L'invitée de la semaine
dernière : Guillemette
Gauquelin-Koch
LES
INVITES DU COSMOPIF
N°234
(lundi 27 avril 2009)

Qui êtes-vous, Bruno Dupré ?
J’ai
42 ans, je réside depuis plus de 15 ans en Allemagne dans la région
de Bade qui jouxte l’Alsace de l’autre coté du Rhin. Mon épouse est allemande
et nous avons un fils.
Je
suis cadre dans une société de service en informatique dont les activités locales
n’ont pas de rapport avec le domaine aérospatial.
Par
rapport à l’opportunité qui m’est proposée ici de dire quelques mots ayant
trait à l’activité spatiale, disons que je ne suis avant tout qu’un grand
passionné d’exploration, habité autant que robotisé, de notre Système solaire,
depuis l’orbite basse jusqu’aux confins du nuage de Oort.
J’ai
étudié à Dijon puis Nancy, d’abord un BTS en informatique industrielle puis un
parcours universitaire se concluant en 1991 par un DESS en informatique. J’ai
travaillé depuis pour de multiples sociétés de service, notamment en Alsace.
Mes fonctions actuelles consistent à satisfaire nos clients en m’assurant que
nos prestations sont réalisées avec la qualité voulue et par des équipes
compétentes et motivées…
Ma
passion a véritablement débuté un jour d’été de 1976, durant de "grandes
vacances" avec mes parents au bord du Lac Léman en Suisse. J’ai 9 ans
cette année-là. Etant logé dans une location meublée, pour m’occuper, je
fouille les armoires du propriétaire et je tombe sur une collection de Science
& Vie que je feuillette. Et je tombe sur un numéro récent, avec un
article qui attire mon attention : deux sondes, les Viking, vont se
poser sur Mars… Une illustration montre, si ma mémoire ne me joue pas de tours,
la sonde ralentir sous le jet de ses rétro-fusées. Le ciel est bleu au dessus
d’un paysage désertique et il me semble apercevoir une ou deux touffes d’herbe…
J’apprends que ces engins ont été envoyés en reconnaissance afin de savoir si
la vie existe sur Mars !!

20 juillet 1976 : un Viking sur Mars !
Dès
lors, je cherche à en savoir un peu plus et je commence également à lire tout
ce qui concerne le domaine spatial, son histoire et comment ça marche là-haut.
Je commence à découper et collectionner toutes sortes de photos et articles de
presse. Voilà, c’est fait, ma passion est née ! Elle ne me quittera plus.
Mes
parents se sont inquiétés de ce soudain engouement au début. Moi, je n’attends
plus que des nouvelles à la télé (N&B) et dans les journaux. Et puis les
premières images de la surface de Mars nous parviennent… ce sera vers le
21 juillet 1976. Depuis cet été, il ne se passe pas un jour sans que je ne
me plonge dans des revues, bouquins et aujourd’hui Internet bien sur, pour me
tenir au courant de l’actualité, suivre les missions en cours mais aussi
revenir sur les grands évènements passés (l’exploration lunaire avant
tout).
L'exploration
de Mars reste quand même l'élément qui me motive de plus, qui est à la base de
ma passion pour l’astronautique : je rêve, depuis tout petit donc, de voir
des hommes - des scientifiques- débarquer sur la planète rouge. 30 ans
après, ces projets étant encore et toujours pour dans 30 ans, je me suis
vite rendu compte que les rovers MER allaient devenir une petite consolation
(en attendant, je ne perds pas encore espoir). Et cela a dépassé mes
espérances : force est de constater que Spirit et Opportunity ne sont rien
de plus que deux explorateurs -avec des yeux et des mains de
deux astronautes géologues. Quotidiennement, je suis leurs aventures sur
le Net : grâce aux sites officiels par ci, aux blogs par là (Unmannedspaceflight) et surtout
à la possibilité d'accéder en direct aux dernières images, d’en composer des
panoramas. J'ai le souvenir de tout ce qu'ils ont accompli en 5 ans et
j’ai un peu l’impression d’être réellement sur Mars chaque soir !
En fait, un autre article de journal consacré aux sondes Viking avait déjà attiré mon attention dès 1975, à l'âge de 8 ans. Ce devait être également pendant les vacances d’été et j'apprenais alors que des sondes venaient d'être envoyées vers Mars (les Viking certainement). Je me souviens très bien avoir posé la question : "Papa, il y a des hommes à bord ?". Pourquoi cet article m’a-t-il attiré et pourquoi je me souviens d’avoir posé cette question ? C'était en tous cas annonciateur car, un an plus tard, je me suis passionné, et pour toujours, pour l’exploration spatiale.
Plus
près de nous, je garde évidemment un souvenir fort lié à l’atterrissage des
sondes américaines Spirit et Opportunity en janvier 2004 (et Phoenix, encore
plus récemment). Découvrir pour la première fois les images du paysage
entourant ces sondes a été et pour toujours le plus grand moment. Comme
découvrir la première photo du sol de Titan ou les Twin Peaks de la mission
Pathfinder. Tout ça en direct bien entendu.
Je
me souviens enfin de la destruction tragique de la navette Columbia en février
2003. Sa mission avait été peu intéressante, après plusieurs vols de navette
productifs dans le cadre de la construction de l’ISS : pas d’EVA par
exemple, et des journées répétitives. Pourtant, comme d’habitude, j’ai
enregistré -tout en le visualisant- le flux NASA-TV pour la postérité, y
compris l’atterrissage. Je n’écoutais que d’une oreille discrète… avant de me
rendre compte que quelque chose clochait. J’avais suivi la mission de cet
équipage pendant 16 jours et je commençais à tous les connaître un peu.
Cela a été un moment difficile. C’est devenu un souvenir fort pour moi.
Je retiens le symbole de la
réussite des rovers Spirit et Opportunity. Imaginez : vous vous êtes posé
sur Mars et, après avoir exploré les alentours, vous entreprenez de gravir une
montagne. De là-haut, vous contemplez la plaine, des impacts de cratères
disséminés, des mesas et autre plateaux et puis, au loin, une barrière
gigantesque qui n’est autre qu’un rempart météoritique : celui de Gusev.
L’exploration spatiale, c’est ça !

Spirit, 214è sol (jour martien).
Mosaïque d’images panoramiques prises depuis l’un des
sommets des Columbia Hill.
Je
choisis les sondes lunaires automatiques Lunokhod lancées par les Soviétiques
dans les années 70 : parce que ce sont les premiers rovers et qu’il reste
tant d’images et de panoramas du paysage lunaire à découvrir à partir de ces
sondes. La plupart des archives photos n’ont toujours pas été publiées sur le
Net…

Image du module d’alunissage de Lunokhod 1
Je
n'ai aucun souvenir particulier, puisque je n’avais pas encore 3 ans. Mais
le simple fait de réécouter les conversions entre Neil Armstrong, Buzz Aldrin et le
capcom pendant la phase d’alunissage, le tout se terminant par "Houston,
Tranquility base here… the Eagle has landed" : quelle émotion !
Peut être plus que le fameux That’s one small step…"
J'aimerais
évidemment participer à un vol spatial ayant pour objectif l’exploration de
Mars. A la rigueur, j’accepterai aussi d’explorer quelques lunes de Jupiter et
Saturne, dans un bon scaphandre bien confortable…
Merci, Bruno Dupré !
Interview
réalisée par mail en février 2009
La semaine
prochaine (lundi 4 mai 2009) : Eric Piednoël