L'invité de la semaine
dernière : Dominique Proust
LES
INVITES DU COSMOPIF
N°276
(lundi 5 avril 2010)
Leader études chez PSA Peugeot-Citroën

Qui êtes-vous, Olivier Guéret?
Pour commencer bonjour à tous, je
suis très content d'intégrer cette grande famille de passionnés de l'espace sur
le Cosmopif.
Donc, qui suis-je ? Vaste question ! Essayons de faire court... J'ai 37 ans et suis actuellement leader études dans le département climatisation du constructeur automobile PSA. Je vie en concubinage dans la ville des Mureaux (Yvelines), à deux pas d'EADS Astrium, où je passe devant une réplique d'Ariane 5 tous les jours. Je suis né à Versailles et ai quasiment toujours vécu en région parisienne. Cela dit, je me rends très souvent en Bretagne pour voir mes parents qui y coulent une retraite tranquille et où, il faut bien l'avouer, la tranquillité de la forêt de Brocéliande est plus clémente pour l'observation des nuits étoilées que la pollution lumineuse de nos grandes villes.
Les deux centres d'intérêt
que j'emmène toujours avec moi dans mes bagages sont l'astronomie bien sur
-mais j'y reviendrai plus en détails dans les questions suivantes- et le vin.
J'ai suivi 5 ans de cours d'œnologie et j'avoue ne pas pouvoir résister un
bon vin...
Je pourrais rajouter pêle-mêle que
je suis curieux de tout, que j'essaie de toujours garder mon optimisme et ma
bonne humeur quelles que soient les circonstances, que j'aime mettre de
l'affectif dans mes relations avec les autres, que j'aime débattre des points
de vue différents à propos de la religion, la philosophie et la science, que
j'aime la moto, le rugby, etc. Et surtout, que j'aime la vie. En revanche je
n'aime pas les relations conflictuelles et je n'aime pas non plus les esprits
obtus.

Mon parcours professionnel n'a jamais quitté
le milieu de l'industrie. Mon cursus scolaire a été marqué par
deux grandes étapes. La première où j'ai évolué dans l'apprentissage de la
mise en œuvre des matériaux plastiques et composites et la seconde dans le
domaine des bureaux d'études et de la conception. Après un passage de
deux ans chez L'Oréal, où je concevais la partie technique des flacons
pour la division parfumerie, je me suis essayé au design produit et à
l'architecture, pour finalement atterrir depuis 10 ans -déjà- chez PSA.
La climatisation est un peu loin
du sujet qui nous concerne, me direz-vous ? Oui mais il n'en reste pas
moins un domaine intéressant et complet qui allie des connaissances aussi
diverses que la chimie, la mécanique des fluides, la conception,
l'industrialisation, la production de grande série, les coûts, etc. Bon
d'accord, je vous avoue que je garde, malgré tout, toujours un œil sur le
milieu de l'aérospatial et que la tentation est forte d'associer ma passion
pour l'espace à mon milieu professionnel. Mais bon, pour le moment, je tiens
bon.
Je pense que je suis, sans aucun
doute, à ranger dans la case des personnes contemplatives et par conséquent je
crois que, très tôt dans mon enfance, j'étais déjà le nez tourné vers le ciel
dès que les premières étoiles commençaient à scintiller dans le crépuscule.
Cependant, il m'est facile de dater presque précisément quand ma contemplation
enfantine s'est transformé en véritable passion pour l'espace et pour la
conquête spatiale : pour mon 16e anniversaire, ma sœur m'a
offert le livre Patience dans l'azur d'Hubert Reeves. J'ai trouvé à sa
lecture un début de réponses aux questions que je me posais sans jamais avoir
vraiment su les formuler... Notamment la notion de : "Pourquoi il
a-t-il quelque chose plutôt que rien ?" Et un livre en appelant un
autre puis un autre puis un autre, tous ces ouvrages ont fait que je n'ai plus
cessé de me passionner pour tout ce qui touche de près ou de loin à l'univers
de la cosmologie. Et comme de l'étude de l'Univers et l'infiniment grand et de
la physique quantique et l'infiniment petit à l'aventure spatiale il n'y a
qu'un pas, je suis tombé naturellement dedans comme Obélix est tombé dans la
potion magique !

Comment je vie ma passion aujourd'hui ?
Et bien en essayant de la partager avec les autres, en continuant à lire de la
presse spécialisée et des bouquins, en me rendant également des que je le peux
dans des conférences –là-même où j'ai rencontré à plusieurs reprises Pif. Mais
surtout, en gardant mon âme d'enfant qui n'essayait pas de comprendre les
notions physiques qui régissent l'Univers mais en gardant le même
émerveillement de l'unique contemplation...
Des anecdotes, j'en aurais
beaucoup à raconter. Des souvenirs forts également. Certains me reviennent en
tête, d'autres m'échappent certainement...
Des grands moments de bonheur,
j'en ai connu en me rendant simplement dans des conférences.
Je me souviens avoir un jour
écouté Jean-François
Clervoy et d'avoir été ému aux larmes juste à l'écouter nous raconter son
voyage à bord de la station Mir. Dans un autre registre, je ne compte plus mes
innombrables fou rire qu'André Brahic a déclenchés lors ses envolées lyriques
(à aller écouter absolument pour ceux qui ne connaissent pas !). J'ai une
pensée spéciale également pour mes rencontres avec Buzz Aldrin lors
de ses venues en France pour le festival Jules Verne au Grand Rex. Et tant
d'autres rencontres avec (dans le désordre), Claudie Haigneré,
Hubert Reeves, Georges Charpak, Roland Lehoucq,
Catherine Cesarsky et plein d'autres, sont autant de sources de souvenirs
d'échanges et d'anecdotes...
En ce qui concerne la conquête
spatiale à proprement dite, je me souviens des nuits passées à la Cité des
Sciences pour suivre en direct l'arrivée de la sonde Huygens sur la surface de
Titan le 14 janvier 2005, après 7 années de voyage, ou bien encore de
la sonde Phoenix sur Mars dans la nuit du 26 mai 2008... Se sont sans nul
doute d'excellents souvenirs pour moi. J'en profite pour féliciter tous ceux
qui oeuvrent à la Cité ou ailleurs pour nous faire partager ces moments
uniques, un grand merci et un grand bravo à eux, pour le travail effectué.
Une anecdote sympa, c'est le jour
où Vénus a eu la chic idée de faire son passage devant le Soleil dans la
matinée du 8 juin 2004, le jour de mon anniversaire, l'un de mes plus
beaux cadeaux pour un évènement si rare (deux fois par siècle environ). Je
joins une photo réalisée par mes soin ce jour-là. C'est une de mes plus belles
photos, réalisée avec un Olympus OM 1-N à l'oculaire d'un télescope newton
115f. Le grain de beauté sur le disque solaire en bas à gauche, c'est
Vénus :

Mais s'il fallait que je ne retienne qu'un
évènement parmi tous ceux qui jalonnent mes souvenirs, je donnerais la médaille
d'or à l'émotion que j'ai ressentie lors de l'éclipse totale de Soleil en
France le 11 août 1999. Toutes les sensations ressenties devant ce
spectacle céleste sont encore très vives dans ma mémoire. Quand je me remémore
tout ce temps que nous avions consacré avec mes amis pour préparer au mieux cet
évènement et de l'effervescence du jour "J", j'ai encore et toujours
mes poils qui se redressent sur les bras…
Une fois de plus, il met très
difficile de choisir une photo en particulier. Cela dit, si pour jouer le jeu
il me faut choisir, alors se sera l'empreinte du pas de l'homme sur le sol
lunaire. Cela marque, pour moi, le symbole de la quête du futur de l'humanité.
Nous trouverons notre salut en allant découvrir d'autres mondes... Ailleurs...
Loin... Et non en restant sur notre bonne vielle Terre à attendre que notre
étoile, le Soleil, ait fini de puiser dans ses dernières ressources... Ou pire
que l'homme soit trop bête et continu à tuer à petit feu notre écrin fragile
qui nous protège, avant cette échéance.

J'ai envie de dire de façon générale que tous les objets
qui ont signé une première fois, celle de l'exploit et qui nous a mis le pied à
l'étrier, me fascinent : Spoutnik, qui nous a expédiés dans l'ère
spatiale ; le lanceur Sémiorka/Vostok du premier homme dans l'espace, Youri
Gagarine ; Saturn 5, qui a emmené les premiers hommes sur la
Lune ; la station Mir, qui a permis les premiers séjours de longue durée
dans l'espace.




J'aurais aimé avoir pu suivre en
direct l'alunissage de Neil Armstrong et Buzz Aldrin cette fameuse nuit du 20
au 21 juillet 1969 et avoir des souvenirs "live" de ce que je
considère être, jusqu'à ce jour, la plus grande aventure et la plus grande
entreprise de l'homme. Seulement, je n'étais pas encore né... En revanche,
comme j'ai découvert le monde en juin 1972, une mission lunaire a tout de même
fait partie de mon contemporain, puisque qu'Apollo 17 a décollé de Cap Kennedy
le 7 décembre de cette même année et ça pour moi, c'est important. Le
problème, c'est que je n'ai pas plus de souvenirs de mes 6 mois que de ma
première liquette ! Les seuls souvenirs de cet évènement sont ceux que
j'ai pu glaner à droite et à gauches auprès des personnes qui avaient eu la
chance de pouvoir le vivre devant un écran de télé en noir et blanc ou avec
l'oreille collée à un poste de radio.
Mon rêve spatial le plus fou
serait de pouvoir un jour savoir de façon certaine que la vie sur Terre n'est
pas due à la seule action du fruit du hasard et que sur une des exoplanètes que
nous trouvons à la pelle maintenant ou sur une des milliards qui nous restent à
découvrir, il existe bel est bien une intelligence extraterrestre… Alors, tous
ces films de science-fiction, Rencontre du 3e type, E.T.,
etc. prendraient une tout autre dimension...
Pour conclure, je citerais une
réplique de Jodie Foster dans le film Contact : "Sommes-nous
seul dans l'Univers ? Je n'ai pas la réponse… En revanche, ce dont je suis
sûre, c'est que, si nous l'étions, ce serait un beau gâchis
d'espace !"
Merci, Olivier Guéret !
Merci à toi Pif pour ce beau site
Internet où tous les passionnés d'espace peuvent venir se raconter.
La semaine
prochaine (lundi 12 avril 2010) : Jérôme Bonaldi
