L'invité de la semaine
dernière : Yohan
Coulomb
LES
INVITES DU COSMOPIF
N°271
(lundi 1er mars 2010)
Sheikh Muszaphar
Premier
spationaute malais (angkasawan)
464e sujet
de l’espace
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Dr
Sheikh Muszaphar Shukor Al Masrie en bref
Né le 27 juillet 1972 à Petaling Jaya (état du Selangor, en Malaisie)
Médecin, mannequin et propriétaire d’un
restaurant
Participant à la mission Soyouz TMA-11/ISS/Soyouz
TMA-10 (10-21 octobre 2007)
Temps passé dans l’espace : 10 jours
21 heures et 14 minutes
Pratique le yoga, la
méditation, la gymnastique et la natation (possède une licence de plongée
professionnelle)
Fiancé au docteur Halina Mohd Yunos
Auteur du recueil de souvenirs Journey to space (mars 2010)

Après des études secondaires au sein prestigieux
collège junior Maktab Rendah Sains MARA (MRSM) de la province malaisienne de
Johor, Sheikh Muszaphar entame une formation en
médecine au Kasturba Medical College de Manipal en Inde et se spécialise en
chirurgie orthopédique. Il obtient sa maîtrise à l'Université nationale de
Malaisie (Université Kebangsaan), près de
Kuala Lumpur. Il exerce ensuite dans plusieurs hôpitaux : à Seremban
(1998), Kuala Lumpur (1999) et Selayang (2000-2001). En parallèle, il débute une carrière de mannequin.
Sheikh Muszaphar est orthopédiste et professeur de
médecine à l'Université Kebangsaan lorsque la
Malaisie signe un accord avec la Russie pour faire voler un de ses
ressortissants dans l'espace. Il pose sa candidature et figure parmi les
27 candidats présélectionnés en décembre 2005. Il passe avec succès les
examens médicaux et part en mars 2006 avec 3 autres candidats pour la
sélection finale à la Cité des étoiles. Finalement, le 4 septembre 2006,
le Premier Ministre Abdullah Badawi annonce officiellement que les
deux candidats malais retenus pour participer à un vol Soyouz sont Sheikh Muszaphar
et Faiz Bin Khaleed.
Après un an de formation, Sheikh
Muszaphar (alors âgé de 35 ans) s’envole
le 10 octobre 2007 à bord
du vaisseau Soyouz TMA-11 en compagnie des membres de l’Expedition 16 de
la station spatiale internationale, Youri Malenchenko et Peggy Whitson. Il passe
9 jours 8 heures et 40 minutes à bord d’ISS dans le cadre de la
13e mission de visite. Il réalise principalement des
expériences de nature médicale, parmi lesquelles l'étude des effets de la
micropesanteur sur les caractéristiques et la croissance du cancer du foie et
des cellules leucémiques ou encore la cristallisation des protéines et des
microbes.

Le retour sur Terre a lieu le 21 octobre à bord
du Soyouz TMA-10, en compagnie des cosmonautes russes Fedor Iourtchikhine et
Oleg Kotov qui ont passé six mois à bord d’ISS dans le cadre de
l’Expedition 15. Comme lors de la mission TMA-1 en mai 2003, suite au
dysfonctionnement d’un câble reliant l’équipement de descente et son panneau de
contrôle, la capsule dévie de sa trajectoire et accomplit une rentrée
balistique un peu éprouvante pour l’équipage. L’atterrissage s’effectue à
340 kilomètres de l'endroit prévu.

A
gauche : avec Youri Malenchenko et Peggy Whitson
Au
centre : avec Fedor Iourtchikhine et Oleg Kotov
5 questions
à Sheikh Muszaphar
Je pense que je voulais aller dans l'espace depuis que j'ai
10 ans. Je me souviens que je regardais les étoiles, que je scrutais le
ciel et que je voulais savoir quelle est la vie là-bas. J'adorais Star Trek,
j'adorais Star Wars. Ma chambre a toujours été remplie d'images
d'étoiles et de planètes.
A cette époque, nous n'aurions pas pu imaginer que la
Malaisie pourrait un jour envoyer un homme dans l'espace. J'ai donc réalisé mon
rêve 25 ans plus tard. C'est un bel exemple, qui permet de passer aux gens
le message que les rêves sont possibles, qu'il n'y a rien d'impossible dans la
vie.
L'aventure commencé en 2003, lorsque la Malaisie a voulu
envoyer un homme dans l'espace. J'espère être comme Youri Gagarine qui a
inspiré les Russes ou comme Neil Armstrong qui a inspiré les Américains. C'est
l'objectif de notre programme spatial d'inspirer et de changer la mentalité des
jeunes générations. Nous étions au départ 11 425 candidats et il a
fallu surmonter de nombreuses épreuves. Le voyage a été très long et seulement deux
d'entre nous ont été formés en Russie pendant un an ; un seul a été
autorisé à aller à l'espace. Il s'agit d'un programme très coûteux.

Mon meilleur souvenir, c'est le début de ma formation en
Russie, lorsque j'ai pu rencontrer les astronautes du monde entier, de Russie,
des Etats-Unis, d'Europe. J'ai toujours adoré les astronautes et c'est amusant
car j'ai essayé de leur ressembler. J'ai vraiment apprécié pouvoir leur parler.
Mais le meilleur souvenir dans l'espace a été de regarder la
Terre, de constater à quel point la vue est magnifique, c'est magique, tout
simplement spectaculaire. Cela change définitivement les perspectives de votre
vie : vous vous sentez davantage concerné par des questions globales
telles que les enfants qui meurent, les femmes qui souffrent, la pollution, la
faim dans le monde, la guerre... Ce sont les questions sur lesquelles vous vous
concentrez désormais.

En stage de survie
et à l'entrainement en piscine avec sa doublure Faiz
Bin Khaleed
Je choisis définitivement le vol de Youri Gagarine, le
12 avril 1961. C'est une de mes idoles. Même si je n'étais même pas né
quand il s'envola pour l'espace, il changea l'avenir de l'espace, il a permis
aux gens de rêver.

Déposant des fleurs sur la tombe de Gagarine devant le Kremlin à Moscou
le 20 septembre 2007
Je choisis le Soyouz. J'aime le Soyouz. Il est très
difficile de s'y installer et vous ne pouvez pas être trop grand : la
distance entre vos pieds et votre cortex ne doit pas être supérieure à
99 cm, ce qui signifie que j'ai été sauvé par 3 centimètres !
C'est très petit, très étroit. Plusieurs fois, j'ai regretté de ne pas être né
plus petit... Je me rappelle notamment du lancement, nous avons attendu tous
les trois bien à l'étroit à l'intérieur durant 3 heures. Vous êtes calé
dans votre siège, vous êtes attaché et vous ne pouvez plus vous déplacer, même
pas les jambes, c'est tellement pénible ! Mais une fois que vous êtes hors
du Soyouz, tout semble être énorme…
J'aime le Soyouz, je pense qu'il est sûr.

Le Soyouz
TMA-11 s'approche de l'ISS le 12 octobre 2007
Demandez à n'importe quel astronaute qui est déjà allé à
l'espace s'il veut y retourner, il vous répondra oui. Si j'ai une chance
d'aller sur Mars avec un billet aller simple, sachant que je ne reviendrai pas,
je partirais. Mais c'est ma passion, je ferais n'importe quoi pour l'espace, je
mourrais pour l'espace. J'aimerais bien y retourner, j'aimerais bien être
impliqué dans les missions lunaires, j'aimerais bien participer la conquête de Mars.
Mais ce ne sera pas facile parce que c'est très coûteux pour nous.
Merci, Sheikh
Muszaphar !
Interview
réalisée en anglais à l'Euro
Space Center de Redu le 16 septembre 2009
Retranscription
réalisée Christophe
Scicluna


En
compagnie de Pierre-Emmanuel
Paulis, Léopold
Eyharts, Stéphane
Sébile,
Nicolas Pillet,
Pif et Thomas
Tsymbal
La semaine
prochaine (lundi 8 mars 2010) : Jean-Paul Marodon
