L'invitée
de la semaine dernière : Nelly Mognard
LES
INVITES DU COSMOPIF
N°316
(lundi 14 mars 2011)
Qui
êtes-vous, Ludovic Duvet ?
Je suis né a Arras le 1er août
1972. Ma profession est liée à l’une de mes passions, l’espace. J’habite aux
Pays bas ou je suis arrivé en 2002 pour travailler à l’Agence spatiale
européenne, plus précisément l’ESTEC, le centre technique de l’Agence. Depuis,
je partage mon temps entre ce travail-passion, ma vie familiale, la science
fiction, le sport et le bateau, mes autres passions.
Jusque
l’âge de 17 ans, je
souhaitais être professeur d’éducation physique mais mes résultats scolaires
m’ont orienté vers les
classes préparatoires et le cursus typique qui s’en suit. J’ai ainsi intégré
Supelec en 1992 et en suis sorti en 1995. Ces 5 années passées à faire des maths et de la physique (et du sport…) m’ont
décidé à pousser plus
loin dans ce domaine avec en particulier l’astronomie et l’espace. Après un DEA à
l’Observatoire de Paris et une thèse au CETP (Centre d’études des
environnements terrestres et planétaires), avec la collaboration de
l’Université de Berne (Suisse). Cette thèse m’a permis de travailler
directement sur un projet de vol, un instrument dédié à l’étude du plasma
et du gaz cométaire à bord de la
sonde Rosetta. Sitôt cette thèse achevée, je suis entre au CNRS comme ingénieur
de recherche et, un an plus tard ,une opportunité s’est offerte à moi de venir travailler à
l’Agence spatiale européenne, aux Pays-Bas. Après 3 ans passés
à travailler sur un instrument pour la sonde américaine
Stereo (lancée en 2006), je me suis orienté
vers l’étude des
technologies liées aux
détecteurs CMOS pour le visible, puis à d’autres longueurs d’ondes. En
parallèle, je travaille depuis décembre 2007sur la future mission Euclid,
destinée à l'étude de l'énergie et de
la matière sombre dans
l'Univers.
A gauche,
la sonde Rosetta et son atterrisseur Philae étudiant
la comète 67 P/Churyumov-Gerasimenko fin 2014
A droite,
la sonde Stereo réalise des images du Soleil en trois dimensions depuis
2006.
Ma
passion pour l’espace est née de la science fiction. "Génération Star
Wars", j’ai toujours dévoré avec envie tout ce qui avait attrait à l’espace mais au début plus pour le rêve que dans l’idée
d’en faire mon métier. Fasciné par les
astronautes, ce n’est que très tard que j’ai tenté ma chance. Ainsi, en 2007, j’ai posé ma candidature parmi les 10 000 autres pour faire
partie de la nouvelle génération d'astronautes européens. Même si je ne suis pas parvenu, le parcours fut honorable et
m’a apporté outre la
satisfaction d’avoir essayé, un respect
encore plus fort pour les femmes et les hommes qui ont réussi. A défaut de station spatiale ou de voyage
interplanétaire, il reste l’immensité des mers et océans sur Terre, un autre
challenge….
La
conquête spatiale est une constante succession de frustrations, joies ou
tragédies. La frustration, c’est par exemple celles de ces équipes travaillant
de nombreuses années pour un instrument et qui voient, comme pour le décollage
des sondes Mars 96 ou Cluster, leur espoir partir en fumée. La joie, c’est
celle des décollages réussies et les premières télémétries reçues comme je l‘ai
vécu sur Rosetta ou Stereo. La tragédie, liée le plus souvent aux vols habités, je l’ai entre-aperçue au
travers de l’équipage la mission STS-107, disparu lors de l’explosion de la
navette Columbia le 1er février 2003. L’équipage était venu
présenter la mission à l’ESTEC quelques semaines avant le décollage et je me
souviens en particulier du commandant Rick D. Husband, qui m’avait fait une
énorme impression par sa gentillesse et sa disponibilité…
Rick
D. Husband (1957-2003)
Malgré
ma fascination pour les astres lointains, ma photo spatiale préférée est ce
coucher de Terre depuis la
Lune. Histoire de perspective…
Mon
objet spatial préféré est la Terre. Cette petite boule bleue, perdue au milieu
d’un petit système, au sein d’une galaxie parmi d’autres, a réussi a rassembler
les conditions propices à la vie telle que nous la connaissons… A quand la première
planète extra-solaire avec des traces de vie ?
Au sujet de Gagarine, je suis assez partagé. C'est en
effet à la fois un fait remarquable car marquant le début d'une ère mais aussi
la folie liée à la Guerre froide... Ce n'est pas comme cela que j'entrevoie le
progrès...
Je
n’étais pas né mais les premiers souvenirs que j’en ai sont plus des sons que
des images, ces voix, ces phrases entrées dans l’histoire, ces bruits liés aux
communications… La réalité rejoignait la fiction ! Qu'avons nous fait
depuis ?
Mes
rêves spatiaux les plus fous sont aujourd’hui la science-fiction sous toutes ses
formes, donc sans limite…
Merci, Ludovic Duvet !
Interview
réalisée par mail en novembre 2010
La semaine
prochaine (lundi 21 mars 2011) : Michel Granger