L'invité de la semaine
dernière : Jean-Pierre Martin
LES
INVITES DU COSMOPIF
N°224
(lundi 16 février 2009)
Pilote d'essais chez Airbus
|
|
|
|
Klaus-Dietrich Flade en bref
Pilote d'essais et astronaute
267e sujet de l'espace
5e astronaute allemand
1 vol spatial : Soyouz TM-14/Mir/ Soyouz TM-13
(7 jours 21 heures et 57 minutes)
Né le 23 août 1952 à Büdesheim (Allemagne)
Marié, deux enfants
Entre 1959 et 1974, la scolarité de Klaus-Dietrich Flade
s'effectue entre Oldenburg, Cochem, Memmingen, Bonn et Schelkingen. De 1974 à
1976, il suit une formation de mécanicien en aéronautique avant d'intégrer
l'école des officiers de l'air allemande. Il étudie ensuite les technologies de
l'air et de l'espace à l'université militaire de Munich. Il en sort en 1980
avec deux diplômes en poche : l'un en ingénierie et l'autre en
chimie. Il est spécialisé en spectroscopie de masse, en chromatographie à gaz et
en application des dispositifs d'analyse chimique.
Il s'intéresse également à la mécanique des fluides et à l'informatique.
De 1980 à 1988, il sert en tant que pilote de chasse et vole en
escadre sur des avions de type F-104G, Tornado, Alpha-Jet, F-16B, MiG-29,
C-160, Do-228 et Do-28, ainsi que sur des hélicoptères BO-105, Gazelle et UH-1D
ou sur avion de transport Transall. En 1988-1989, il suit une formation de
pilote d'essais classe 1 à l'ETPS de Boscombe Down puis teste des équipements d'aviation
jusqu'en 1990.
Alors qu'un vol germano-russe est prévu pour 1992 à bord de la
station Mir, Klaus-Dietrich Flade est sélectionné le 8 octobre 1988 par
l'agence aérospatiale allemande pour devenir astronaute (2e groupe
du DLR). Il rejoint le centre de préparation des cosmonautes à Moscou et
commence sa formation générale le 8 novembre suivant. Un an plus tard, il
commence à s'entraîner en tant que cosmonaute expérimentateur pour la mission
Mir'92 avec Alexandre Viktorenko (commandant) et Alexandre Kaléri
(ingénieur de bord).

De gauche à droite : K.-D. Flade, A. Viktorenko et A. Kaléri
Les trois hommes prennent place à bord du vol Soyouz TM-14 le
17 mars 1992 et rejoignent la station Mir, où ils retrouvent Alexandre
Volkov et Sergueï Krikalev. Klaus-Dietrich Flade devient ainsi le premier
Allemand à séjourner à bord de Mir. Sa mission dure une semaine et se
termine le 25 mars à l'aide du Soyouz TM-13.

Suite à ce vol, toujours en 1992, Klaus-Dietrich Flade se porte
candidat pour faire partie du deuxième groupe d'astronautes européens mais
n'est pas retenu. Il reste dans l'Armée de l'Air allemande jusqu'en 1993 comme
pilote d'essais avant de rejoindre la branche Espace de la société Deustche
Aerospace (ex-MBB et future EADS), qui travaille notamment sur le projet de
cabine de sauvetage européenne ACRV (Advanced Crew Rescue Vehicule).

En 1995, Klaus-Dietrich Flade entre chez Airbus à Toulouse comme
pilote d'essais.
6 questions
à Klaus-Dietrich Flade
Que faites-vous aujourd'hui, Klaus-Dietrich
Flade ?
Je
suis pilote d'essais chez Airbus à Toulouse, depuis 12 ans maintenant.
J'ai pu piloter toute la gamme Airbus, des vieux A300 et A310 au grand A380, en
passant par les A318 à 21, 330 et 340. Je suis même instructeur pour toute la
gamme, examinateur et maintenant examinateur des examinateurs ! [Rires]
J'apprécie de ne pas être là que pour contrôler le résultat : on travaille
aussi avec les spécialistes sur le design. C'est un plaisir de travailler à
Toulouse. Vous Français êtes très rapides pour prendre des décisions et arriver
à un résultat à 85 %. Nous Allemands, allons parler, parler, parler des
heures pour avoir un résultat à 120 % mais sans jamais y arriver !
[Rires]
Par
hasard. Quand j'ai commencé ma formation de pilote d'essais en 1985, j'ai
rigolé à la maison en disant que l'étape suivante serait de devenir astronaute.
Ce n'était qu'une plaisanterie mais, quelques jours après, mon chef m'a dit
qu'il avait besoin de parler avec moi. J'étais dans son bureau 5 minutes
après et il m'a demandé : "Vous voulez être astronaute ?"
J'ai seulement répondu "Oui". C'est comme ça que tout a commencé :
en discutant avec un général qui avait entendu parler de la nouvelle sélection
d'astronautes allemands…
Je
me suis donc présenté et au bout d'un an de sélection, nous avons été 13
-sur 2 000 environ- à être retenus. Puis, 6 candidats -dont une
femme, qui a finalement quitté le groupe- ont été choisis pour préparer la
mission Spacelab-D2 à bord de la navette spatiale.
En
juin 1990, j'ai reçu un coup de téléphone qui me demandait : "Klaus,
as-tu toujours le rêve de voler un jour dans l'espace ?" J'ai répondu
"Bien sûr !" "Es-tu prêt à voler avec les Russes
aussi ?" J'ai demandé "Mais où est le problème ?"
C'était
un lundi. Le mardi, j'étais à Cologne pour une prise de sang. Le mercredi,
j'étais entouré par 26 médecins, aux visages tous très sérieux, sauf un,
qui avait de l'humour. Il m'a demandé : "Auriez-vous un peu de temps
samedi prochain ? J'aimerais vous emmener avec moi à la Cité des
étoiles…" Normalement, c'était impossible pour un pilote de chasse de
pouvoir partir aussi vite pour Moscou : si j'en avais fait la demande
officielle à ma hiérarchie, j'aurais eu l'accord 5 ans plus tard !
J'ai donc simplement posé des congés et nous sommes partis le samedi suivant.
Ce fut vraiment agréable : je ne parlais pas un mot de russe mais on s'est
débrouillés, on a parlé avec les mains…
En
novembre suivant, j'étais installé à la Cité des étoiles et commençais à parler
un peu russe : je savais au moins commander une bière au bar mais me
perdais toujours dans le métro… Nous apprenions la langue avec une dame de
65 ans qui ne parlait pas un mot d'allemand et seulement 7 mois ont
été suffisants pour avoir le niveau suffisant pour partir dans l'espace avec deux Russes.
Mais c'est comme le bronzage que vous perdez si vous ne restez pas au Soleil…
Alors je ne manque aucune occasion de pouvoir parler russe ou retourner en
Russie pour des visites opérationnelles pour une compagnie aérienne, je suis
toujours là !
Avez-vous un souvenir particulier à nous faire
partager ?
Lorsque
vous arrivez sur orbite, il est déconseillé d'ouvrir le petit hublot et
regarder à travers car cela les sensations visuelles peuvent provoquer le mal
de l'espace. Mais moi, je n'ai pas pu attendre ! C'était en période de
pleine Lune. J'ai dit à Alexandre Kaléri :
"Eh, regarde ça, regarde ça !" et il m'a répondu :
"Arrête, Klaus, arrête ! Mon rêve était de devenir le premier sur la
Lune, je ne peux plus maintenant…" [Rires]
Je
pense aussi à ma formation à la Cité des étoiles avec mes collègues. Ce fut une
expérience extraordinaire. Les Russes dans leur pays sont vraiment très
agréables, ce sont les gens les plus hospitaliers du monde, c'est le top. Je
n'ai jamais connu cela dans mon pays. Peut-être un peu sur la région
toulousaine qui a l'habitude maintenant d'accueillir des étrangers.

Pour la mission Mir'92, Klaus-Dietrich Flade avait comme
doublure
son compatriote Reinhold Ewald
J'avais
presque 17 ans quand l'homme a marché sur la Lune pour la première fois.
J'avais dormi un petit peu en début de soirée et étais bien là pour le grand
moment. C'est resté gravé dans ma mémoire pour toujours. Mais jamais je n'ai
pensé alors que je voulais faire cela aussi !
Je suis toujours en possession des
gants de ma combinaison de vol. C'est tout nu chez moi et très précieux !
[Rires] Quand je donne de temps en temps des conférences, je mets mon petit
casque de cuir et mes gants pour donner une image aux spectateurs de la manière
dont on s'équipe dans l'espace. C'est simple mais efficace.
Je suis en tous cas très fier
d'avoir volé avec les Russes car leur technologie est un peu plus simple mais
elle fonctionne bien et depuis longtemps (la capsule de Gagarine n'était pas
très différente de la notre). Ca me fait penser à une autre anecdote.
Trois jours avant notre lancement, les navires de relais de communications
en mer ont été rappelés, par mesure d'économie. Cela signifiait qu'en cas de
problème pour lequel le commandant de bord n'avait pas autorité, il aurait pu
se passer près de 8 heures avant de pouvoir communiquer avec le centre de
contrôle… Nous en avons référé au grand général qui a accepté de donner davantage
d'autorité à notre commandant de bord et de réécrire certaines procédures. Cela
a été fait directement au crayon sur nos listes de procédures, en moins de
3 jours ! Vous imaginez ça aux Etats-Unis ?

Astronaute
à l'entraînement dans un simulateur Soyouz.
Il est
équipé de sa combinaison pressurisée Sokol KV-2 (en service depuis juin 1980)
dont les gants se visent aux manches.
Notez le
miroir accroché à l'avant-bras pour pouvoir regarder en hauteur facilement.
Photo ESA
Oui
et ma femme a déjà peur pour ça : si quelqu'un veut m'inviter pour
retourner dans l'espace et aller vers Mars, je suis volontaire !
Merci,
Klaus-Dietrich Flade !
Remerciements
à Serge Gracieux pour son accueil.

Avec Pif
devant la maquette de l'avion-fusée touristique d'EADS Astrium
et avec Sacha Kaléri
devant la capsule Soyouz TM-14 qui a "monté" l'Allemand et le Russe
vers Mir.
Photos Didier Capdevila
La semaine
prochaine (lundi 23 février 2009) : Thibault Raboisson