ai eu un parcours simple, du moins concernant sa localisation puisque j'ai fait toute ma carrière, jusqu'à présent, sur le site spatial des Mureaux, où sont assemblées les Ariane et développés les logiciels de vol des fusées européennes. Par contre, commençant avec une formation de thermodynamicien et d'aérodynamicien, j'ai plongé assez rapidement dans l'informatique, sur des projets captivants comme Ariane5 ou l'ATV (le cargo ravitailleur de la station spatiale internationale). Désormais je me consacre aux outils qui permettent à mes collègues de développer les programmes de bord d'Ariane, de l'ATV ou d'autres fusées.

 

 

Quelle est votre passion, comment est-elle née, comment la vivez-vous ?

Ma passion, c'est l'univers... ou plutôt les univers. Énorme lecteur, j'ai vécu des milliers de vies au fil des pages. Jusqu'au moment où il est devenu évident qu'il me fallait, à mon tour, conter à d'autres lecteurs les histoires qui passaient par ma tête. Mon premier roman, La dernière traversée, est paru chez Nos Futurs en 2009 et plusieurs autres sont en travaux ou en cours de parution.

 

 

 

Quelle anecdote personnelle ou souvenir fort lié à la conquête spatiale souhaiteriez-vous nous faire partager ?

Il y a eu plusieurs événements forts, dans ma vie, qui ont eu des liens avec l'espace. Je pourrais parler de ma rencontre au Bourget avec la navette spatiale posée sur son Boeing ou de la chute de Mir... Pourtant celui qui m'a le plus marqué n'est pas aussi marquant pour tout le monde. Le 9 mars 2008, le vol 181 d'Ariane était sur la pas de tir, le décompte arrive à zéro... et à cet instant j'ai pris conscience que ce qui se trouvait sous la coiffe, l'ATV placé au sommet de la fusée, contenait huit années de ma vie, de mon travail. Et dix de la vie de ma femme. Travail qui pouvait disparaître en cas de souci avec le lanceur.

Ce que je souhaite partager, c'est la somme d'heures de travail, parfois de nuits blanches et de week-ends en astreinte qui se cache derrière chacune des réussites de la conquête de l'espace. La course à l'espace n'est pas qu'un montant budgétaire, elle dévore des tripes et des cerveaux, elle façonne les vies des passionnés qui la construisent.

 

 

 

Quelle serait votre photo spatiale ou astronomique préférée et pourquoi ?

Il est difficile de choisir une seule photographie... Je suis passionné tant par les objets stellaires (lunes, planètes, étoiles, nuages, galaxies) que par les réussites humaines (Mir, la station spatiale, Ariane...). Il est toutefois une image qui réunit d'une certaine manière cela, montrant à la fois la petitesse des réalisations de l'homme, tout en gardant les yeux levés vers le ciel :

 

 

Photo Thierry Legault

 

Ce jour-là (17 septembre 2006), la navette Atlantis se détache de la station internationale et se prépare à revenir sur Terre. Thierry Legault a réussi à prendre une image époustouflante de l'ISS et de la navette avec rien moins que le Soleil en toile de fond.

 

 

De la même manière, quel objet spatial vous fascine-t-il ?

Mars... C'est l'objet le plus proche de la Terre que l'homme n'ait pas encore atteint. C'est une planète-sœur de la nôtre et nous la touchons presque du doigt. Cela fait plusieurs fois que les gouvernements repoussent une expédition vers la quatrième planète et je le regrette à chaque fois.

Elle est encore déserte mais si semblable à la Terre que l'on peut rêver...

 

 

Photo Viking retraitée par Olivier de Goursac

 

 

Quel souvenir gardez-vous de la nuit du 20 au 21 juillet 1969 ?

Cette nuit-là, j'ai dormi. J'étais trop jeune pour veiller. Mais c'est dès le lendemain que j'ai pu voir... Dans le quartier où mes parents habitaient, il n'y avait qu'un seule télévision, chez la voisine d'en face. Nous étions plus d'une quinzaine, entassés dans son petit salon, à regarder des images floues sur une télévision noir et blanc. Je pense qu'il s'agit d'un élément fondateur des choix que je ferai plus tard.

 

 

Quel serait votre rêve spatial le plus fou ?

Le plus fou ? Ce serait d'assister à un Big Bang, comme dans le livre Temps de Stefan Baxter. Mais le rêve plus réaliste -mais à peine plus raisonnable- que j'ai c'est qu'un jour l'homme arrive à atteindre les étoiles…

 

 

Merci, Jean Rébillat !

 

Interview réalisée par mail en février 2010

 

 

 

La semaine prochaine (lundi 22 mars 2010) : Etienne Lefebvre

 

 

 

 

 

 

Les coordonnées des invités ne sont communiquées en aucun cas

 

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