Précédent invité : Hervé Templon

 

LES INVITES DU COSMOPIF

 

N°341 (lundi 21 novembre 2011)

 

Dr Edward George Gibson

68e astronaute américain

Pilote scientifique de la mission Skylab 4

 

 

      

 

 

 

Ed Gibson en bref

 

Né à Buffalo (état de New York) le 8 novembre 1936

4 300 heures de vol, dont 2 270 heures sur avion à réaction

1 vol spatial : mission Skylab 4 (84 jours, 1 heure et 15 minutes)

3 sorties extravéhiculaires (15 heures et 17 minutes au total dans le vide spatial)

Amateur de course à pied, natation, photographie, pilotage et moto

Auteur d’un livre sur la physique solaire, de deux nouvelles et d’une compilation de témoignages et de photos d’astronautes du monde entier (The Greatest Adventure)

Marié, 4 enfants

 

A la fin de ses études secondaires à Kenmore (New York), Ed Gibson entame sa formation d’ingénieur. Il obtient une licence à l’Université de Rochester en1959 puis un master (option propulsion à réaction) à l’Institut californien de technologie (Caltech) en 1960. Il poursuit avec un doctorat (option physique) qu’il achève en juin 1964, après avoir été assistant de recherche au Jet Propulsion Laboratory et étudié la physique des plasmas et la physique solaire. En 1965, alors qu’il retenu par la NASA comme astronaute scientifique, il est chercheur senior sur les lasers pour les laboratoires de recherche appliquée de la société Philco (productrice de batteries, radios et télévisions) à Newport Beach (Californie).

 

 

Le groupe 4 d’astronautes de la NASA (“The scientists”, également surnommés “The Incredible Five”)

Devant, de g. à d. : Frank Curtis Michel (physicien), Harrison Schmitt (géologue) et Joseph Kerwin (physicien).

Derrière : Owen Garriot (ingénieur électrique) et Ed Gibson.

 

 

Ed Gibson intègre le groupe d’astronautes n°4 de la NASA (les scientifiques) le 28 juin 1965. Agé de 28 ans, il est le plus jeune des six nouvelles recrues (qui ne seront plus que cinq dès le mois d’août après la démission de Duane Graveline). Sa formation d’astronaute débute le mois suivant par un stage de pilotage de 53 semaines sur la base aérienne Williams (Arizona), à l’issue duquel il obtient ses ailes de pilote (il volera ensuite sur hélicoptère et T38).

En janvier 1969, Ed Gibson est le premier astronaute de son groupe à être associé à une mission : il intègre l’équipage de support de la mission Apollo 12. Durant le vol, il assure le rôle d’officier de communication avec l’équipage (capcom). Il participe également au design et aux tests de nombreux éléments de la station spatiale Skylab.

 

En janvier 1972, Ed Gibson est officiellement désigné pilote scientifique de la mission Skylab 4, le troisième séjour à bord du laboratoire orbital Skylab, prévu alors pour durer 56 jours. Ses coéquipiers sont Gerald Carr (commandant) et William Pogue (pilote). Le lancement intervient le 16 novembre 1973.

 

 

De gauche à droite : Gerald Carr, Ed Gibson et William Pogue

 

Durant la mission, Ed Gibson (37 ans) se consacre essentiellement au télescope Apollo de la station (338 heures d’observation). Il participe à trois des quatre sorties effectuées à l’extérieur de Skylab, destinées en particulier à changer les films des caméras du télescope et prendre des photos de la comète Kohoutek. La mission s’achève le 8 février 1974. L’équipage rapporte sur Terre 780 kg de films et de résultats (56 expériences scientifiques ont été menées). Surtout, il a vécu et travaillé sur orbite durant 84 jours, un record qui ne sera battu qu’en 1978 par les Soviétiques et en… 1996 par l’Américaine Shannon Lucid à l’occasion de son vol de à bord de la station Mir.

 

 

A bord de Skylab, Gerald Carr semble porter Ed Gibson à l’aide d’un doigt

 

Ed Gibson quitte la NASA quelques mois après son vol pour rejoindre l'Aerospace Corporation de Los Angeles en tant que scientifique senior. Il est ainsi impliqué dans l’analyse des données fournies par Skylab sur la physique solaire et reçoit un doctorat honorifique en science de la part du collège Wagner de State Island (New York).

En 1976, il est conseiller pour Erno en Allemagne sur le design du module européen Spacelab destiné à être embarqué à bord de la navette spatiale américaine. Entre 1977 et 1982, il retourne à la NASA, comme chef des astronautes scientifiques. Il travaille ensuite comme consultant pour différentes sociétés (Booz Allen Hamilton, TRW), avant de prendre la présidence de Casey Aerospace Corporation et du musée des sciences de l’Oregon. En 1990, il crée sa propre société de consultant, Gibson International Corp., qui propose ses services en management, développement de marchés et infrastructures spatiales, design et opérations. Il est également vice-président senior de la Science Applications International Corporation et manager de son centre de gestion de données EROS à Sioux Falls (Sud Dakota).

 

 

 

10 questions à Ed Gibson

 

 

 

Ed Gibson, comment êtes-vous devenu astronaute ?

Je n’avais même pas idée d’une chose pareille jusqu'à ce que commencent les premiers vols d’astronautes américains ! Dès lors (j’avais 23 ans quand le programme Mercury a été lancé), j'ai vraiment eu envie de voler à bord d'avions très performants mais ma vue m'a empêché de le faire. Comme je ne pouvais pas entrer dans l'armée de l'air ni voler, j'ai fait des études et obtenu un diplôme en fuséologie et en propulsion à réaction. Je me disais en effet : si je ne peux pas voler avec, au moins, je les construirai. Et puis vint l'opportunité de faire partie du programme d’astronautes scientifiques (Scientist Astronaut Program) : il semblait taillé pour moi ! J’ai donc sauté sur l’occasion avec passion et ce fut une formidable opportunité.

 

Comment avez-vous appris que la NASA recherchait des astronautes scientifiques ?

Une annonce est parue dans le Los Angeles Time. C’est ma femme qui l’a vue un matin en lisant le journal.

 

Votre femme vous a-t-elle encouragé à postuler ?

Elle m’a dit : c’est à toi de voir. Alors je l'ai fait : yeah! [Grand sourire]

 

   

 

 

Quel souvenir marquant gardez-vous de votre vol spatial ?

J’ai beaucoup apprécié mes trois sorties en scaphandres hors du laboratoire Skylab. Une EVA vous offre la possibilité de travailler de façon très productive tout en évoluant dans le vide, avec une vue magnifique et en situation de micropesanteur, ce qui a certainement constitué le point culminant ! Bien sûr, le décollage est toujours un moment palpitant, tout comme la rentrée sur Terre. Mais en terme d’impact, une sortie est bien plus forte, elle vous permet d’être dans l’espace tout en faisant quelque chose d'utile.

 

 

Ed Gibson à l’extérieur du laboratoire Skylab le 3 février 1974

 

 

Aviez-vous le temps de regarder la Terre ? Comment était-ce ? Impressionnant, effrayant ?

Oh oui, j'avais le temps de regarder la Terre ! Mais non, ce n’était pas effrayant. Vous savez, c'est un monde très paisible là-haut donc ça ne fait pas peur du tout. C'est quand il vous décollez ou quand vous revenez au sol que peuvent se poser des problèmes, pas quand vous êtes là-haut. A moins d'avoir fuite dans votre scaphandre, ce qui ne serait pas de bol ! [Rires]

 

 

Racontez-vous votre mouvement de grève à bord du laboratoire Skylab. Avez-vous vraiment coupé les communications avec la Terre durant une journée ?

Ce qui est arrivé, c'est que nous étions tous très occupés et nous avons décidé qu'une seule personne à la fois écouterait la radio ce jour-là. Mais nous nous sommes emmêlés les pinceaux par rapport aux tours d'écoute… et nous n’avons pas écouté du tout ! Nous n’étions pas pour autant en grève ! Qu’aurions-nous déclaré ? Si vous ne faites pas ce que l'on demande, on reste vivre sur la Lune ! L'idée de la grève, c'était une idée de la presse, ça a fait vendre des journaux. Le dernier endroit où vous trouvez la vérité, c'est bien dans les journaux… [Rires]

 

 

Quel grand moment de l'histoire spatiale vous a-t-il particulièrement marqué ?

C’est probablement regarder voler les gars des missions Mercury alors que j'étais encore en train de suivre mes études qui m’a le plus marqué. Le premier vol d’Alan Shepard, par exemple, a été un sacré moment.

 

 

Le 5 mai 1961, Alan Shepard atteint l’altitude de 186 km à bord de la capsule Mercury-Redstone Freedom 7

 

 

Que représente pour vous le vol de Gagarine ?

Deux réflexions me viennent à l’esprit : ce fut une grande avancée pour nous simples humains et l’Amérique dut ensuite travailler dur pour rattraper une nation forte techniquement.

 

 

Comment avez-vous vécu le premier pas sur la Lune ?

Pour l’atterrissage d’Apollo 11, j'étais au centre de contrôle de Houston, à quatre ou cinq rangs de Wernher von Braun. Il était debout et j’ai été impressionné à jamais de constater que les larmes lui coulaient le long des joues. C’était à la fois le point culminant de sa carrière et un véritable événement historique. Il y a des moments dans un programme où l’on peut douter mais, à ce moment-là, j’ai réalisé que nous allions vivre quelque chose de grand pour tous les humains encore confinés sur Terre.

 

 

Quel serait votre objet spatial préféré ?

J'aime la station spatiale que nous avons aujourd’hui mais je crois qu’il nous faut travailler un peu plus dur pour y faire de la science et de la technologie de pointe. J’aimerais voir quelqu'un remporter le prix Nobel pour une expérience réalisée là-haut. La station, c'est l’endroit qui doit permettre aux gens de séjourner sur orbite pour faire des choses vraiment productives.

 

 

L’ISS photographiée par la navette Endeavour en mai 2011 (mission STS-134)

 

 

Quel avenir espérez-vous pour l’exploration spatiale ?

Nous avons besoin de progresser pour retourner sur la Lune puis utiliser cette expérience pour être capables d'atterrir sur Mars, avant d’explorer les autres planètes, les lunes et les astéroïdes du système solaire. J'espère qu'un jour nous pourrons quasiment atteindre la vitesse de la lumière, ce qui nous permettra de commencer à étudier de nouveaux systèmes solaires. Cela arrivera à terme, j'en suis sûr.

 

 

Merci, Ed Gibson !

 

Interview réalisée réalisée lors d'Autographica 15 à Birmingham le 8 mai 2010
en compagnie de Raphaël Leboulanger et Stéphane Sébile.

Remerciements à Emilie Andrzejewski et Loïc Brevault pour la retranscription.

Traduction et adaptation en français par Emilie Andrzejewski et Pif.

 

 

 

 

Prochain invité (lundi 28 novembre 2011) : Didier Marouani

 

 

 

 

 

 

Les coordonnées des invités ne sont communiquées en aucun cas

 

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