LES INVITES DU COSMOPIF

 

N°209 (lundi 28 octobre 2008)

 

 

Alexandre Yourievitch Kaléri

Pilote-cosmonaute et instructeur

266e sujet de l'espace, 52e cosmonaute russe

 

     

 

 

Alexandre Y. Kaléri en bref

 

Né le 13 mai 1956 à Jurmala (Lettonie)

4 vols spatiaux (3 missions à bord de la station Mir et 1 sur l'ISS), soit 610 jours passés dans l'espace

5 sorties extravéhiculaires

Diplômé de l'Institut de Physique et de Technologie de Moscou en 1979

Pratique la course à pied, la lecture et le jardinage

Marié, 1 garçon.

 

             

 

 

La carrière d'Alexandre Kaléri débute au sein de la société RSC Energia en 1979, où il participe à la conception de documentation technique et de tests à grande échelle de la station orbitale Mir.

Sélectionné comme cosmonaute ingénieur de vol d'Energia en avril 1984, il suit sa formation de base à la Cité des étoiles en 1985-1986.

 

C'est en mai 1987 qu' Alexandre Kaléri reçoit sa première affectation, désigné comme suppléant de l'ingénieur de bord Moussa Manarov pour la mission de longue durée à bord de Mir EO-03 après que la doublure de départ, Sergueï Emelianov, ait été écartée pour des raisons médicales.

 

En janvier 1988, Alexandre Kaléri intègre l'équipage principal de la mission EO-04 (que doit accompagner Jean-Loup Chrétien à l'occasion de la mission Aragatz), aux côtés d'Alexandre Volkov. Mais il connaît à son tour des problèmes de santé et se voit remplacé par Sergueï Krikalev.

 

En 1990, Alexandre Kaléri fait partie de l'équipage de réserve de la mission EO-09 (que doit accompagner l'Anglaise Helen Sharman à l'occasion de la mission Juno), comme suppléant de Sergueï Krikalev.

 

Affecté ensuite au lancement de la mission Soyouz TM-13, il est remplacé par le Kazakh Toktar Aoubakirov lorsque les équipages des vols TM-13 et 14 sont remaniés pour accueillir des passagers payants (l'Autrichien Franz Viehböck et l'Allemand Klaus-Dietrich Flade).

 

En compagnie d'Alexandre Viktorenko, Alexandre Kaléri effectue son premier séjour à bord de la station Mir en tant qu'ingénieur de bord à l'occasion de la mission d'occupation EO-11. Ils embarquent le 17 mars 1992 à bord du Soyouz TM-14 en compagnie de Klaus-Dietrich Flade (mission Mir-92) et rentrent sur Terre 145 jours plus tard (le 10 août 1992) en compagnie du Français Michel Tognini (mission Antarès). Durant ce vol, Alexandre Kaléri a effectué une sortie extravéhiculaire de 2h03.

 

 

En compagnie de Klaus-Dietrich Flade (à gauche) et Alexandre Viktorenko (au centre)

 

 

Son deuxième vol intervient plus tôt que prévu, alors qu'il est doublure de l'ingénieur de bord de la mission EO-22 Pavel Vinogradov, car l'équipage principal est écarté 5 jours avant le lancement, suite à des problèmes de santé du commandant Guennadi Manakov. Valéry Korzoun et Alexandre Kaléri se retrouvent donc titulaires et embarquent le 17 août 1996 à bord du Soyouz TM-24 en compagnie de la Française Claudie Haigneré (mission Cassiopée). Ils rentrent sur Terre 196 jours plus tard (le 2 mars 1997) en compagnie de l'Allemand Reinhold Ewald (mission Mir-97). Durant ce vol, Alexandre Kaléri a effectué deux sorties extravéhiculaires (de 5h57 et 6h36).

 

 

En compagnie de Claudie Haigneré (à gauche) et Guennadi Manakov (au centre)

 

 

En compagnie de Sergueï Zaliotine, Alexandre Kaléri effectue la dernière mission d'occupation de Mir à l'occasion de la mission EO-28, toujours en tant qu'ingénieur de bord. Ils embarquent le 4 avril 2000 à bord du Soyouz TM-30 et rentrent sur Terre 72 jours plus tard (le 16 juin 2000). Durant ce vol, les deux hommes ont effectué une ultime inspection de la station lors d'une sortie extravéhiculaire de 5h03. La station sera volontairement précipitée dans l'atmosphère 9 mois plus tard, le 23 mars 2001.

 

 

Avec Sergueï Zaliotine

 

 

En compagnie de l'Américain Mike Foale enfin, Alexandre Kaléri effectue un séjour à bord de la station spatiale internationale en tant qu'ingénieur de bord à l'occasion de la mission Expedition 8. Ils embarquent le 18 octobre 2003 à bord du Soyouz TMA-3 en compagnie de l'Espagnol Pedro Duque (mission Cervantes) et rentrent sur Terre 194 jours plus tard (le 30 avril 2004) en compagnie du Néerlandais André Kuipers (mission Delta). Durant ce vol, Alexandre Kaléri a effectué une sortie extravéhiculaire de 3h55.

 

 

Avec Mike Foale

Photo NASA

 

 

 

 

6 questions à Alexandre Y. Kaléri

 

 

Comment est née votre vocation de devenir cosmonaute ?

Quand Youri Gagarine s'est envolé pour le cosmos, je n'avais même pas 5 ans et je ne m'en souviens pas très bien. En revanche, je me souviens très bien de celui de Guerman Titov, qui a eu lieu quelques mois plus tard, puis de tous les vols qui ont suivi. A cette époque, quasiment tous les petits garçons et les petites filles rêvaient de partir dans le cosmos. Il n'y avait aucun doute sur le fait que ce soit possible bientôt, c'était assez romantique !

La seule difficulté consistait en fait à savoir quelle voie suivre et, pour moi, c'est devenu très clair quand je suis arrivé au lycée. Etre sélectionné comme cosmonaute fut un peu de la de chance (il faut être là au bon moment et en bonne santé) mais rester ensuite au niveau des compétences et exigences demandées, de toujours correspondre au standard, se révéla en réalité beaucoup plus difficile… Là, on ne peut compter que sur soi et travailler dur.

 

 

Guerman Titov (1935-2000),

deuxième cosmonaute de l'histoire à bord de Vostok 2, le 6 août 1961

 

 

Quelle anecdote ou souvenir fort souhaiteriez-vous nous faire partager ?

Ma plus forte impression fut vraiment lorsque je suis rentré pour la première fois à bord de la station Mir et que j'ai pu y "marcher". Au décollage, nous étions confinés à l'intérieur du module de commande du Soyouz puis, arrivés sur orbite, nous avions pu passer dans le module orbital, qui nous a offert un espace bien plus important pour vivre ; nous nous sentions déjà beaucoup plus libres. Enfin, nous nous sommes amarrés au module Kvant et, quand nous avons ouvert les sas, même comparé au volume déjà conséquent du module orbital et malgré la pénombre, j'ai été bluffé par la grandeur de la station : je n'arrivais même pas à distinguer la paroi opposée au fond du module !

 

Entre Mir et la station spatiale internationale, j'ai trouvé de grandes similitudes, en tous cas dans le segment russe et j'ai eu l'impression de revenir dans un appartement où j'ai habité, où j'ai vécu mais où les meubles sont différents, où l'on a changé la disposition des choses.

 

   

 

Du confinement du Soyouz (avec Mike Foale et André Kuipers)

à la salle à manger de l'ISS (avec Mike Foale)

Photos NASA

 

 

Je me souviens aussi, quand j'ai ouvert pour la première fois un compartiment où étaient rangés différents outils, avoir été surpris de les trouver tous attachés mais en mouvement, en train de se balancer autour de leurs attaches, donnant l'impression qu'il s'agissait d'un corps vivant, qui respire et qui bouge, alors qu'au sol ils auraient été immobiles et bien rangés.

 

 

Que représente pour vous Spoutnik-1 ?

Personnellement, j'étais bien trop petit pour me souvenir de quoi que ce soit. Spoutnik, c'est avant tout un symbole. Un symbole de la grandeur de l'humanité, si je peux m'exprimer ainsi, et de cette passion qui animait un petit groupe de personnes et qui a permis de réaliser ce qui semblait inimaginable auparavant.

 

 

Quel autre événement majeur de l'histoire de la conquête spatiale retenez-vous ?

Il est évidemment très difficile de ne retenir qu'un seul événement sans prendre le risque d'en oublier d'autres majeurs mais, sans avoir peur d'être perçu comme banal, je retiendrais le premier vol, celui de Gagarine. Parce que c'était un pas vers l'inconnu. Le deuxième, ce fut beaucoup plus facile, on savait désormais où on allait, ce qui nous attendait. Le risque aujourd'hui n'est plus le même, on ne se trouve pas face aux mêmes difficultés. Après le Spoutnik, le lancement de Gagarine constitue le deuxième grand symbole de la grandeur de l'âme humaine.

 

 

Accolade de Gagarine avec le cosmonaute Andrian Nikolaïev

avant le grand départ, le 12 avril 1961

 

 

De la même manière, quel objet spatial retiendriez-vous ?

Je n'ai pas encore touché de pierre lunaire, c'est un rêve qui n'a pas pu se réaliser, malheureusement.

 

Sinon, du point de vue de l'ingénieur, je retiens la fusée R-7 de Sergueï Korolev qui m'impressionne toujours. Elle a été réalisée d'une manière tellement intelligente, avec les moyens qui étaient accessibles à l'époque. C'est vraiment le fleuron de l'ingénierie soviétique. Je suis toujours en émerveillement devant cette œuvre de haute technicité.

 

 

Départ du Soyouz TMA-3 le 18 octobre 2003, le quatrième pour Alexandre Kaléri en 13 ans

Photo NASA

 

 

Quel serait votre rêve spatial le plus fou ?

J'aimerais que la conquête de l'espace circumterrestre se passe différemment que ce qui a pu se passer pour la conquête des mers, que ce ne soit pas un terrain de compétition et d'animosité permanente, que l'humanité devienne plus intelligente et cesse de lutter comme elle l'a fait pour les océans terrestres.

 

 

 

Merci, Alexandre Kaléri !

 

 

 

      

 

Interview réalisée à la Cité de l'espace à Toulouse le 4 octobre 2007
à l'occasion de l'inauguration de l'exposition Cosmomania..

Remerciements à Serge Gracieux pour son accueil

et Elena Oryekhova-Cadet pour sa traduction.

Biographie réalisée avec l'aide Nicolas Pillet.

Photos Didier Capdevila.

 

 

Sacha Kaléri en compagnie de Klaus-Dietrich Flade et de Michel Tognini à la Cité de l'espace le 4 octobre 2007.

Les trois hommes posent devant la capsule Soyouz TM-14 qui a "monté" l'Allemand et le Russe vers Mir

et "redescendu" sur Terre le Français et le Russe 6 mois plus tard.

Elle est habituellement exposée au Musée Energia de Moscou.

 

 

 

La semaine prochaine (lundi 3 novembre 2008) : Eric Naud

 

 

 

 

 

Les coordonnées des invités ne sont communiquées en aucun cas