L'invité de
la semaine dernière : Daniel Firre
LES
INVITES DU COSMOPIF
N°337
(lundi 24 octobre 2011)
Lauréat du premier "Prix de la Vocation"
de la Commission Exploration et Observation Spatiale » de la 3AF (avril
2011)

Qui
êtes-vous, Marc Neveu ?
Je suis
actuellement au milieu de mes études après-bac. Je viens de terminer un cycle
de 6 ans, où j’ai étudié (après deux ans de prépa) les techniques
d’ingénierie aéronautiques et spatiales à l’Institut Supérieur de
l’Aéronautique et de l’Espace (SUPAERO), ainsi que l’astrophysique et les
sciences planétaires via un master à l’Université de Toulouse. Passionné par la
recherche de la vie dans l’Univers, je démarre un nouveau cycle de 5 ans à
l’université Arizona State à Phoenix aux États-Unis, pour mes études doctorales
en exobiologie.
Je suis né à
Versailles il y a 23 ans et j’ai grandi à Dreux (80 km à l’ouest de Paris).
J'ai également vécu à Toulouse, ainsi que dans plusieurs villes
américaines : Washington D.C., actuellement Gainesville en Floride et,
très bientôt, Phoenix.
Je suis astronome
amateur depuis une dizaine d’années : c’est cette passion qui a guidé petit
a petit mes choix d’études. J’aime également le golf (que je ne pratique plus
aussi souvent que je le voudrais), le ski, la plongée sous-marine, la salsa…
Il n’a pas vraiment
commencé ! En tant qu’étudiant, j’ai eu cependant la chance de pouvoir
effectuer plusieurs stages, qui m’ont permis d’explorer différentes facettes
des métiers liés à l’espace.
J’ai tout d’abord,
en 2008, travaillé pour l’industriel Thalès Alenia Space
à Toulouse, où j’ai pu découvrir toutes les étapes du design et de la
construction des satellites. J’ai ensuite travaillé avec des agences
spatiales : l’agence européenne (ESA) en 2008-2009, via un projet étudiant
européen de satellite d’exploration de la Lune (ESMO ou European
Student Moon Orbiter), puis la NASA (Goddard Space Flight Center) en 2009 et 2010 et enfin le CNES
(l’agence spatiale française) à Toulouse en 2010.
A la NASA, j’ai
contribué au développement d’un instrument pour mesurer la distribution de
méthane dans l’atmosphère de Mars. C’était un projet passionnant : sur
Terre, 90% du méthane est produit par des êtres vivants (comme les bactéries ou
les vaches…). Travailler sur cet instrument consistait donc en quelque sorte à
chercher des vaches sur Mars ! C’est ainsi qu’est née ma passion pour
l’exobiologie.
J’ai poursuivi ce
travail de développement d’instruments spatiaux au CNES mais pour détecter des
molécules plus complexes. L’instrumentation est un domaine qui nécessite des
connaissances scientifiques d’une part (que veut-on mesurer, et comment s’y
prendre ?) et d’ingénierie d’autre part (comment construire un instrument
qui fonctionne ?). J’aime beaucoup ce type de travail qui croise les
disciplines : on apprend beaucoup sur la façon dont raisonnent chercheurs
et ingénieurs.
Actuellement,
j’effectue un stage au sein d’un laboratoire américain, la Foundation
for Applied Molecular
Evolution. Je cherche à comprendre comment il est possible, à partir des
ingrédients disponibles à la surface de planètes peu après leur formation, que
la vie puisse y apparaître.
Je suis passionné
d’astronomie et d’espace depuis mes années de collège. Au fil des ans, ma
passion s’est portée davantage sur le thème des sciences planétaires puis de la
vie sur les planètes. Mon stage à la NASA a pour cela été une révélation.
Parallèlement à mon projet d’instrument pour étudier le méthane sur Mars, j’ai
participé à un projet de groupe, au travers du programme NASA Academy,
où j’ai recherché les possibilités de détecter la vie sur des exoplanètes. Au travers de ces deux projets, j’ai découvert
qu'il existait une discipline scientifique, non seulement dédiée à la recherche
des "petits
hommes verts",
mais également à la recherche de réponses à des questions fondamentales pour
l'humanité, comme "D’où
venons-nous ?"
ou "Qu’est-ce
que la vie ?".
Depuis deux ans, je sais que je veux consacrer ma carrière à la recherche
de la vie dans l’Univers et à l’étude de ses origines. J’ai la chance de
partager cette passion avec ma copine, rencontrée à la NASA et qui elle aussi
travaille sur les mêmes sujets.
Par essence,
l’exobiologie se situe non seulement au carrefour de la science et de l’ingénierie
(les deux sont nécessaires pour concevoir des missions d’exploration
planétaire). L’exobiologie est une science jeune, qui tend à rassembler plusieurs
disciplines : astronomie, géologie, chimie, biologie... C’est un phénomène
très intéressant : du temps de Léonard de Vinci ou de Galilée, il leur
était encore possible de s’intéresser à l’étude de tous les phénomènes
naturels. A mesure que les connaissances se sont affinées, la science s’est
morcelée en disciplines, qui ont évolué indépendamment. De nouveaux sujets
d’étude, comme l’exobiologie, marquent donc un retour à la pluridisciplinarité.
C’est passionnant, d’une part parce qu’on apprend beaucoup de choses nouvelles
(dans mon cas, en biologie et en géologie) et d’autre part parce que cela
favorise une ouverture d’esprit qui manque parfois aux scientifiques et aux
ingénieurs, trop souvent guidés uniquement par la façon de penser propre à leur
discipline.
J’ai
tout récemment assisté au lancement de la navette spatiale Endeavour
pour son dernier vol. Après quatre tentatives infructueuses de voir un
lancement de navette au cours des deux dernières années (les lancements
étaient a chaque fois reportés pour des raisons diverses), c’était un grand
moment ! Voir la navette emporter en silence (depuis le site
d’observation, le bruit n’arrive que quelques minutes plus tard), presque sans
effort, des hommes vers l’espace est très émouvant.

Décollage de la navette Endeavour
le 16 mai 2011 (mission STS-134) - Photo NASA
Je retiens cette
photo de notre planète prise depuis la station Mir, pleine de symboles. Elle
montre à quel point, plus qu'une conquête, l'espace est une découverte.
Découverte de nous-mêmes d'abord, puisque depuis ce point de vue vertigineux,
nous réalisons sans peine à quel point nous sommes fragiles et insignifiants et
pourtant si exceptionnels dans l'Univers. Découverte scientifique ensuite, qui
découle de l'aspect précédent : comme se fait-il que notre planète soit si
spéciale, que de la vie intelligente y soit apparue pour se poser la question
de ses origines ? La Terre est-elle vraiment si exceptionnelle ?
Comment préserver cette vie qui semble si unique ? Prise de conscience
politique, enfin : vu de là-haut, difficile de prendre au sérieux les
conflits territoriaux qui ont agité l'humanité durant toute son histoire. Américains
et Russes semblent l'avoir compris, eux qui effectuent sur cette photo une
mission en partenaires.

Je choisis les
plaques des sondes Pioneer 10 et 11, qui portent un message de l’humanité vers
les étoiles. L’humanité n’est peut-être pas éternelle mais les traces de notre
existence le sont désormais probablement. Du moins, ces plaques survivront
certainement largement au-delà de la fin de notre système planétaire.

Une mission-suicide ?
Les chances de succès du vol étaient minces (environ 50%, je crois) et Gagarine
aurait eu peu de chances de s’en sortir en cas d’échec. J’ai entendu récemment
que plusieurs échecs de missions similaires, non divulgués par les autorités
soviétiques, auraient eu lieu durant cette course au premier vol habité… Il
s’agit cependant d’un moment unique dans l’histoire de la vie sur notre
planète : pour la première fois, des êtres vivants sont parvenus à quitter
(temporairement) leur planète d’origine par leurs propres moyens. Nous sommes
extrêmement chanceux de vivre à une telle époque, qui ouvre tant de
perspectives sur le futur de l’humanité.
Je n’étais pas né
mais j’en ai la même impression de moment unique que pour le vol de Gagarine.
Une fois à la
retraite, j’adorerais pouvoir faire un voyage/croisière de quelques mois autour
des différentes planètes du système solaire. Arriver à un tel niveau de
technologie d’ici-la me parait un peu fou mais nous avons déjà vu des sauts
technologiques plus considérables encore. Il serait merveilleux également de
pouvoir entrer en contact avec une civilisation extra-terrestre. Encore une
fois, le rêve d’aujourd’hui sera peut-être la réalité d’un futur pas si
lointain…
Merci, Marc Neveu !
Interview
réalisée par mail en juin 2011
La
semaine prochaine (lundi 1er novembre 2011) : Roland Keller

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