L'invité de la semaine dernière : Hugo Boris

 

LES INVITES DU COSMOPIF

 

N°294 (lundi 18 octobre 2010)

 

Romuald Oumamar

Enseignant et astronome amateur

 

 

Romuald à l'Observatoire de la Sorbonne

 

 

Qui êtes-vous, Romuald Oumamar?

Je suis né au début des années 70 à Paris, où je vis et travaille toujours. Je suis enseignant et astronome amateur. Je suis père de deux garçons plein de vie.

 

 

Romuald et les astéroïdes 1966 Tristan et 11353 Guillaume

 

 

Quel a été votre parcours professionnel ?

Je présentais différentes aptitudes et facilités dans des domaines très différents. J’ai fini par choisir de me former aux métiers d’arts (photographie, peinture, architecture, illustration…) Toutefois, je souhaitais également être médecin. J’ai toujours hésité entre ces deux voies, celle des sciences et celle des arts. Cela se ressent encore dans mon travail. Par exemple, en tant qu’astronome amateur, je réalise quantité de dessins aux crayons de couleurs ou aux pastels, voire à l’aquarelle. Le dessin est une science à part entière. Il nécessite de bonnes aptitudes à l’observation qui est une base de la pratique des sciences.

 

   

 

   

 

Quelques dessins de Romuald : la Voie lactée, Saturne, Vénus et Ganymède passant devant Jupiter

 

 

L’inverse est également vrai. Je pratique les arts avec rigueur, comme si j’appliquais une démarche expérimentale lors de la création d’un travail purement visuel en ce qui concerne les questions de composition, de couleurs ou des pigments…

 

Il existe un personnage que j’apprécie pour ses qualités de dessinateur et de touche à tout. Il s’agit de l’astronome Léopold Trouvelot. Il s’est passionné pour les sciences naturelles, l’élevage de papillons puis l’astronomie. Ses pastels réalisés à l’observatoire de Meudon sont une véritable splendeur. A l’époque, l’œil et la pratique du dessin pouvaient encore rivaliser avec la photographie.

 

   

 

Léopold Trouvelot (1827-1895) et un de ses dessins au pastel de la grande nébuleuse d'Orion en 1874-1875

 

 

Quelle est votre passion, comment est-elle née, comment la vivez-vous ?

J’ai plusieurs passions. Les arts et les sciences en général mais aussi la boxe, la poésie. L’astronomie est une de mes grandes passions.

Quand j’avais 8 ans, alors que j’étais en colonie de vacances, un des animateurs possédait une petite lunette d’observation qu’il avait emmenée avec lui pour le séjour. Un soir, nous avons regardé la Lune. J’ai encore cette image en mémoire. L’œil n’oublie pas ce qu’il a vu, même si l’image n’a été visible que peu de temps.

Depuis ce jour, j’ai voué beaucoup de temps au ciel. Je me suis formé à la pratique de l’astronomie par le biais de clubs et d’associations. J’ai collaboré avec l’ANSTJ (l'ancien nom de Planète Sciences), l’Association Française d’Astronomie (notamment avec les ateliers Ciel & Espace), le musée de l’Air et de l’Espace (en tant qu’animateur du planétarium), la Société Astronomique de France (pour laquelle je suis un des animateurs des séances publiques d’observation à la coupole de l’Observatoire de la Sorbonne)…

 

 

Quelle anecdote personnelle ou souvenir fort lié à la conquête spatiale souhaiteriez-vous nous faire partager ?

Mon domaine de prédilection est plus l’astronomie que la conquête spatiale. Je garde un souvenir fort des passages de Mercure et de Vénus devant le Soleil. Ce sont des événements très rares, surtout les passages de Vénus.

En ce qui concerne l’astronautique, je pourrais vous dire que serrer la main d’Harrison Schmidt, le géologue de la dernière mission Apollo, a été un moment fort. Rencontrer des astronautes, les écouter parler de leur entraînement, de leur mission… est passionnant. Claudie André-Deshays, Jean-Loup Chrétien, Jean-Pierre Haigneré, Michel Tognini me laissent un souvenir formidable. Ce sont des rencontres qui m’ont beaucoup marqué.

 

 

Rencontre avec l'astronaute américain Harrison "Jack" Schmitt

et le cosmonaute soviétique Vitali Sevastianov (1935-2010)

 

 

Je garde également un souvenir très fort de moments "pédagogiques", j’entends par là des situations d’apprentissages avec des jeunes dans le contexte de l’astronautique. Il y la section jeunesse du Cosmos Club de France dont je m’occupais avec Pierre-François et Arno Marsollier. Les jeunes concernés ont élaboré des expériences embarquées à bord de la station spatiale Mir lors de la mission de Claudie André-Deshays, la mission Cassiopée. Nous avons préparé avec elle les expériences, les protocoles… Ce fut des moments de travail et d’échanges formidables !

 

   

 

Les jeunes du Cosmos Club de France aux côtés de Claudie André-Deshays (devenue Haigneré) et Léopold Eyharts

avant leur départ pour l'entraînement à la Cité des étoiles début 1995. On retrouve, de gauche à droite,

Jean-Pierre Nouaille, Romuald Oumamar, Arno Marsollier, Cyril Descharles et Benjamin Sebag.

 

 

Il y a aussi la mission Adonis. Toujours avec Pierre-François, nous avons conçu un projet de vol spatial avec des adolescents sous la forme d’un jeu de rôle : entraînement, sélection, construction de la capsule de vol, expériences, observation du ciel… Cela a duré deux mois, c’était extraordinaire !

 

      

 

Durant l'été 1993, des jeunes de 14-15 ans participèrent à l'opération "Un ado dans l'espace"

destinée à simuler les différentes facettes d'une mission spatiale

 

 

Quelle serait votre photo spatiale ou astronomique préférée et pourquoi ?

J'ai un faible pour la galaxie d’Andromède. Il s’agit de l’objet le plus éloigné visible à l’œil nu. On trouve Andromède sur des cartes du Moyen Age. Elle est facilement visible car brillante et aisée à trouver. A travers n’importe quel instrument, elle offre des détails très intéressants. Aujourd’hui, on est capable d’observer des amas globulaires, des amas stellaires des nébuleuses avec des détails époustouflants dans cette galaxie.

 

 

La galaxie d'Andromède (M31), la plus proche voisine de la Voie Lactée

 

 

De la même manière, quel objet spatial vous fascine-t-il ?

Les comètes me fascinent. Comme disait le poète romantique allemand Friedrich Hölderlin, "elles fleurissent en feu". Leur mouvement excentrique les fait fortement accélérer à l’approche du Soleil, elles passent, parfois reviennent. On leur voue quantités de superstitions, bonnes ou mauvaises. Ce sont des objets fascinants à observer, dessiner, comprendre.

 

Voudrais-je être une comète ?

Je crois.

Car elles ont la rapidité des oiseaux ; elles fleurissent en feu

Et sont en pureté comme des enfants.

Chose plus grande à souhaiter.

 

Friedrich Hölderlin (1770-1843)

 

 

La comète Hale-Bopp et Andromède

Photo NASA

 

 

Quel serait votre rêve spatial le plus fou ?

J'aimerais pouvoir faire l’amour en impesanteur. A ce sujet, vous pouvez mener quelques recherches sur le programme de l’Association des Astronautes Autonomes publié aux éditions de l’Eclat sous le titre "Quitter la Gravité"…

 

 

 

Merci, Romuald Oumamar !

Merci, bon ciel à tous !

 

 

Interview réalisée par mail en septembre 2010

 

 

 

Pas d'invité la semaine prochaine

Prochain invité le 8 novembre 2010 : Robert Staehle

 

 

 

 

 

 

Les coordonnées des invités ne sont communiquées en aucun cas