LES INVITES DU COSMOPIF

 

N°203 (lundi 15 septembre 2008)

 

 

Véronique Loisel

Chef de projet chez Arianespace

www.veroniqueloisel.fr

 

 

 

Qui êtes-vous, Véronique Loisel ?

Agée de 35 ans, je suis célibataire et et sans enfant. Js et  ;e travaille à Evry chez Arianespace comme Chef de projet satellite. chez Arianespace, c’est-à-dire que je joue le rôle d’interface Etre« Chef de projet dans ce cadre-là, satellite », c’est jouer le rôle d'interface  entre les le clients d’Arianespace (les satellites) et Arianespace (qui offre le service de lancement), depuis la signature du contrat jusqu’à la livraison du satellite sur l’orbite demandée..sur orbite. C’est une activité qui génère une dose de travail et une implication personnelle importantes mais qui procure aussi beaucoup de satisfaction. En parallèle de tout cela, je pratique la voile en compétition. C’est une activité à laquelle je consacre une grande part de mon temps libre. Pour la forme de tous les jours, j’aime aussi le sport "qui entretient" et que je pratique avec des collègues et des amis : la course à pied, la natation, le vélo…

 

   

 

 

Quel a été votre parcours professionnel ?

Quand j’étais petite, mon souhait était de devenir pilote de ligne (et autant vous dire que mon rêve était d'être un jour astronaute). J'ai décidé de suivre des études d'ingénieur à l'ESIEE (Ecole Ssupérieure d'Iingénieurs en Eélectrotechnique et Eélectronique) de Marne-la-Vallée, pour plus de polyvalence. Je suis sortie diplômée à l’époque du 100e lancement d'Ariane (intervenu en septembre 1997), qui a été largement médiatisé, et puis je suis tombée à trois reprises sur la même offre d'emploi pour un poste d'ingénieur dans le monde du spatial, alors que je commençais à chercher du travail. J'ai bondi sur l’occasion et j’ai eu la chance d’être embauchée chez Arianespace juste après le lancement 502 d'Ariane 5 en octobre suivant, dont le lancement suivi à la télévision chez une tante -pas la télé chez moi- m'a véritablement mise en émoi.

Le premier poste dont on m’a chargée était très opérationnel. J’étais responsable du contrôle des chaînes de guidage, de pilotage et de télémesure sur le lanceur Ariane 4 en campagne de lancement. Ce plongeon dans les opérations, je l’ai particulièrement apprécié, sans compter la proximité du lanceur et la découverte de la Guyane… Plus tard, j’ai acquis la bicompétence double compétence Ariane 4/Ariane 5 puis je me suis occupée des aspects électriques de la partie "haute" du lanceur (gestion des interfaces électriques entre le lanceur et les charges utiles) avant de devenir l’adjoint du COEL, le Cchef d’Oorganisation des Eensembles de Llancement, pour la partie haute (gestion des aspects opérationnels électriques et mécaniques en interface avec les satellites passagers du lanceur). J’ai également eu la chance d’habiter la Guyane. L’année dernière, j’ai pris un nouveau virage en rejoignant la direction commerciale d’Arianespace comme Chef de projet satellites. Un Chef de projet est l’interlocuteur privilégié des clients "satellite" d’Arianespace. Il répartit l’ensemble de tâches qui contribuent  à démontrer la faisabilité technique, programmatique, contractuelle et financière du lancement ainsi qu’à sa préparation. Aujourd’hui, je suis en charge de 4 projets satellites, pour des lancements qui interviendront dans les années qui viennent (2008-2010). Seul regret à ce décor intellectuel de rêve, et après toutes ces années passées à exercer un travail opérationnel : le cadre de vie en Guyane me manque particulièrement !

 

 

Quelle est votre passion, comment est-elle née, comment la vivez-vous ?

Mon goût pour la mer, je ne l’ai pas inventé. Le souvenir de mes ancêtres, dont nombre étaient capitaines au long-court et sillonnaient les océans du globe, a baigné mon enfance de récits d’aventure. A Saint-Briac-sur-Mer, près de Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), les activités nautiques enfant puis mes premières régates en solitaires avec le bateau de mes parents ont eu raison de moi. Etudiante, j'ai évidemment énormément participé aux à toutes lesà de nombreuses activités du club de voile de l'école. Lors de mon séjour en Guyane et malgré ma grande attirance pour cet océan de verdure, j'ai fini par ressentir le manque généré par l’absence de voile sportive. Mon retour en métropole fin 2002 m'a permis de combler ce vide et j'ai aussitôt commencé à jongler entre courses, navigations hauturières et travail, jusqu'à ce que je découvre un mini 6,50 au fond du port de La Rochelle… Traverser l’océan sur une coque de noix de 6,50  mètres 50, sans assistance aucune et, bien sûr, en solitaire, m'a paru être un truc de dingue. M mais j'en ai eu aussitôt extrêmement envie ! L’envie s’est rapidement transformée en besoin et tout est alors allé très vite : j'ai racheté mon bateau à un ancien coureur fin 2005, j’ai alterné pendant deux ans les courses de qualification et les missions professionnelles. Et lEnfin, lee 18 s6eptembre 2007, me voilàje me suis retrouvéeme voilà enfin  sur la ligne de départ de la Transat 6,50 à La Rochelle, destination Salvador de Bahia au Brésil…

 

 

   

 

Véronique Loisel à la barre de son bateau "De l'espace pour la mer"

avec lequel elle a participé à l'édition 2007 de la Transat 6,50, dernière course au large en solitaire

 

 

Bien sûr, il a fallu affronter l’inconnu et surmonter ses peurs au fur et à mesure des qualifications de la Transat 6,50. A l’arrivée et après 29 jours de navigation en solitaire, une 18e place parmi une cinquantaine de voiliers de série dont et une très  belle première étape à Madère (10e).(10e à Madère)

J'ai baptisé mon mini 6,50 Oyapock, du nom du fleuve séparant qui sépare la Guyane du Brésil ;, et parce que, de venir si souvent en mission en Guyane me permettaitune manière pour moi de me rapprocher en avance de phase de la destination finale, Salvador de Bahia !.

 

J’ai eu la chance d’avoir des partenaires qui ont beaucoup soutenu mon aventure. Tout d’D’abord, Arianespace et le CNES. Pour ce dernier, ma transat a été le moyen de fédérer des enseignants et des jeunes autour du défi sportif et depour le Cnes depour développer et diffuser, en Essonne son projet pédagogique Argonautica. Séduits à leur tourpar les deux projets, le Conseil général de l'Essonne, la Mairie d’Evry et plusieurs associations ont rejoint lemon défi de Véronique, en tant que partenairel’aventure. Pour l'occasion, le projet éducatif a été baptisé "De l'Espace pour la Mer - Argonautica". L'espace est smon domaine professionnel, la mer est sma passion ; c'est sans hésitation que Véroniqueje n’ai donc pas hésité à s'estm’inscritre à la Transat 6,50 sous le nom de course De l'Espace pour la Mer, allusion à la signature du CNES, De l'espace pour la Terre.

Pour renforcer le lien éminent avec l'espace, mon voilier a été baptisé sous le nom de course De l'espace pour la mer . En déclinant  mon aventure sous les  Argonautica, le CNES a imaginé une opération pédagogique d’envergure qui a été développée en Essonne à l’aide du Conseil général 91, de la mairie d’Evry, de nombreuses entreprises essonniennes et de

Près de 500 jeunes Essonniens ont ainsi suivi la course au jour le jour et travaillé sur des thèmes comme la navigation, la sécurité en mer, le sommeil, les moyens de communication à bord, l’alimentation, la préparation du skipper… C, chaque classe a également bénéficié d’un kit pédagogique  et d’un atelier scientifique animé par Planète Sciences Ile-de-France.

l'association Planète Sciences Ile-de-France. Elle cL’objectif était de mieux faire comprendre le rôle des océans dans le climat de la Terre grâce aux données satellite. Les élèves ont ainsi pu manipuler de véritables données acquises par deux balises Argos (larguées en mer) et de les comparer avec des données de satellites océanographiques. e projet pédagogique  a permis à près de 500 jeunes Essonniens essonniens de suivre la course au jour le jour. Outre tous les thèmes abordés en classe autour du projet, elle leur a également donné la possibilité de jongler avec des données acquises par deux balises Argos larguées en mer et de les comparer avec des données de satellites océanographiques.

 

   

 

Avec les organisateurs et participants de l'opération Argonautica 2007 lors du Salon du Bourget 2007

Avec Claudie Haigneré lors d'une rencontre organisée avec les jeunes Essonniens en décembre 2007

 

 

Des enfants qui ont suivi le projet pédagogique "De l'Espace pour la Mer - Argonautica"

sont venus voir le bateau de Véronique Loisel exposé au centre commercial d’Evry 2 en février 2008.

Explications et visite à bord.

 

 

J'ai aujourd'hui fait l’acquisition d’un nouveau voilier, Cupuaçu (du nom d'un arbre guyanais et du fruit dont j’adore le jus lacté au vieux bourg, à Kourou). C’est un prototype en carbone bien plus performant qu'Oyapock. Avec lui, je souhaite poursuivre l'expérience sportive et développer avec le CNES, et d’autres partenaires bien sûr, le projet pédagogique pour l’édition 2010 entre Douarnenez en Bretagne et Kourou, en Guyane… Affaire à suivre !

 

 

A Lorient en avril 2008, Véronique Loisel et son nouveau bateau, Cupuaçu

 

 

Quelle anecdote ou souvenir fort souhaiteriez-vous nous faire partager ?

J'ai déjà évoqué le fait d'avoir été très marquée par le lancement de 502 mais je pense aussi à ce qui constitue probablement ma meilleure expérience professionnelle à ce jour : le lancement V165, en décembre 2004, avec… 7 satellites à bord !

J'ai travaillé deux ans sur ce projet en tant qu'Adjointe Charge Utile (ACU, dans le jargon opérationnel) et je crois que j'ai vu des étoiles tous les jours… Entre le fait que le satellite principal, Helios-2A (militaire), était interdit à la vue et la présence de 6 microsatellites (4 identiques et 2 autres différents) pour 4 clients différents, c'était un vrai casse-tête du point de vue de la sécurité et il a fallu traiter cela nous a posé une multitude de questions techniquesproblèmes techniques tous plus insidieux les uns que les autres. Avec le recul, je dis volontiers que cette expérience opérationnelle a été véritablement enrichissante. Cette expérience  pour toute l’équipe partie haute, et pour moi en particulier. Ca été véritablement enrichissante ’est sans doute grâce à elle que j’ai souhaité m’orienter vers la gestion de projet par la suite.

 

   

 

Hélios 2A (passager principal) était accompagné sur le vol 165 de 6 microsatellites :

4 Essaim, Parasol et Nanosat, le plus petit d’entre eux.

Photo ESA/CNES/Arianespace/Service optique/vidéo du CSG

 

 

Quelle serait votre photo spatiale ou astronomique préférée et pourquoi ?

J'ai affiché dans mon bureau cette publicité pour la Guyane, tirée de la campagne réalisée en 2001 autour du slogan "Personne ne vous croira". Avec ce décollage d'Ariane que l'on aperçoit au bout d'une piste en latérite et le texte qui évoque la rencontre entre les esprits de la forêt et le lanceur, je trouve cette affiche véritablement vraiment magique. Elle met en évidence la nature profonde de la Terre et la maîtrise technologique acquise jour après jour par l’Homme. Et cette toute petite phrase, "J’ai vu les esprits de la forêt envoyer un message aux étoiles", prouve que l’Homme ne fait rien sans rêve ni détermination profonde.

 

 

 

De la même manière, quel objet spatial retiendriez-vous ?

En souvenir d'une lourde anomalie technique qui nous a coûté quelques nuits d’opérations supplémentaires sur une campagne durant laquelle j'étais Adjointe de Charge Utile, je choisis la petite pièce qui nous a tant posé souci sur la liaison avec la coiffe : un hélicoïl de la coiffe Ariane 5, une sorte de spirale dans lequel vient se loger les vis d’interface avec la case. J'en ai récupéré un en défaut et je l'ai porté autour du cou jusqu'à la fin de la campagne pour conjurer le sort (et surtout faire sourire mes collègues) !

 

 

Que représente pour vous le personnage de Youri Gagarine ?

Quand on est le premier homme à quitter la Terre, c’est une responsabilité fabuleuse vis-à-vis de l’humanité. Je pense que son nom restera éternellement célèbre car il a été le premier d’une palanquée de cosmonautes, astronautes, spationautes et taïkonautes… pas loin de 450 hommes et femmes. Son courage a rendu le personnage unique.

 

 

Que représente pour vous la station Mir ?

On pense souvent que Mir a été la première station spatiale mais il y a eu des stations Saliout auparavant ! Pendant sa longue vie sur orbite (15 ans au lieu des 5 prévus à l'origine), Mir a accueilli de nombreuses nationalités à son bord. En russe, Mir signifie "paix". Les Soviétiques voulaient ainsi souligner le caractère pacifique du projet par opposition à l'initiative de défense stratégique dite "Guerre des étoiles" des Américains. Aujourd’hui, la station spatiale internationale a pris le relai et s’est récemment agrandie avec le module Columbus et l’ATV (qui s'est récemment séparé, le 5 septembre), pour lequel nous sommes nombreux à avoir travaillé au CNES et chez Arianespace…

 

 

Que représente pour vous Spoutnik 1 ?

Quand on pense à Spoutnik, on entend le fameux Bip-bip, celui que tous les auditeurs ont entendu à la radio en 1957, prouvant la bonne santé du premier satellite dans l’espace. Aujourd’hui, et en comparaison, ce sont des monstres que nous lançons… jusqu’à 19 tonnes pour l’ATV au bas mot ! Plusieurs fois, et encore aujourd’hui, j’ai eu l’occasion de travailler pour des projets microsatellites, des "Spoutniks" de 120 kg tout au plus, pas plus grands que des machines à laver. Ce côté micro-client, micro-satellite, micro-équipe rend le projet toujours sympathique… mais on se trouve souvent loin d’un standard et les interrogations techniques sont nombreuses et parfois jouissives !

 

 

Quel serait votre rêve spatial le plus fou ?

Je n’ai vraiment jamais été attirée par les jeux d’ordinateur mais, s’il m’était donné la possibilité d’aller régater contre les habitants d’autres planètes, j’embarquerais, pour sûr !

Ou encore, j'aimerais construire un navire spatial à voile solaire dans un garage (du styleavez-vous vu  d’Arizona Dream ?) et voir la Terre s’éloigner pour un voyage intersidéral… Ca peut paraître un peu triste (puisque cela signifierait quitter la Terre à jamais) mais ne s’agit-il du rêve le plus fou ?

 

 

 

Merci, Véronique Loisel !

 

Interview réalisée au restaurant "Aux bons amis" à Evry le 21 juillet 2008

 

L’invitée du jour remercie le Cosmopif par ses questions qui creusent la tête et nous rappellent que nous sommes des enfants de l’Univers ! Merci pour la bonne humeur du voyage cosmique pendant la discussion.

 

 

 

La semaine prochaine (lundi 22 septembre 2008) : Stéphane Sébile

 

 

 

 

Les coordonnées des invités ne sont communiquées en aucun cas