L'invité de la semaine
dernière : Eric Piednoël
LES
INVITES DU COSMOPIF
N°236
(lundi 11 mai 2009)
Président de Terre & Espace

Qui êtes-vous, Yves Gourinat ?
Je suis professeur de Mécanique et de Techniques Spatiales à
l'Institut Supérieur de l’Aéronautique et de l’Espace (ISAE) et responsable de
l’Unité de Formation Mécanique des Solides à SUPAERO à Toulouse. Ma passion,
c’est avant tout ma famille et mon métier associant mécanique des structures et
espace. Par ailleurs, je suis le président-fondateur de Terre & Espace,
association organisant depuis 1995 des activités paraspatiales, avec notamment
des sessions et des activités d’applications des techniques spatiales au niveau
médical (7 sessions en région Midi-Pyrénées en vol acrobatique et plongée
et 5 sessions en zone Arctique, la dernière avec l’Institut Paul-Émile Victor).
Cela a permis en particulier de faire réaliser des activités à des handicapés
d’une part et d’appliquer les résultats des recherches de certains de mes
doctorants (par exemple sur la rééducation de l’oreille interne) d’autre part.
Ingénieur ENSMA (Ecole nationale
supérieure de mécanique et d'aérotechnique à Poitiers), j'ai suivi une
spécialisation Espace à SUPAERO à Toulouse puis obtenu un doctorat, complété
par l'habilitation à diriger des recherches (HDR) en Mécanique des Solides,
Structures Matériaux et Surfaces.
Ma carrière a commencé comme
ingénieur à l’Aerospatiale Avions, où je me suis occupé durant 7 ans de la
certification de la structure de l'Airbus A340. J'ai ensuite été enseignant-chercheur
responsable Espace à l’ENSICA (Ecole nationale
supérieure d'ingénieurs de constructions aéronautiques à Toulouse) pendant
10 ans.
Depuis 2004, je suis professeur
responsable de l’Unité de Formation SUPAERO de Mécanique des Solides et
responsable de l’Équipe de Recherche de Dynamique des Structures de l’ISAE (qui
regroupe l’ENSICA et SUPAERO). Côté enseignement, c'est la Mécanique des
Solides pour SUPAERO et l'Université de Toulouse et l'Architecture Lanceurs et
Véhicules Spatiaux pour l'ENSICA. Côté recherche, c'est d'une part l'entropie
dans les solides (relations entre dissipation dynamique et endommagement) et
d'autre part les applications médicales de la certification des systèmes.
En 1994, j’ai eu la chance, grâce
à Philippe
Droneau et son association Cap Espace, de séjourner à la Cité des étoiles
(le centre d’entraînement Youri Gagarine, près de Moscou) et de suivre les
phases de la formation des cosmonautes, ce qui est très riche humainement (et
techniquement) et déterminant pour l'orientation spatiale et médicale de mes
recherches.
Mon hobby, c’est l’orgue. Mais c’est un peu plus qu’un loisir
puisque je suis titulaire du Mutin-Cavaillé-Coll de l’Église Réformée de
Mazamet et assure à ce titre des concerts et sessions dédiées à l’instrument.
Cette passion est née au Conservatoire d’abord mais aussi de la rencontre d’un
organiste extraordinaire lorsque j’avais 14 ans, qui m’a pris comme
disciple pendant les 6 ans qui ont suivi. Il s’agit de Jean-Joseph Rosenblatt,
Professeur de Musique sacrée du Diocèse de Strasbourg, qui m’a formé à la
technique de l’orgue (sensations retrouvées ensuite comme pilote) mais aussi à
l’écriture musicale (utile aussi pour la structuration en R&D
aérospatiale). C'est assez étonnant mais Il y a des liens entre cette passion
et mon métier…

L'orgue, une passion commune avec Jean-Loup Chrétien
Je me souviens de la mission Apollo 13. J’avais 11 ans et
-le hasard n'existe pas- j'ai été grippé pendant deux jours. Restant ainsi
à la maison, il m'a été possible d'entendre Albert Ducrocq heure après heure.
Ce vol est une immense réussite car on a sauvé des hommes dans des
circonstances inimaginables et je me souviens de la joie générale à l'échelle
de la planète quand Jim Lovell, Jack Swiggert et Fred Haise ont amerri. C'est
d'ailleurs assez amusant car, bien plus tard, mes activités de recherche m'ont
fortement impliqué dans la certification de l'amerrissage des véhicules
spatiaux…

Retour dans le pacifique de
la cabine Odyssee le 17 avril 1970
Je choisis cette vue d'un astronaute en sortie
extravéhiculaire, avec le reflet de la Terre dans sa visière dorée. On y voit
l'homme au travail (on voit clairement les gants dans le reflet), la Gaïa
notre Terre qui est notre bien le plus précieux et puis aussi plein de petits
détails qui passent d'abord inaperçus ; en voici deux par exemple :
sur le bras, le dessin bleu inspiré de l'homme de Léonard de Vinci et habillé
en scaphandre (l'artiste et l'ingénieur) et, en bas de l'image, les
interrupteurs de régulation de la biosphère du scaphandre, vitaux comme notre
atmosphère fragile.


Je pense à la fusée Saturn 5, LE lanceur all-up,
dont la production a malheureusement été interrompue à l'issue du programme
Apollo et dont les trois étages fourniraient aujourd'hui un vecteur
extraordinaire…

Le lanceur
Saturn 5 : 13 exemplaires lancés
entre
novembre 1967 (Apollo 4) et mai 1973 (Skylab), avec 100 % de réussite
J'avais 9 ans quand Neil Armstrong et Buzz Aldrin ont
marché sur la Lune. Je m'en souviens comme d'une nuit extraordinaire mais, pour
être tout à fait honnête, le moment le plus fabuleux reste pour moi
l'alunissage quelques heures plus tôt : il représente un exploit sans
précédent et qui d'ailleurs a été tout à fait épique. Le toucher final (le
20 juillet vers 21h, heure française) a été un moment d'une émotion
rarement atteinte, qui dépasse selon moi le premier pas. Elle a été aussi forte
que lors de l'allumage du S-IVB d'Apollo 8 (première évasion habitée de
l'orbite terrestre).

La mer de la Tranquillité survolée par le module lunaire,
une orbite avant la descente finale de l'Aigle
Comme la Grande Pyramide qui a permis de faire travailler la
Haute et la Basse Égypte en une civilisation qui fut l'une des plus grandes de
tous les temps, je rêve qu'on puisse s'entendre sur la conquête -au sens
étymologique : gagner ensemble,. La station spatiale internationale
est déjà une belle avancée mais il faut transformer l'essai. Les enjeux sont
énormes pour la préservation de notre vaisseau spatial Terre.
Merci, Yves Gourinat !
La semaine
prochaine (lundi 18 mai 2009) : Mrs Helen Sharman