L'invité de la semaine dernière : Jean-Marc Coutant

 

LES INVITES DU COSMOPIF

 

N°154 (lundi 18 juin 2007)

 

Reinhold Ewald

9e Allemand de l'espace

www.esa.int

 

 

Reinhold Ewald lors de l'opération "Paris fête l'espace"

Photo Pif

 

Logo de la mission Mir'97

et de l'équipage du Soyouz TM-25

 

 

 

Reinhold Ewald en bref

354e sujet de l'espace

9e Allemand de l'Espace

1 vol spatial : mission Mir'97, du 10 février au 2 mars 1997

Durée de son séjour dans l'espace : 19 jours 16 heures et 34 minutes.

 

Parcours professionnel

Reinhold Ewald est né le 18 décembre 1956 à Mönchengladbach, près de Düsseldorf en Allemagne. En 1977, il obtient une licence en physique à l'Université de Cologne et mène jusqu'en 1987 des observations sur la structure et la dynamique des nuages interstellaires à l'aide du radio-télescope submillimétrique de 3 mètres de l'Université de Cologne situé à Gornergrat, en Suisse. Ces études lui permettent de terminer une maîtrise en physique expérimentale en 1983 puis un doctorat en physique en 1986, accompagné d'une licence en physiologie humaine.

 

 

L'observatoire de Gornergrat est installé dans les Alpes suisses depuis 1967, près de Zermatt, à 3 135 m d'altitude

Photo Kosma

 

 

En 1987, Reinhold Ewald rejoint la DLR, l'agence spatiale allemande, où il dirige plusieurs projets sur les sciences extraterrestres comme un observatoire stratosphérique appelé SOFIA et des expériences lancées par des fusées-sondes depuis la base d'Esrange en Suède.

 

En 1990, il est sélectionné pour intégrer le corps des spationautes allemands et participe à la mission germano-russe Mir'92 en tant que doublure de son compatriote Klaus-Dietrich Flade. Durant la mission qui se déroule du 17 au 25 mars 1002, il assure l'interface entre l'équipage et l'équipe projet depuis le centre de contrôle de Moscou.

 

      

 

Avec Klaus-Dietrich Flade, titulaire de la mission Mir'92

 

 

A son retour en Allemagne, il prend la tête du bureau des astronautes de la DLR et soutient la mission Spacelab D-2 (STS-55) qui se déroule à bord de la navette américaine Columbia en avril-mai 1993. Il devient ensuite assistant du directeur des programmes spatiaux de la DLR, en charge de la recherche extraterrestre, des vols habités et des expériences en micropesanteur.

 

Désigné pour participer à la mission germano-russe Mir'97 comme cosmonaute expérimentateur, Reinhold Ewald reprend le chemin de la Cité des étoiles près de Moscou en 1995 pour débuter son entraînement. Sa doublure est Hans Schlegel. En compagnie des cosmonautes russes Vassili Tsibliev et Alexandre Lazoutkine (qui forment le 22e équipage principal de la station Mir), il est lancé le 10 février 1997 à bord du Soyouz TM-25… un mois jour pour jour après le faux départ d'une fusée Molnya depuis la base de Plessetsk. L'amarrage automatique à Mir échoue suite à une défaillance du système de poursuite Kours. Vassili Tsibliev réalise la jonction manuellement et l'équipage retrouve les Russes Valéri Korzoune et Alexandre Kaléri ainsi que l'Américain Jerry Leninger.

 

      

 

 

Les 6 hommes vont séjourner ensemble à bord de la station durant 3 semaines et l'Allemand va effectuer 27 expériences, en biomédecine, science des matériaux, technologie et, dans la perspective de la station spatiale internationale, sur des aspects de modes opératoires (expérimentation de nouvelles méthodes de contrôle et de conseil des astronautes lors de leurs recherches en vol).

 

   

 

Le 23 février, alors qu'Alexandre Lazoutkine actionne un générateur d'oxygène auxiliaire dans le module d'astrophysique Kvant, une flamme apparaît. Très vite, la fumée se propage dans la station et oblige ses occupants à mettre des masques à oxygène. Ils essaient d'éteindre l'incendie mais deux extincteurs sont bloqués et trois autres fonctionnent mal. La décision est donc prise d'évacuer la station mais, au bout de quelques minutes, les flammes diminuent et tout rentre dans l'ordre. L'incident aura duré 10 longues minutes.

Reinhold Ewald, Valéri Korzoune et Alexandre Kaléri regagnent finalement la Terre le 2 mars 1997 à bord du Soyouz TM-24. La mission Mir'97 aura duré près de 20 jours.

 

   

 

Reinhold Ewald avait également emporté à bord de Mir 12 dessins d'enfants sélectionnés à l'occasion d'un concours organisé par la Fondation pour la fibrose kystique. Les auteurs des dessins ont ainsi pu accompagner au centre de contrôle du DLR à Oberpfaffenhofen la présidente de la Fondation, Christiane Herzog, qui s'est entretenue le 28 février 1997 avec l'astronaute allemand. Après la mission, les dessins ont été vendus aux enchères.

 

 

Après son vol, entre 1998 et 2002, Reinhold Ewald est maître de conférence à l'Université technique de Munich et intervient à l'Université spatiale de Strasbourg (ISU). En février 1999, il intègre le Corps des astronautes de l'Agence spatiale européenne et rejoint le Centre européen des astronautes à Cologne. Il est responsable des opérations des équipages de deux vols "taxi de l'ESA " vers la station spatiale internationale en 2002 (Roberto Vittori en avril et Frank De Winne en novembre) puis, responsable des opérations au centre technique de l'ESA à Noordwijk (Pays Bas), il dirige les missions de Pedro Duque (octobre 2003) et André Kuipers (avril 2004).

 

Reinhold Ewald dirige aujourd'hui la division des opérations en vol du département des opérations de l'ISS du centre de contrôle de Columbus de l'ESA près de Munich. A ce titre, il a supervisé les opérations de préparation et de vol de la première longue mission de durée d'un astronaute européen, Thomas Reiter, en 2006.

 

 

Distinctions

Reinhold Ewald a été décoré en 1992 de l'Ordre de l'Amitié russe et de la médaille russe du Courage personnel en 1997. La même année, il a reçu la Croix fédérale allemande du mérite.

Il est membre de la société allemande de physique, membre de l'association des Explorateurs de l'espace et membre correspondant de l'Académie internationale d'astronautique.

 

Reinhold Ewald est marié et père de 3 enfants. Il aime la lecture et passer du temps en famille. Il joue dans une troupe de théâtre amateur, joue au football et est ceinture noire de karaté.

 


5 questions à Reinhold Ewald

 

 

Reinhold Ewald en février 1996 à la Cité des étoiles

Photo Pif

 

 

Pourquoi avez-vous eu envie d'aller dans l'espace ?

When you enter into the selection process to become an astronaut you do it out of curiousness, spaceflight itself is only a vague possibility far in the future. The nearer you come to the actual launch the more you find out that you chose the right thing: plenty of physical and intellectual challenges with a culmination during the mission.

Quand vous entamez le procédé de sélection pour devenir un astronaute, vous le faites sans véritable curiosité, le vol spatial en lui-même étant seulement une vague possibilité lointaine. Plus vous vous rapprochez du réel lancement, plus vous trouvez que vous avez fait le bon choix : plein de défis physiques et intellectuels avec un point culminant pendant la mission.

 

 

Quel souvenir particulier gardez-vous de cette expérience ?

An intense group experience with my comrades in space and the whole team on the ground spread through three different control centres. We never rehearsed how to work together on board but it worked out fine for everybody.

Je retiens une expérience de groupe intense avec mes camarades dans l'espace et l'équipe entière au sol, réparties dans trois centres de contrôle différents. Nous n'avons jamais préparé comment travailler ensemble en vol mais cela a très bien fonctionné pour tout le monde.

 

 

 

De gauche à droite, au premier plan : Alexandre Kaléri, Vassili Tsibliev et Reinhold Ewald.

De gauche à droite, au second plan : Alexandre Lazoutkine, Jerry Linenger et Valéry Korzoune.

 

 

Quelle image de la conquête spatiale retiendriez-vous et pourquoi ?

It is still the Man on the Moon image, that was a guiding star for the generations I belong to. With today's experience about space projects we know that this almost was the most improbable thing to succeed, but it did succeed!

C'est toujours l'image de l'homme sur la Lune que je retiens, qui fut une étoile guide pour la génération à laquelle j'appartiens. Avec l'expérience que nous avons aujourd'hui dans les projets spatiaux, nous savons que c'était presque la chose la plus improbable à réussir, mais elle a réussi !

 

 

"Les photos du siècle"

Couverture de l'hebdomadaire allemand Stern Magazin du 22 août 1969.

Reinhold Ewald avait 12 ans.

 

 

De la même manière, quel serait l'objet que vous retiendriez ?

The Sokol glove from my Soyuz spacesuit. It is recognizably personal with my Russian initials on it, but still out of this world with its special design to withstand space environment.

Je choisis le gant Sokol de ma combinaison Soyouz. Il est identifiable avec mes propres initiales inscrites dessus en russe. Mais il reste tellement étrange avec son design particulier destinée à résister à l'environnement spatial.

 

 

Astronaute à l'entraînement dans un simulateur Soyouz.

Il est équipé de sa combinaison pressurisée Sokol KV-2 (en service depuis juin 1980) dont les gants se visent aux manches.

Notez le miroir accroché à l'avant-bras pour pouvoir regarder en hauteur facilement.

Photo ESA

 

 

Qu'évoquent pour vous le premier Spoutnik, Youri Gagarine et la station Mir ?

I became space educated in the Russian environment and carry a deep respect for all the people that devoted their careers to "open space for humankind" as you can still read in many of the inscriptions in Russia. And I know that most of the people did do it for something deeper than just earning money in a profession. We Western people don't go that deep emotionally in technical subjects or if we do, we make ourselves suspicious of having lost our touch to reality. Some of this original pioneer spirit still is present in the Association of Space Explorers.

J'ai été sensibilisé à l'espace dans l'environnement russe et porte un respect profond pour toutes les personnes qui ont consacré leur carrière à "l'espace ouvert pour l'humanité" comme vous pouvez encore le lire sur de nombreuses inscriptions en Russie. Et je sais que la majeure partie de ces personnes l'a faite pour des raisons plus profondes que juste gagner de l'argent. Nous Occidentaux n'entrons pas aussi profondément avec émotion dans les sujets techniques ou, si nous le faisons, nous nous soupçonnons d'avoir perdu le contact à la réalité. Cet esprit pionnier original est toujours présent dans l'association des Explorateurs de l'espace.

 

 

Merci, Reinhold Ewald !

 

Interview réalisée par mail en mai 2007

 

 

La semaine prochaine (lundi 25 juin 2007) : Alain Juge

 

 

 

 

Les coordonnées des invités ne sont communiquées en aucun cas