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invité : Laurent Aznar
LES
INVITES DU COSMOPIF
N°46
(lundi 29 novembre 2004)

Qui êtes-vous, Charles Frankel ?
Je suis né à Paris en 1956, de père français
et de mère américaine. Après mon baccalauréat à Paris, j’ai étudié la géologie
spatiale aux Etats-Unis et vécu tour à tour dans le Vermont, en Arizona, à New
York et à Los Angeles. Puis, je me suis établi en Bretagne près de Saint
Brieuc, où je me consacre à ma petite famille et fais la navette entre la
Bretagne, Paris et d’autres provinces et pays pour me consacrer à ma
passion : la vulgarisation scientifique. Côté loisirs, j’adore la pêche,
la plongée sous-marine, le karting et bien sûr le trekking sur les volcans…
Avec mon diplôme de géologie en poche, je me
suis vite tourné vers la vulgarisation, en apprenant la production
audiovisuelle (j’ai fondé une société de production) pour produire et réaliser
des documentaires scientifiques. Puis je me suis consacré à l’écriture,
publiant Les Volcans du
Système solaire (1993), La
Mort des dinosaures (1996) et La
Vie sur Mars (1999). J’ai deux autres livres en chantier. Avec
la reprise des programmes martiens, je me suis réinvesti dans la dissémination
d’informations sur la géologie martienne et, à travers la Mars Society et l’Association Planète Mars, je participe
à des simulations visant à préparer le débarquement d’équipages sur Mars.
Ma passion pour l’espace est née quand
j’étais adolescent, à une époque où nous avons eu la chance de vivre les vols
Apollo vers la Lune. À cette époque, je construisais de petites fusées à poudre
avec des souris-cosmonautes (munies de parachutes, bien sûr !). A
13 ans, j’ai eu la chance de gagner un concours organisé par Albert Ducrocq, qui m’a permis de visiter les centres de la NASA.
Albert m’a ensuite soutenu, comme il l’a fait pour de nombreux jeunes, afin que
je puisse m’orienter vers des études spatiales et communiquer ma passion à
travers des ouvrages. Aujourd'hui, mon travail d'auteur me permet de voyager
sur les sites géologiques qui m'intéressent, de me rendre aux grands symposiums
sur l'espace et même de participer à des simulations de vol spatial !
Voir les comptes rendus de mission de Charles Frankel dans le cratère Haughton (juillet 2001) et dans
l'Utah (novembre 2002) :
http://astrosurf.com/planete-mars/base_arctic/2001/frankel.html
www.astrosurf.com/planete-mars/base_desert/2002/equipage7/enseignements/introduction.html
Mon
souvenir le plus sympa a été d’inviter en France deux astronautes qui ont
marché sur la Lune -Pete Conrad (Apollo 12) et Harrison Schmitt
(Apollo 17)- pour qu’ils participent à un film que je tournais sur
l’exploration des planètes, à mi-chemin entre documentaire et fiction. Je les
ai fait crapahuter sur les volcans d’Auvergne et Conrad a tenu à piloter lui-même
l’hélicoptère de prises de vue… dont j’ai dû lui traduire en anglais les
instructions de pilotage : je me suis retrouvé instructeur de vol d’un
astronaute, le monde à l’envers ! C’était du reste un homme charmant, avec
un sens de l’humour hors du commun. Quant à Harrison Schmitt, c’est un
véritable professionnel, très observateur. Outre les manips de géologie que je
lui demandais de faire, il me donnait des conseils de mise en scène !
Comme
autre souvenir fort, j’avais organisé avec Albert Ducrocq
une réunion d’astronautes à Lyon, en 1978, avec notamment pour mission de
"convoyer" les astronautes américains en Concorde, de Washington à
Paris. J’ai fait le vol aller avec Alan Shepard et le vol retour avec Jim Lovell, entre autres. À
l’hôtel, nous avons organisé en secret (nous étions en pleine Guerre froide) un
apéritif entre astronautes américains et cosmonautes soviétiques. La vodka
aidant, Russes et Américains sont devenus très copains. Mais les Russes ont
gagné par K.O. : à la fin de la soirée, seuls Vladimir Djanibekov,
Oleg Makarov et moi-même tenions encore debout…

La grande
soirée de rencontre avec les astronautes de Lyon le 9 juin 1978.
De gauche
à droite : Vladimir Djanibekov, Gordon Cooper, Charles Duke,
William Pogue, Jerry Carr,
Alan Shepard, Stuart Roosa,
Oleg Makarov, Bill Anders et
Jim Lovell.
Photo ESPACE
& civilisation
L’une des photos spatiales les plus
émouvantes est celle du module lunaire (LEM) lorsqu’il se détache du module de
commande Apollo avant de descendre vers la Lune. Ce bijou aux formes étranges,
dérivant sur fond de cratère, représente pour moi le symbole de l’ambition
spatiale et du rêve humain. J’ai choisi l’image du LEM d’Apollo 12 piloté
par Pete Conrad car, de l’avis de ses confrères, c’était le meilleur pilote du
lot et en plus l’image est spectaculaire.

Le LEM
piloté par Pete Conrad survolant l'horizon lunaire en novembre 1969
Comme objet spatial, j’ai une préférence pour
la sonde automatique Surveyor dont 5 exemplaires
(sur 7 lancés) se sont posés sur la Lune en 1966-67. Le Surveyor 3 retrouvé par l’équipage d’Apollo 12
(Pete Conrad et Alan Bean) dans l’océan des Tempêtes a permis de réaliser ces
deux images très fortes : chacun des astronautes posant tour à tour
devant la sonde. Pour la petite histoire, Conrad m’a confié qu’il avait caché
dans ses bagages un retardateur pour son appareil photo (fabriqué par un ami),
dans le but de faire une blague sur la Lune. Il comptait poser avec Bean devant
Surveyor pour une photo de groupe et mystifier tout
le monde quant à qui aurait bien pu prendre la photo ! Hélas, au moment
crucial, Conrad n’arrivait plus à retrouver son déclencheur, perdu au fond de
son sac de roches lunaires et il a dû laisser tomber sa blague.

Alan Bean
et Surveyor 3 sur la Lune Pete Conrad et Surveyor 3
sur la Lune

Les deux astronautes à
côté de la sonde peints par Alan Bean
Image extraite du site
www.alanbeangallery.com
Outre sa dimension historique, j’ai entendu dire que Youri Gagarine était quelqu'un de très sympathique et modeste. C’est dommage qu’il n’a pas pu faire un second vol dans l’espace, comme il en était question à un moment. À ce titre, Alan Shepard et John Glenn ont eu plus de chance.
Mon rêve spatial le plus fou serait de
marcher sur Mars, sur les flancs du volcan Olympus Mons. Mais j’ai eu la chance
que ce rêve se réalise en partie ! On m’a en effet invité en 2002 à
participer à un documentaire docu-fiction, où je jouais le rôle d’un martionaute escaladant Olympus Mons ! On a tourné au
Piton de la Fournaise, à la Réunion. En plus, j’avais pour coéquipière la
championne du monde d’escalade Catherine Destivelle,
qui m’a enseigné à faire du rappel en scaphandre ! Mais descendre dans la
caldera d’Olympus Mons pour de vrai, ce serait le délire total.

Merci Charles Frankel !
Interview
réalisée par mail en novembre 2004

Charles Frankel interrogeant le directeur du JPL William Pickering (1910-2004)
lors des Rencontres Spatiales de Lyon en 1978
Photo ESPACE & civilisation
Prochain
invité (lundi 6 décembre 2011) : Patrick
Ribemont
