L'invité de la semaine
dernière : Kent
LES
INVITES DU COSMOPIF
N°36
(lundi 20 septembre 2004)

Qui êtes-vous, Jean-Pierre Penot ?
Je suis né le 29 août
1944 à Noisy-le-Grand (alors en Seine-et-Oise, aujourd'hui en
Seine-Saint-Denis). Jusqu'au début des années 70, cette commune -réputée pour
ses "bords de Marne"- est restée rurale, entourée de vergers et de
terres agricoles. Les choses ont ensuite beaucoup changé avec l'édification
d'une "ville nouvelle", Marne-la-Vallée… Mais j'avais déjà migré vers
le Sud.
J'habite actuellement en
bordure du canal du Midi, à dix minutes de vélo du Centre spatial de
Toulouse, ce qui est un luxe suprême quand on a abusé -pendant une quinzaine
d'années- du métro et des bus de la banlieue parisienne.
Je suis marié, père d'un fils
de 30 ans, lui-même papa d'un frétillant petit bonhomme de 18 mois.
Mes loisirs tournent
essentiellement autour de l'activité physique : randonnées en montagne (à
pied ou en raquettes, selon la saison), éventuellement treks en terre lointaine
pendant les vacances, jogging, sorties cyclistes, yoga, etc. Par ailleurs :
cinéma, musique, théâtre, lecture… Mais j'ai horreur du bricolage !
Etudes
secondaires au collège-lycée de Nogent-sur-Marne (Val-de-Marne) de 1955 à 1962.
Etudes
supérieures de physique-chimie à Paris (propédeutique, licence d'enseignement,
DEA à la faculté des sciences [à l'époque de la Halle aux vins car Jussieu
n'était pas encore sortie de terre] et doctorat de 3e cycle
dans un laboratoire de chimie organique du CNRS au Collège de France) de 1963 à
1969.
En
dépit des qualités humaines et professionnelles des chercheurs que j'y côtoyai
deux années durant, je ne pris pas pris goût à la recherche. Une petite
annonce du Monde m'a ensuite conduit
(fin 1969) dans une maison d'éditions (Grolier Int.) préparant une encyclopédie
pour la jeunesse : un premier emploi de "lecteur-rédacteur" et
la découverte concrète de la "vulgarisation" scientifique et
technique. Les affres de l'écriture : lire, comprendre, synthétiser,
expliquer, condenser, vérifier, etc. Trois ans plus tard, l'ouvrage fini,
tout le personnel fut licencié. Fin 1972, ce n'était pas tragique car il était
aisé de retrouver un emploi.
En
1973, un ancien collègue, lui-même entré depuis un ou deux ans au CNES,
m'informe du prochain recrutement d'un "rédacteur" au département des
Publications du CNES, à Brétigny-sur-Orge. J'ignorais ce qu'était le CNES et
n'avait aucune attirance particulière pour l'espace (cette absence de
"passion" pour ce domaine auquel j'ai consacré trente ans de ma
vie professionnelle a souvent étonné les "fanas" de l'exploration spatiale -ils sont
nombreux- que j'ai pu rencontrer ici ou là).
Et
c'est ainsi que je suis entré au CNES, en novembre 1973, mais pour une raison
bien prosaïque : la certitude de quitter Paris car le Centre de Brétigny
était décentralisé à Toulouse ! Notre fils venait de naître et nous
souhaitions lui offrir un autre espace de jeu que le square de la Porte de
Bagnolet où nous vivions alors…
Août
1974 : déménagement définitif en région toulousaine. Associé à
l'élaboration de divers documents institutionnels, j'eus vite la nostalgie du
travail d'encyclopédiste. D'autant plus qu'une carence était flagrante :
l'absence de toute documentation simple, accessible sur les programmes spatiaux
français et sur l'activité spatiale mondiale en général alors que nous
recevions beaucoup de demandes d'informations -difficiles à satisfaire- de la
part d'enseignants, d'éducateurs scientifiques, d'élèves, d'étudiants, de
journalistes et du "grand" public.
J'ai
donc proposé au responsable de notre petite structure de donner un caractère
encyclopédique à une brochure trimestrielle de 8 pages, Espace Information, créée par le CNES en 1973. Et c'est ainsi que
le premier numéro (nouvelle formule) de ce bulletin a vu le jour en octobre
1975 (porteur du numéro 6). Puis, au rythme de deux à trois numéros par
an, j'ai abordé un grand nombre de thèmes déclinés en plusieurs chroniques, sur
un nombre croissant de pages (jusqu'à 52 !). Ce travail était très absorbant
puisque j'étais seul pour la recherche documentaire, la rédaction, la maquette,
les illustrations, le secrétariat de rédaction, la gestion des abonnements (…
qui ont culminé à environ 5 000). Evidemment, j'ai arrêté ma collaboration
sur les autres publications du CNES et je me suis consacré à l'existence d'Espace Information jusqu'en 1992,
lorsqu'il fut décidé d'y mettre un terme (au 51e numéro). Une
expérience de dix-sept ans,
passionnante, prenait fin : au total, plus de 500 000 bulletins
furent ainsi disséminés…
Une
autre "aventure" allait commencer : celle de la collection BT Espace, fruit d'un partenariat entre
le CNES et les éditions PEMF (Presse et édition du mouvement Freinet). Une
collection de brochures/albums pour les 10-15 ans ainsi que pour le grand
public. A ce jour, une quinzaine de titres sont parus… et ce n'est pas fini !
Je
l'ai dit plus haut : ma passion ne porte pas sur l'espace, ses exploits,
ses héros, sa "mythologie", etc. Plus que l'espace, ce qui m'intéresse
-et me semble important- c'est de "raconter l'espace", en faire
comprendre les techniques, l'histoire, les enjeux.
En
fait, ma passion serait plutôt la pédagogie. Il se trouve que le domaine
dans lequel j'évolue est l'espace mais d'autres thématiques auraient
certainement pu convenir : l'écologie, l'astronomie, la météorologie,
l'océanographie, la biologie…
Par
pédagogie, j'entends le plaisir d'aider les autres à comprendre ce qui
commence, soyons francs, par le plaisir de comprendre soi-même. J'ai découvert
ce plaisir lorsque, étudiant, je donnais des cours de soutien scolaire
(français, mathématiques, physique) à de jeunes élèves (du primaire ou du
secondaire). Vous éprouvez une grande satisfaction à aider un élève -un peu
vite catalogué "mauvais"- à rattraper le peloton et même, c'est
fréquent, à se situer dans les meilleurs de sa classe. J'en ai vu
"aimer" la discipline qu'ils abhorraient quelques mois
auparavant !
Il
n'y a là aucun prodige : on lui a simplement accordé du temps, en prenant
en compte ses blocages et son propre rythme. L'une des "faiblesses"
de beaucoup d'enseignants est d'avoir été de bons élèves : difficile,
ensuite, de se mettre à la place de quelqu'un qui ne pige pas tout de suite ou
qui a besoin d'explications complémentaires.
Mon
expérience d'élève assez moyen m'a sans doute été bénéfique… C'est donc par
hasard que j'ai trouvé dans le domaine spatial un terrain d'une extrême
richesse pour exercer mon goût de la pédagogie. Au début des années 70, la
vulgarisation spatiale n'était guère développée et pour m'y engager j'avais
-l'argument étonnera peut-être- un gros avantage : j'ignorais tout de ce
domaine ! Certes, des spécialistes sont parfois d'excellents
vulgarisateurs de leur domaine mais, à mon avis, rien de tel que le "profane"
pour se poser les questions "élémentaires", se situer naturellement
dans la peau de son futur lecteur !
Autrement
dit, j'ai passé des années -et ce n'est pas tout à fait fini- à me plonger dans
la rédaction d'articles sur des sujets que je ne connaissais pas !
Evidemment, cela implique de se documenter, de se faire relire par des
spécialistes mais aussi par des "profanes" pour rester toujours
accessible au plus grand nombre.
A
ce sujet, deux rencontres ont profondément changé ma conception de la
vulgarisation et ma façon de travailler : celle d'enseignants pratiquant
la pédagogie Freinet et celle d'André Giordan, directeur du Laboratoire de
didactique et d'épistémologie des sciences de l'université de Genève. Ces
pédagogues m'ont fait prendre conscience que nos messages ont un… destinataire,
imprégné d'idées fausses, de conceptions erronées et de "représentations
mentales" qu'il importe de prendre en compte.
Oui,
elle concerne le tracé du plan de la Cité des étoiles. J'y ai séjourné
deux semaines, en juillet 1994, grâce à l'association Cap Espace (de
Philippe Droneau), avec l'intention d'en rapporter la matière d'un album BT. A l'époque, il n'existait aucun plan
de ce lieu mythique… Eh bien, j'ai construit le mien : chaque matin, je
partais en short faire un footing, avec dans les poches un carnet, un crayon et
une boussole. Je comptais mes pas, je notais les directions et, à mon retour,
je reportais tout ça sur une grande feuille. J'ai ainsi exploré tous les
recoins de la Cité et établi le plan ci-dessous.

La
photo du centre d'entraînement (CPK) de la Cité des étoiles qui figure en
couverture de l'album Cosmonautes à la Cité
des étoiles de la collection BT
Espace.
Comme
pour le plan précédent, aucune belle photo du CPK n'avait, en 1994, fait
l'objet d'une large diffusion. Je n'en avais jamais vu…
Et
la chance nous a souri, au photographe-éditeur qui m'accompagnait et à moi-même :
en nous aventurant au sommet de la plus haute tour d'habitation, en poussant
une petite porte menant sur les toits, nous avons découvert ce panorama
superbe. Mais nous n'avions pas pris l'appareil photo. Nous sommes revenus le
lendemain : quelqu'un avait dû nous voir et avait posé un cadenas sur la
porte !! Heureusement, il était faible : il a vite cédé et nous
avions la photo de couverture.

La capsule Apollo 8. Au
printemps 1969, elle était exposée au salon du Bourget et j'avais absolument
voulu aller voir ce petit vaisseau dans lequel trois audacieux aventuriers
avaient contourné la Lune : un bouchon jeté dans l'océan ! Très
impressionnant… Ce fut mon premier contact avec l'astronautique mais ce voyage
avait tellement fasciné le public qu'il était impossible d'y rester insensible.

Vivre
le jour où l'existence de civilisations extraterrestres deviendra une évidence
pour les Terriens.
Merci, Jean-Pierre Penot !
Prochain
invité (lundi 27 septembre 2004) : Vincent Meens