LES INVITES DU COSMOPIF

 

N°168 (lundi 22 octobre 2007)

 

Joël Le Bras

Délégué général du CIRASTI

www.cirasti.org

 

 

Photo Pif

 

 

Qui êtes-vous, Joël Le Bras ?

Né en 1957 à Paris, résidant à Rosny-sous-Bois (93), je suis Délégué Général du CIRASTI (Collectif Interassociatif pour la Réalisation d’Activités Scientifiques Techniques Internationales), un collectif d’associations nationales destiné à promouvoir et valoriser les activités scientifiques et techniques dans l’Education Populaire. Je suis également conférencier au planétarium du Musée de l’Air et de l’Espace du Bourget et administrateur bénévole de Planète Sciences.

Mes passe-temps sont l’écoute de musique classique et l’écriture.

 

 

Quel a été votre parcours professionnel ?

Après des études brèves et littéraires, je suis devenu animateur en même temps que se développait chez moi un intérêt pour l’astronomie. Je suis donc rapidement devenu animateur en astronomie, vacataire d’une association locale ; deux ans plus tard, un poste permanent d’animateur scientifique était créé à mon intention puis de responsable de secteur, fonction que j’ai exercée pendant 18 ans dans la même structure, la « Boule Bleue » à Rosny-sous-Bois.

Parallèlement, je prenais des responsabilités bénévoles à Planète Sciences, l’association à qui je dois l’essentiel de mon savoir-faire pédagogique. En 1998, je suis devenu conférencier vacataire du planétarium du Musée de l’Air et de l’Espace, un établissement qui, à l’époque et sous l’impulsion de Patrick Pisier, enrichissait de façon considérable son offre éducative. En 2002, le poste de Délégué Général du CIRASTI étant vacant, je m’y suis présenté avec le soutien de Planète Sciences.

 

 

Quelle est votre passion, comment est-elle née, comment la vivez-vous ?

Ma passion pour les sciences est celle de quelqu’un qui les a découvertes sur le tard, et contre son environnement. Rien ne m’y disposait en effet, ni mon éducation ni mes "dons" ; j’y suis entré par la "porte des étoiles", l’astronomie, et par une suite de hasards qui m’ont mis en capacité d’observer le ciel de façon raisonnée, d’abord isolément, puis dans un club.

Par la suite, la découverte des sciences a représenté pour moi un tel apport culturel, philosophique et même comportemental, et la diffusion des savoirs et méthodes scientifiques une telle urgence, que ma voie s’est trouvée tracée d’elle-même.

Etant par conséquent un converti, je n’ai pas le recul intellectuel d’un scientifique et j’ai trop souvent pêché par excès de scientisme, rejetant facilement tout ce qui n’est pas raisonné, à défaut d’être raisonnable. En tempérant cet excès, je continue de penser qu’il y a plus de fantasmagorie dans le monde décrit par la science que dans les élucubrations irrationnelles des faux prophètes modernes. En même temps, je professe délibérément et contrairement à certains, que décidément non, dans l’Univers tout n’est pas possible, ce que la science montre d’ailleurs chaque jour.

Enfin, mon regard sur les sciences est imprégné des autres composantes culturelles importantes pour moi : la langue, la poésie, la philosophie, l’histoire… Ma vraie passion, c’est le mélange !

 

 

Quelle anecdote ou souvenir fort souhaiteriez-vous nous faire partager ?

L’un de mes souvenirs les plus forts n’a rien de personnel : c’est le retour d’Apollo XIII, écouté en direct à la radio. Même si le drame n’avait pas pour moi sa vraie dimension, vu mon âge à l’époque, je revois encore toute la famille suspendue au poste en attendant de réentendre la voix du commandant de bord, au moment de la rentrée atmosphérique.

 

 

Paris Match n°1095 du 2 mai 1970

 

 

Mais je pourrais y ajouter deux souvenirs d’observateurs : l’éclipse de soleil de 1999 que j’ai manquée à cause des nuages, ce qui reste à l’heure actuelle la déception scientifique de ma vie, et l’occultation de Saturne par la Lune, qui est un spectacle pétrifiant de beauté surnaturelle.

 

 

Quelle serait votre photo spatiale ou astronomique préférée et pourquoi ?

L’image le plus émouvante est certainement celle de la Terre et de la Lune prise par cette sonde filant à travers le Système solaire. La fragilité de cette planète bleue devient ici presque palpable.

 

 

En route vers Mars, à 160 000 km de notre berceau,

la sonde japonaise Nozomi réalise cette vue du couple Terre-Lune le 18 juillet 1998

Image Nozomi MIC Team, ISAS

 

 

De la même manière, quel objet spatial retiendriez-vous ?

Vu mon année de naissance, ce devrait être le Spoutnik mais je garde pour le télescope spatial Hubble les yeux de Chimène car c’est là pour un passionné d’astronomie une application à la fois super efficace et hautement symbolique des techniques spatiales. Efficace car les images sont splendides (même si elles ont été rattrapées entre-temps par les instruments terrestres) et symboliques, car la mise sur orbite et l’affranchissement de l’atmosphère font écho à tout l’imaginaire céleste de l’homme : ils nous rappellent que l’atmosphère est juste assez transparente pour nous permettre de contempler le ciel mais pas assez pour tout voir, que cela nous pousse à progresser, à nous élever physiquement comme au figuré ; ils nous rappellent que c’est l’atmosphère qui fait scintiller les étoiles et que cet effet gênant pour le scientifique est aussi la source des mille représentation qu’on se fait d’elles ; que les couchers de soleil et les levers de Lune inspirent les peintres et les poètes : que seraient Turner et Monet sans l’atmosphère ?

Derrière chaque objet scientifique, il y a une forte charge culturelle et symbolique mais celle du télescope spatial est pour moi majeure entre toutes.

 

 

 

Quel serait votre rêve spatial le plus fou ?

Je rêve qu’on n’ait un jour plus besoin des satellites espions militaires. Ce serait le signe qu’une paix durable règne enfin sur la troisième planète du Système solaire. Et quel ménage dans les orbites basses !

 

 

Que représente pour vous le personnage de Youri Gagarine ?

Gagarine est un nom qui a "bercé" mon enfance puisque j’ai grandi pendant les premières années de la conquête spatiale. Sa jeunesse et son aura de sympathie ont eu le même effet sur le monde que celles de Kennedy, dans un autre contexte. Sa mort m’a frappé comme une injustice du sort. Comme celle de Mozart, elle précipite l’entrée du personnage dans l’histoire et la légende.

 

 

Que représente pour vous la station Mir ?

Mir est un beau symbole : son nom russe signifie « paix », et elle a été le symbole de la fin de la guerre froide, puisque des cosmonautes soviétiques et américains s’y sont retrouvés en toute amitié. De plus, elle a survécu, sur son orbite, à la fin de l’URSS, ce qui est une autre façon d’être un symbole. Enfin, personne dans le public ne sait ce qu’on y a fait, mis à part les test de longue durée en apesanteur, pour des vols interplanétaires qui n’ont jamais eu lieu… Cela aussi est symbolique à mon avis.

 

Que représente pour vous Spoutnik-1 ?

C’est le symbole des symboles : un objet qui ne sert à rien, qui n’a aucun usage concret, seulement celui d’affirmer une capacité technologique. Toute une époque. Pour le public c’est le début d’un rêve.

Et pourtant, de nos jours, la conquête spatiale ne fait plus rêver grand monde. Ce changement des mentalités, dont on peut s’attrister, à le mérite de nous inviter à prendre du recul et à nous demander comment nous y sommes arrivés.

 

 

Merci, Joël Le Bras !

 

Interview réalisée par mail en septembre 2007

 

La semaine prochaine (lundi 29 octobre 2007) : Yves Le Maner

 

Les coordonnées des invités ne sont communiquées en aucun cas