LES INVITES DU COSMOPIF

 

N°211 (lundi 10 novembre 2008)

 

 

Louis Laidet

Premier directeur de la communication du CNES

 

 

Photo Christophe Perruchot

 

 

Qui êtes-vous, Louis Laidet ?

Je suis retraité du CNES depuis 2002 mais je conserve un lien étroit avec la communauté aérospatiale en adhérent à plusieurs associations. En particulier je préside la commission "Stratégie et Affaires internationales" de l'AAAF, commission que j’ai créée en 2003. Je suis aussi membre de l’Académie internationale d’astronautique et de l'Institut français d'histoire de l'espace. J'habite la Dordogne dans une bastide du XIIIe siècle et y restaure une vieille maison. Je partage aussi mon temps entre Toulouse et la côte Ouest des Etats-Unis près de Seattle.

 

 

Quel a été votre parcours professionnel ?

Je suis entré au CNES en 1965 pour travailler à l’écoute et au contrôle des satellites à partir du réseau de stations. Rapidement, je suis devenu le chef de la station de contrôle de Brétigny-sur-Orge. En 1970, j’ai débuté les premières expériences de télédétection au CNES. Cette activité fut pour moi la plus passionnante de toute ma carrière. Ainsi, dans le cadre du Groupement pour le développement de la télédétection aérospatiale (GDTA), que j'ai dirigé jusqu’en 1982, nous avons préparé le programme SPOT en participant à sa définition et en préparant la vaste communauté des utilisateurs. Ensuite, nommé quelques temps responsable de l’océanographie spatiale au Centre spatial de Toulouse, j'ai décidé finalement de changer d’air et de devenir diplomate. C’est ainsi que j’ai représenté le CNES à Washington pendant cinq ans, de 1983 à 1988, période passionnante à plus d’un titre : faire accepter le projet Topex-Poseidon par le Congrès américain, premier vol d’un astronaute français sur la navette, accident de Challenger et ses conséquences, etc. Revenu au CNES en 1988, Frédéric d’Allest me demanda de créer la direction de la communication et ce furent dix années de passionnantes rencontres avec le public français pour faire connaître l’espace.

 

 

Quelle est votre passion, comment est-elle née, comment la vivez-vous ?

Je suis passionné par l’air, c'est-à-dire ce qui est au-dessus du sol. Cette passion m’est venue à la fin de mes études secondaires lorsque mon frère aîné m’inscrivit à l’aéroclub de Brive-la-Gaillarde en Corrèze. Pendant les vacances je partais le matin de bonne heure à bicyclette et passais la journée sur le terrain. Piper-Cub, Bébé-Jodel, Rally, planeurs, etc. m’ont permis de voir la Terre sous un autre angle et de rencontrer des gens qui partageaient cette même passion. Ensuite, un service militaire dans l’armée de l’air à Mont de Marsan me permit de voler comme passager sur des engins plus sérieux tels que Fouga-Magister, Mirage IIIB, etc. Entré au CNES en 1965, j’ai eu la chance de me voir confier des missions dans lesquelles il fallait utiliser un avion : ce fut tout d’abord le B-17 de l’IGN qui me permis de faire l’étalonnage des interféromètres situés en Afrique du Sud, à Hammaguir en Algérie et à Redu en Belgique. Par la suite, j’ai utilisé cette même forteresse volante pour faire les premières expériences de télédétection du CNES. En effet, cet avion avait une excellente stabilité et surtout disposait de nombreuses ouvertures permettant d’installer des instruments d’observation tels que caméra métriques, scanner, radiomètres, etc. J’ai aussi eu l’occasion de voler sur divers types d’appareils tels que Hurel-Dubois, Mystère-20, Convair 990 de la NASA, etc. Et comme je trouvais que l’on ne volait pas assez souvent, j’ai fondé le premier aéroclub du CNES à Brétigny en 1967 en association avec l’aéroclub d’Air Inter.

 

 

Quelle anecdote ou souvenir fort souhaiteriez-vous nous faire partager ?

Il y a beaucoup de souvenirs dans une carrière spatiale de quarante ans. Pour la plupart, ils sont de nature technique ou relationnelle. Mais il y en un qui me revient en ce moment, surtout en cette année des JO de Pékin. C’était en septembre 1982 à Toulouse. J’avais organisé un colloque international sur la télédétection, en tant que président de la commission "Télédétection" de l’ISPRS. Accueillant 63 délégations étrangères, j’avais demandé que leurs 63 drapeaux soient déployés sur la façade du centre de congrès.

Le premier jour, quelques minutes avant l’ouverture, mon assistante m’entraîne vers le hall d’entrée et me fait remarquer que la délégation chinoise refuse de rentrer parce que le drapeau taiwanais a été déployé. Je demande aussitôt conseil à un ami qui me dit : "Enlève le drapeau de Taiwan, ceux-ci ont l’habitude et les Chinois rentreront !". Ceci ayant été fait, deux minutes plus tard, mon assistante revient pour me faire remarquer que c’est maintenant la délégation taiwanaise qui ne veut plus entrer…A deux minutes de mon discours d’ouverture, je me précipite de nouveau vers l’extérieur et implore les cinq Taiwanais, plantés sur le parvis, de me faire le plaisir de rentrer en leur promettant que je ferai quelque chose. Au passage, je donne l’ordre d’enlever dans l’heure qui suit tous les drapeaux et de les remplacer par 63 drapeaux français. En sortant en fin de matinée, tous les congressistes ont tourné les yeux vers les drapeaux devenus source de conflit et ont été étonnés de voir une telle transformation, tandis que la Dépêche du Midi titrait le lendemain : "Le drapeau français est devenu le drapeau de l’ONU".

 

 

Quelle serait votre photo spatiale ou astronomique préférée et pourquoi ?

Je choisis un lever de Terre pris depuis la Lune par les astronautes du programme Apollo. Cette merveilleuse vue prise par l’équipage dirigé par Frank Borman, alors qu’il contournait la Lune la veille de Noël 1968, est tout un symbole, celui d’un nouveau regard sur la Terre. Quelques mois plus tard, je recevais Borman dans ma station de Brétigny.

 

 

La Terre vue depuis le vaisseau Apollo 8 le 24 décembre 1968

 

 

 

Visite de la station de contrôle de Brétigny-sur-Orge le 7 février 1969

De gauche à droite : Sargent Shriver, ambassadeur des Etats-èUnis en France,

Jean-Bernard Dementhon, Michel Bigner, Frank Borman, Jean-Pierre Causse et Louis Laidet.

 

 

De la même manière, quel objet spatial retiendriez-vous ?

Je retiens la capsule Apollo à bord de laquelle mon ami Buzz Aldrin a fait le voyage vers la Lune. Une fois par an, je me rends au Musée de l’Air et de l’Espace à Washington et éprouve toujours un sentiment d’admiration en voyant la fragilité et l’étroitesse de ce vaisseau dans lequel trois hommes partirent conquérir notre astre de la nuit.

 

 

Le module de commande d'Apollo 11

exposé à l'entrée du Smithsonian National Air & Space Museum de Washington

Photo Pif

 

 

Que représente pour vous Spoutnik-1 ?

Spoutnik marqua le coup d’envoi d’un match qui opposa le bloc soviétique au géant américain et qui connut son apogée avec le but final marqué par les Américains le jour où Neil Armstrong et Buzz Aldrin arrivèrent sur la Lune et en revinrent sain et sauf.

 

 

Que représente pour vous le personnage de Youri Gagarine ?

Gagarine fut un brillant et robuste pilote d’essai auquel le régime soviétique demanda de faire le tour de la Terre sur un engin aléatoire pour faire la nique aux Américains et qui accepta courageusement cette mission.

 

 

Que représente pour vous la station Mir ?

Mir m'évoque une roulotte dans l’espace où de nombreux cosmonautes ont eu la chance de pouvoir séjourner. Une sorte de forteresse volante vétuste des années 40, comme l’a été le B-17, mais qui volait à 300 km d’altitude au lieu de 7 et qui a suscité l’émotion des Terriens en retombant discrètement en poussière dans l’océan après avoir rendu de très nombreux services pour la science et la coopération internationale.

 

 

Quel serait votre rêve spatial le plus fou ?

J'aimerais que le monde entier s’entende pour bâtir un système unique et performant pour la surveillance de notre environnement terrestre et que toutes les nations s’entendent et se soudent pour développer un grand projet dont la mission serait de pouvoir détourner un astéroïde ou une comète si il advenait qu’un jour l’un de ces projectiles célestes vienne à nous menacer.

 

 

 

Merci, Louis Laidet !

 

Interview réalisée par mail en septembre 2008

 

 

Louis Laidet au sommet de sa bastide en Dordogne

lors des Journées du Patrimoine 2008

Photo Christophe Perruchot

 

 

 

La semaine prochaine (lundi 17 novembre 2008) : Fabien Dauge

 

 

 

 

 

Les coordonnées des invités ne sont communiquées en aucun cas