L'invité de la semaine
dernière : Frédéric Leroy
LES
INVITES DU COSMOPIF
N°310
(lundi 31 janvier 2011)
Chef du Service Applications-Valorisations du CNES

Antonio Güell en bref
Docteur en Médecine (Médecine Aéronautique)
Maîtrise en Biologie Humaine
(Informatique et
Electronique Médicale)
Ancien médecin des Hôpitaux (Option Neurologie, Toulouse)
Carrière hospitalière et
universitaire :
1976-oct. 1986 : Responsable du Laboratoire
d’Exploration de la Circulation Cérébrale et Laboratoire de Médecine
Aérospatiale
1982-2000 : Chargé de cours à l'Université Paul
Sabatier de Toulouse
Intègre le CNES en novembre
1986 :
1986-1989 : Département GBMS (Génie Biologique et
Médical Spatial) : responsable de la R et D Sciences de la Vie
1990-1992 : Détaché au MEDES comme Directeur
Médical
1993-2003 : Réintégration à la Direction des
Programmes comme responsable des Programmes Sciences de la Vie en Microgravité
Depuis 2004 : Chef du Service
Applications-Valorisation du CNES
Coordination des campagnes
de vol impliquant des spationautes français (1982 à 2001)
Expert à la Commission
Européenne
Auteur/Co-auteur de plus de
260 publications,
7 ouvrages et 120 CD/DVD
Président, co-président ou
rapporteur dans plus 150 congrès
Membre du Conseil
d’Administration de
MEDES, de CLS-Argos, de Télespace Participation du Centre National de Référence
en e-Santé, de la Mêlée Numérique
Médaille d'argent de
l'Université Paul Sabatier de Toulouse (Prix de thèse, 1976)
1er Prix de
la Société Française de Médecine Aéronautique et Spatiale (Soframas, 1981)
Membre de l'International
Astronautical Academy depuis
1986
Chevalier de l'Ordre
National du Mérite (2002)
Chevalier dans l’Ordre
National de la Légion d’Honneur (2009)
Qui êtes-vous, Antonio Güell ?
De double nationalité
franco-espagnole, je suis né le 1er mai 1951 à Vilafranca del
Pénédès (Espagne). Médecin de formation, je travaille au CNES depuis 1986 et je
m’occupe aujourd’hui d’applications et de valorisation. Divorcé, père de
3 enfants et grand-père de 2 petits enfants, j’habite Ramonville
Saint-Agne près de Toulouse. Je suis amateur de cinéma, de musique classique et
de collections exotiques (je possède plus de 700 "caganers").

"Caganer"
astronaute.
Le
"cagagner" est un personnage emblématique que l'on retrouve dans les
crèches catalanes lors des fêtes de Noël.
Il peut
représenter des hommes politiques ou des métiers originaux.
Quel a été
votre parcours professionnel ?
J’ai d’abord été directeur du laboratoire d’exploration de
la circulation cérébrale du CHU de Toulouse (1975-1985). J’ai intégré le CNES
en 1986 et ai successivement été Responsable de la RT Sciences de la VIE,
Directeur Médical de MEDES, Responsable des Programmes Sciences de la Vie et
Chef du Service Applications/Valorisation à la Directions des Programmes. Ce dernier regroupe sur Paris et
Toulouse 15 agents, deux boursiers, deux stagiaires et
un contrat en alternance sur 2 ans qui s’efforcent de démontrer que le satellite peut avoir
une utilité sociétale, d’une part grâce à toutes les applications possibles en
e-santé et d’autre part grâce à toutes les applications comme la gestion de
crise, la gestion des ressources et la gestion de la mobilité (terrestre,
aéronautique et maritime).
Quelle est
votre passion, comment est-elle née, comment la vivez-vous ?
Ma passion, c’est le rugby !
C’est génétique. J’ai été vice-champion de France en 1970 (universitaire) et je
me suis baladé sur les terrains de la terre entière ! J’adore également
les chats !!!
Quelle anecdote personnelle ou souvenir fort lié à la
conquête spatiale souhaiteriez-vous nous faire partager ?
Je me rappelle du premier tir
auquel j’ai assisté à Baïkonour. C'était le 1er juillet 1993
pour le lancement de la mission franco-russe Altaïr avec l'astronaute français Jean-Pierre
Haigneré. Les anecdotes sont nombreuses !
Je vous passe les détails du voyage
en avion qui nous avait emmenés de Moscou, il fallait vraiment croire en Dieu
pour y monter ! J’avais pour ma part assis près de la porte de sortie et
je voyais le givre se former tout autour à mesure que le temps passait…
Nous avions passé une semaine sur
place avec les cosmonautes avant le décollage, vraiment jusqu’au dernier
moment. Il y avait le docteur Bernard Comet, le chef de projet Lionel Suchet et
deux ou trois autres personnes du CNES. Le soir, il n’y avait vraiment
rien à faire, on s’ennuyait à mourir ! Nous allions nous promener tous les
soirs dans le parc près de notre hôtel, là où sont plantés les arbres des
cosmonautes. Et on les recomptait à chaque fois pour vérifier qu’on en avait
pas piqué un !
A cette époque, c’était le début
des stations Immarsat portables. Pour appeler Toulouse, il fallait bien placer
la parabole et nous n’avions trouvé qu’un seul endroit où ça passait
bien : c’était dans le salon de coiffure de la base, où défilaient tous
les généraux et colonels car le coiffeur, de Moscou, ne venait qu’à l’occasion
des lancements !

Surtout, je me souviens qu’après
l’habillage des cosmonautes le jour du lancement, nous sommes montés dans une
voiture conduite par un Russe, nous avons forcé tous les barrages et nous nous
sommes retrouvés sur le pas de tir avec Jean-Pierre Haigneré qui montait dans
la tour, la fumée blanche de condensation qui entourait la fusée et
200 personnes qui pouvaient la toucher, dont les trois quarts
fumaient la clope !!! Je me suis dit "Si ça pète…" La mentalité était pourtant encore
très soviétique à l’époque…
Quelle
serait votre photo spatiale ou astronomique préférée et pourquoi ?
Je
choisis l’homme sur la Lune. La Lune m'avait fait rêver grâce à deux auteurs
favoris : Jules Verne et Hergé !

De la même
manière, quel objet spatial vous fascine-t-il ?
Sans
hésitation : la fusée Saturn ! Nous étions dans les années
soixante et faire un "pétard" aussi gros et puissant à l'époque,
c'était quand même un exploit !

Qu’évoque
pour vous le vol de Gagarine ?
A trois jours près, ça me
rappelle ma première communion mais aussi ma première année en pensionnat chez
les Jésuites. On n’arrêtait pas d’en parler !
Quel
souvenir gardez-vous de la nuit du 20 au 21 juillet 1969 ?
J’étais serveur dans une boite de
nuit en Espagne. Tout s’est arrêté pour suivre en direct l’évènement sur des
petits postes de TV. Et puis la nuit folle a repris et n’a fait qu’empirer,
d’autant plus que c’était l’année du bac !
Quel
serait votre rêve spatial le plus fou ?
J’aimerais participer à l’aventure
de l’homme sur Mars… mais pas en tant qu’astronaute !
Merci, Antonio Güell !
Interview
réalisée par mail en novembre 2010
La semaine
prochaine (lundi 7 février 2011) : Mathieu Beylard
