LES INVITES DU COSMOPIF

 

N°15 (lundi 8 mars 2004)

 

Catherine Lari

Responsable du club Apollo

 

Photo Jacques Tiziou

 

 

Qui êtes-vous, Catherine Lari ?

Je suis née le 21 juin 1959 sur l'île de Beauté, chère à mon cœur, à Ajaccio. Passionnée d'astronautique, je vis et travaille dans le 15e arrondissement où j'occupe le poste de directrice de centres de loisirs au sein de la Direction des Affaires Scolaires de la Mairie de Paris. Je suis également animatrice depuis trois ans d'un atelier d'activités spatiales, le "Club Apollo", destiné aux jeunes de 9 à 13 ans. Ce club "d'astronautes en herbe" accueille des enfants inscrits durant toute une année et leur programme s'achève par un séjour "spatial", le plus souvent à l'Euro Space Center (Belgique) pour y suivre un stage d'astronaute ou au Kennedy Space Center en Floride.

Par ailleurs, je m'occupe également d'une association, "Les Enfants d’Ariane", créée avec des parents d'élèves. Cette association soutient et finance les projets du Club Apollo mais organise également des rencontres avec des scientifiques, des évènements ainsi que des séjours pour les enfants.

Célibataire, je m'intéresse également aux Lettres et aux Arts.

 

Quel a été votre parcours professionnel ?

Dès l’âge de 9 ans, je rêvais de devenir astronaute et je déclarais fièrement : "Plus tard, je serai la deuxième femme dans l’espace, après Valentina Terechkova !". Hélas, étant la plus grande nullité en mathématiques que la Terre ait jamais comptée, mon rêve s'est brutalement effondré à cause de quelques maudits chiffres, équations et autres théorèmes… Les chiffres ne voulant pas de moi, je me suis alors tournée vers les lettres pour décrocher un BAC littéraire.

Mon parcours professionnel fut assez "atypique" : dotée d'un esprit très curieux, "touche à tout" qui me prédispose à de nombreux centres d'intérêts, j’ai suivi diverses trajectoires comme le reportage ou la photographie (qui m’a permis d’être la photographe de l’équipe de football du Paris-Saint-Germain de 1980 à 1987). J’ai également côtoyé le milieu de la télévision durant les jeux olympiques d’Albertville où j’étais responsable de la vidéothèque d’une chaîne de télévision sur le site olympique.

Très proche des enfants, mon choix s’est finalement porté sur l’animation et aujourd’hui, j'emploie toute mon énergie à transmettre aux jeunes ma passion de l'astronautique par le biais d’activités ludiques. Ma plus grande joie est de découvrir que les étoiles ne brillent pas seulement dans le ciel mais aussi dans les yeux des enfants…

 

Quelle est votre passion, comment est-elle née, comment la vivez-vous ?

Ma passion de l’espace débuta… au cinéma en 1968, j'avais alors 9 ans. Outre les évènements d'un mois de mai qui secouèrent la France, je fus ébranlée par une expérience d'une toute autre nature. Un jour, mon oncle m'emmena au cinéma découvrir un film qui est pour moi un véritable chef-d'œuvre : "2001, l'Odyssée de l'Espace". A cette époque, l'espace m’était totalement inconnu. A la fin du film, je n'étais plus la même…Ce fut un véritable choc, un profond bouleversement intérieur. C’est ainsi que je devins tout naturellement une "enfant de la Lune" tandis que la merveilleuse aventure du programme Apollo commençait : 69, année historique !

 

 

Je vis ma passion de l’espace au quotidien : je m’informe, j’apprends, j’organise des manifestations, des voyages, des rencontres avec des scientifiques et surtout, je transmets ma passion aux jeunes avec un enthousiasme toujours grandissant. Transmettre un savoir est pour moi fondamental : les enfants et moi-même travaillons sur des projets de longue durée, à savoir un an, dans le but d’acquérir des connaissances scientifiques certes, mais aussi de créer des liens… Apprendre à atteindre des objectifs, cultiver l’amitié, l’esprit d’équipe, partager et se donner les moyens de réaliser ses rêves représentent des valeurs éducatives porteuses d’espoir pour l’avenir de ces enfants qui ont besoin de centres d’intérêt. Nous vivons nos projets comme la préparation d'une véritable mission spatiale mais je ne suis qu'un accompagnateur : je tiens à ce que mes petits astronautes en herbe soient les véritables acteurs.

 

Quels anecdotes ou souvenirs forts souhaitez-vous nous raconter ?

Durant le règne des missions Apollo, les médias accordaient une large place à l'espace, pour notre plus grand bonheur. Les missions étaient retransmises en direct presque dans leur intégralité. Je me souviens fort bien des présentateurs du moment, à savoir Jean-Pierre Chapel, Michel Anfrol ou encore Jacques Tiziou. Or, à cette époque, je souffrais d'un mal mystérieux qu'aucun médecin ne fut jamais en mesure de discerner, une sorte de virus chronique qui s'abattait sur moi à chaque mission Apollo, dont les symptômes étaient une forte fièvre, des vertiges, une hyper excitabilité… En fait, je feignais d'être très malade et séchais les cours durant plusieurs jours pour ne pas perdre une seule minute du programme spatial Apollo ! Mes professeurs n'ont jamais fait le rapprochement… Ma mère, qui au départ désapprouvait totalement mon attitude, a vite compris que je risquais de tomber réellement malade si elle ne cédait pas à mon chantage… Mais grâce à sa compréhension et à sa complicité, j'ai pu vivre de grands moments qui m'ont à jamais marquée, comme par exemple le retour sur Terre de l'équipage d'Apollo 13 retransmis en direct à la télé : suspens, émotion, larmes…

C'est durant ces moments de "chômage scolaire" que j'ai commencé la réalisation d'un album consacré aux missions Apollo : cet ouvrage est une véritable mine d'or car il contient toutes les coupures de presse et les photos de l'époque, c'est l'objet le plus précieux que je possède.

Quant aux souvenirs forts, j'évoquerais bien sûr le premier pas de Neil Armstrong sur la Lune, un moment inoubliable qui m'a émue jusqu'aux larmes. Je me souviens aussi d'un accident qui m'a beaucoup marquée : la mort des cosmonautes Gueorgui Dobrovolski, Vladislav Volkov et Viktor Patsaïev qui périrent lors de leur retour sur Terre, suite à une dépressurisation de leur capsule Soyouz-11, le 30 juin 1971.

Pour finir sur une note plus joyeuse, les enfants du "Club Apollo" et moi-même avons vécu un moment très fort lors de la rencontre de l'astronaute Scott Carpenter au Kennedy Space Center au mois de juin 2000. Rencontrer l'un des sept premiers astronautes américains du programme Mercury fut un grand moment d'émotion : The Right Stuff !

 

 

Quelle serait votre photo spatiale préférée et pourquoi ?

Il est très difficile de se limiter à une seule photo ! Je dirais que mon image favorite est le lancement d’une fusée Saturn 5. C’est une image très forte qui allie beauté, puissance et prouesse technologique.

Je vais outrepasser quelque peu mes droits et choisir une deuxième photo : celle de mon astronaute favori, à savoir Alan Shepard, lors de son vol suborbital du 5 mai 1961. Cette photo est l’image du bonheur absolu, d’un homme qui vient d’ouvrir une voie pour son pays et qui, malgré les risques encourus, est allé jusqu’au bout de sa passion. Une véritable consécration !

 

 

 

De la même manière, quel objet spatial retiendriez-vous ?

Sans aucune hésitation la fusée Saturn 5 : j’en suis littéralement amoureuse ! C’est un engin fascinant, un monstre de l’astronautique avec ses 3500 tonnes de poussée et ses 111 mètres de haut. Pour donner une idée de grandeur à mes élèves, je prends toujours l’exemple de la tour Eiffel et leur dis : "La prochaine fois que vous passerez devant la tour, pointez votre regard au 2e étage qui fait 115 m de haut et vous aurez une idée de la dimension de cette fabuleuse fusée". Malheureusement, je n’ai jamais eu la chance d’assister à un de ses décollages, ce qui restera le plus grand regret de ma vie. Cette fusée, c’était toute une époque, un esprit et le rêve le plus extraordinaire de l'humanité : décrocher la Lune.

 

 

 

Quel serait votre rêve spatial le plus fou ?

"Walking on the Moon", comme dit la chanson… Alors je me console comme je peux, en faisant des allées et venues sur le Moonwalk de l’Euro Space Center en Belgique, lorsque j’emmène mes élèves faire un stage d’astronaute. Je peux alors avoir un petit aperçu des émotions et des sensations que les astronautes des missions Apollo ont éprouvées. Si je pouvais, j’installerais cet engin chez moi : après une journée de travail, rien ne vaut une petite marche lunaire pour éliminer le stress de la journée ! J’avoue que j’ai souvent rêvé d’être la première femme à marcher sur la Lune, mais vous connaissez l’histoire des mathématiques…

 

 

En fait, mon rêve spatial le plus fou concerne mes élèves : j'ai à ce jour formé 130 petits astronautes et ma plus grande satisfaction serait de voir l'un d'eux s'envoler un jour dans l'espace car, après tout, les premiers hommes qui débarqueront sur Mars dans 25 ans sont encore à l'école primaire ou au collège. "L'enfant de la Lune" passe désormais le relais aux "enfants de Mars". J'ai toutes les raisons de rêver…

 

 

Que représente pour vous le personnage de Youri Gagarine ?

Il est pour moi le Christophe Colomb de l'espace, un formidable explorateur qui a ouvert la plus belle des voies, celle qui a propulsé l'homme dans les étoiles. Il a prouvé que l'homme pouvait vivre dans l'espace et que désormais, plus rien n'était impossible.

J'ai toujours beaucoup d'admiration et de respect pour ces pionniers qui se lancent dans des aventures extraordinaires, au péril de leur vie, tout en repoussant sans cesse les limites que l'homme a lui-même fixées.

Mais quel triste sort pour ce héros international, qui, suite à sa fin tragique en mars 1968, n'aura pas eu la chance d'assister à la concrétisation du plus grand rêve de l'humanité.

Je terminerai par l'une de ses citations : "Je suis sûr que l'avenir nous apportera de nouveaux succès dans la conquête de l'air et de l'espace. Pour cela, que chacun de nous fasse ce qui est possible et même ce qui paraît parfois impossible."

 

 

Merci, Catherine Lari !

 

Interview réalisée par mail en janvier 2004

 

La semaine prochaine (lundi 15 mars 2004) : Mark Shuttleworth

 

 

 

 

Les coordonnées des invités ne sont communiquées en aucun cas