L'invité de la semaine
dernière : Serge
K.-Samÿn
LES
INVITES DU COSMOPIF
N°7 (lundi
12 janvier 2004)

Photo P.-F. Mouriaux
Audouin Dollfus en bref
Né à Paris le
12 novembre 1924, l'infatigable explorateur du système solaire Audouin
Dollfus est astronome honoraire à l'Observatoire de Paris-Meudon. Une grande
partie de ses travaux ont été conduits au sommet du Pic du Midi de Bigorre,
dans les Pyrénées, qu'il fréquente depuis 1945. Son initiateur fut Bernard Lyot
dont la rigueur et la générosité de l'enseignement l'ont amené à devenir un
professionnel exemplaire.
En prolongeant
l'œuvre de Lyot dans de nombreux domaines, Audouin Dollfus (licencié ès
mathématiques en 1946, diplômé d'études supérieures de physiques en 1947,
attaché de recherches au CNRS en 1948 et assistant à l'Observatoire en 1949) a
développé des innovations techniques qui ont ouvert sur des observations
nouvelles. Ses recherches, exposées dans plus de 300 publications
scientifiques, portent sur l'astrophysique des corps planétaires et sur le
Soleil.
En 1955, il
déterminait la nature du sol de Mars. En 1966, il découvrait Janus, le dixième
satellite de Saturne et en 1979, l'anneau extérieur de Saturne. La sonde
soviétique Mars-5 lancée en juillet 1973 vers la planète rouge transportait
notamment à son bord un polarimètre mis au point par l'astronome français. Fils
de l'aéronaute et conservateur du Musée de l'Aéronautique Charles Dollfus
(1893-1981), Audouin Dollfus a également été piqué par le virus des ballons,
effectuant son premier vol à l'âge de 8 ans. Il s'offrit même plusieurs
records mondiaux (durée de vol, distance parcourue et altitude -toujours
inégalés) entre 1953 et 1955. Précurseur, il effectua des observations
astronomiques en ballon entre 1951 et 1959.
Le Professeur
Dollfus est titulaire de nombreuses distinctions dont le prix Janssen, la plus
haute distinction de la Société Astronomique de France, le diplôme Tissandier
de la Fédération aéronautique internationale et le Grand Prix de l'Académie des
Sciences.
Qui êtes-vous, Audouin Dollfus ?
Astronome
Honoraire et Président de l'observatoire de Triel, je suis engagé dans la
pratique de la recherche astronomique et le travail dans les observatoires.
J'ai d'abord été Astronome Assistant, puis Aide, puis Adjoint, puis Titulaire
et finalement Honoraire. Je m'attache à développer l’Astronomie,
particulièrement les connaissances sur les planètes et le système Solaire.
L’œuvre à accomplir englobe tous les aspects de la personne qui s’y adonne.
Ma
première observation de la planète Mars dans une lunette astronomique, en 1941,
compte parmi mes souvenirs forts.

Extrait
de 50 ans d'Astronomie (p.2) : "Pour la première fois de
ma vie, le 14 juillet 1941 à 20 heures TU, j'observai la planète Mars
"avec une grand lunette". C'était, en compagnie de Jean Dragesco,
avec la lunette de la rue Serpente dont l'objectif mesurait 153 mm de
diamètre ! Le grossissement me parut énorme ; il atteignait 200. Je fus
émerveillé. En écrivant ces lignes 50 ans plus tard, je conserve comme
gravée dans mon champ de vision cette première image du disque de Mars, ciselé
de fins détails, ce 14 juillet 1941."
Je
retiendrais le premier panorama du paysage sur Mars recueilli à la surface de
l’astre par la sonde spatiale américaine Viking-1 le 20 juillet 1976.

Le
premier cliché panoramique jamais envoyé depuis la surface de la planète Mars
le 20 juillet 1976. L'heure locale est la fin de l'après-midi. Cette vue
réalisée par la caméra 2 de Viking-1 couvre 300 degrés. Elle dévoile la
région de Chryse Planitia, peu de temps après l'atterrissage. Au premier
plan, des instruments de l'atterrisseur ; les cailloux visibles au centre
mesurent entre 10et 20 cm de large tandis que l'horizon est distant
d'environ 3 km.
J’aime
bien la petite nacelle étanche surmontée d’un télescope, que j’avais conçue et
utilisé pour faire des observations astronomiques en ballon en 1959.

Envol
d'Audouin Dollfus à bord de sa cabine d'observation astronomique le
22 avril 1959
Collection
Audouin Dollfus
|
Photo P.-F. Mouriaux La cabine d'Audouin Dollfus a été restaurée en 2002 par les
ateliers de restauration du Musée de l'Air et de l'Espace, où elle est aujourd'hui
exposée. |
La cabine d'observation astronomique d'Audouin Dollfus a été
construite entre 1957 et 1958. Il s'agit d'une sphère d'aluminium de
1,2 mm d'épaisseur, très légère (42 kg), recouverte de polystyrène
mousse de 2 cm d'épaisseur. Son diamètre est de 1,80 m. A son
sommet, un télescope Cassegrain de 50 cm de diamètre est installé. La
masse totale de l'ensemble est de seulement 105 kg. Pour sa
construction, Audouin Dollfus bénéficia notamment du soutien d'ingénieurs de
"l'Aluminium français", du Centre technique de l'aluminium et de
l'observatoire de Meudon. Pour les essais à vide et à froid, il fit appel au
Centre d'essai des moteurs et hélice, sous le contrôle de médecins et
techniciens du Centre d'études de recherche en médecine aéronautique. Le vol était à l'origine destiné à déceler de la vapeur d'eau
dans l'atmosphère de Mars. Il était prévu pour le mois de décembre 1958 mais
fut repoussé du fait de vents très forts qui soufflèrent jusqu'aux fêtes de
Noël. Le 22 avril 1959 se présenta favorablement, aussi bien pour les
conditions météorologiques que pour les conditions astronomiques,
l'observation de Vénus remplaçant celle de Mars. Pour la préparation de l'envol sur la base de Villacoublay, un
soutien était cette fois apporté par le Génie de l'Air et la Météorologie
nationale. Pas moins de 34 personnes -et notamment l'aéronaute Charles
Dollfus, père d'Audouin- furent réquisitionnées pour le gonflement des
ballons à l'hydrogène. L'opération dura 3 heures. L'astronome aéronaute -alors âgé de 35 ans- et son
singulier aéronef s'envolèrent à 20h10, attachés à une colonne de
104 petits ballons en caoutchouc assemblés par grappes de 3, dressée sur
près de 500 m. La cabine atteint l'altitude de 14 000 m en un
peu plus de 2 heures. Elle permit au savant aventurier d'effectuer des observations
de l'atmosphère terrestre et de la Lune. Elle retrouva le sol près de
Prémery, dans la Nièvre, un peu plus de 5 heures après son décollage, à
1h16 du matin. Le retour s'était effectué en larguant quelques ballons à
l'aide d'un dispositif radio-électrique, les ballons restants faisant office
de parachute. |
J’espère
que tous mes rêves spatiaux restent bien contrôlés par le bon sens et la
mesure.
Merci, Audouin Dollfus !
A lire
50 ans d'Astronomie, le témoignage d'Audouin
Dollfus sur sa carrière. Collection Comprendre l'Univers, EDP Sciences, Paris,
1998 (190 pages)
Observations astronomiques en ballon libre, articles
d'Audouin Dollfus parus dans l'Astronomie en janvier 1989 (pp. 5 à 21) et
février 1989 (pp. 55 à 71)
Pilâtre de Rozier, premier navigateur aérien,
première victime de l'air, une étude historique passionnante d'Audouin Dollfus.
Association française pour l'avancée des sciences, Paris, 1993 (140 pages)
Un siècle d'astronomie, une sélection effectuée par
Audouin Dollfus des articles les plus pertinents de la revue l'Astronomie au
XXe siècle. Société Astronomique de France/Vuibert, 2003 (500 pages)
Dans l'ouvrage collectif Au plus près de la planète Mars,
Audouin Dollfus signe trois chapitres : "La
planète Mars à l'observatoire du Pic du Midi", "Mars : avec le polarimètre"
et "Mars : pour rechercher la
vie". SAF/Vuibert, 2003, (300 pages).

Le 19 avril 2002, Gilles Dawidowicz,
Jean-François
Clervoy et Bertrand
Piccard
étaient venus rendre hommage à Audouin Dollfus au Musée de l'Air et de l'Espace
Photo Corine Mouriaux
La semaine
prochaine (lundi 19 janvier 2004) : Christian Lardier
