L'invité de la semaine
dernière : Etienne Lefebvre
LES
INVITES DU COSMOPIF
N°275
(lundi 29 mars 2010)

Qui êtes-vous, Dominique Proust ?
Né en février 1950, je suis astrophysicien à l'observatoire de Paris-Meudon. Je travaille sur les grandes structures de l'Univers à partir de mes observations sur les grands télescopes internationaux. Quand je ne fais pas d'astronomie, je suis organiste dans une des églises de Meudon et je donne des récitals en France et à l'étranger. Originaire de Bourgogne, j'aime y retourner régulièrement, apprécier de bonnes bouteilles et être près de ma famille, de mes enfants et petits-enfants.
C'est
le lycée jusqu'au baccalauréat, puis les études universitaires jusqu'à ma thèse
de doctorat. Je suis entré au CNRS relativement jeune, tout en poursuivant de
front mes études.
Je
pratique l'astronomie depuis que je suis gamin. Adolescent, j'animais des clubs
et j'assurais des permanences à l'observatoire de la Société
Astronomique de France à Paris. A 16 ans, j'avais accès aux
équatoriaux de l'observatoire de Paris où j'effectuais des mesures d'étoiles
binaires, puis l'été je séjournais régulièrement à l'observatoire de Nice. Dans
les années 1965, je me suis intéressé aux étoiles variables et j'ai commencé à
les observer puis j'ai intégré l'Association Française des Observateurs
d'Etoiles Variables (AFOEV) dont je m'occupe toujours. Je continue de faire des
observations en Bourgogne, passant ainsi fréquemment d'un télescope de 8 m
comme le VLT au Chili, à un télescope de 15 cm en quelques jours. Je donne
de nombreuses conférences publiques, y compris des participations à la radio et
la télévision. D'autre part, étant bilingue LSF (Langue des Signes Française),
j'assure des formations en astronomie auprès de la communauté sourde.
Une nuit, j'observais à l'ESO-La Silla au Chili et tout se
passait au mieux. Soudain, je ne vois plus rien sur les écrans des ordinateurs,
bien que le ciel soit parfaitement dégagé et qu'aucune alarme ne se soit
manifestée. Au bout de 3 heures de recherches, j'ai compris qu'un condor
était passé au-dessus de la trappe de la coupole. Ces grands oiseaux planeurs
ont une envergure dépassant 2 mètres et l'un d'eux a lâché… son guano qui
est tombé juste dans le trou central du miroir (foyer Cassegrain), obstruant
complètement celui-ci. Il a fallu plusieurs heures de démontage et de
nettoyage. J'ai admiré la précision du largage mais c'était moins dangereux que
les débris d'un engin spatial retombant sur Terre !
C'est
surtout le champ profond pris par le télescope Hubble dans la Grande Ourse que
je retiens : il ouvre une fenêtre sur l'Univers lointain.

Je pense au lancement des sondes Voyager avec le vidéodisque
embarqué à bord. Etant fana de la musique de Bach jouée au piano par Glenn
Gould, j'imagine la réaction d'extraterrestres potentiels récupérant la sonde
et écoutant le premier prélude et fugue du 2e volume du
"Clavier bien tempéré". Ce vidéodisque se ballade actuellement à
20 milliards de kilomètres de la Terre.

Un
événement comme le premier pas sur la Lune, c'est inoubliable, j'ai veillé
toute la nuit devant la télévision.
J'aimerais
avoir la preuve que la vie existe ailleurs que sur Terre, avant de rejoindre le
terrain de chasse de mes ancêtres.
Merci, Dominique Proust !
Interview
réalisée par mail en mars 2010

Quelques
livres dont Dominique Proust est le coauteur :
Les étoiles
(collection Points Sciences, Le Seuil, 1996)
Les galaxies
et la structure de l'Univers (collection Points Sciences, Le
Seuil, 1997)
Les mains
dans les étoiles - Dictionnaire encyclopédique d'astronomie
pour la LSF (Burillier, 2010)
La semaine
prochaine (lundi 5 avril 2010) : Olivier Gueret
