L'invité de la semaine
dernière : Séverine
Klein
LES
INVITES DU COSMOPIF
N°85
(lundi 26 septembre 1985)
Docteur en électronique

Qui êtes-vous, Cyril Descharles ?
Je suis né en 1977 à Paris et j'ai
passé la plus grande partie de ma vie dans la région parisienne. J'ai eu la
chance d'avoir été sensibilisé à la technique relativement jeune... en partie
avec les Légos. Je reproduisais alors toutes sortes de machines. En particulier
les avions (lors des retours de voyage) et les fusées après les expéditions au Musée de l'Air et de l'Espace du
Bourget. A présent, j'ai 28 ans, je cultive toujours la passion des
techniques et je crois en l'humain.

Module
lunaire et navette réalisés en Légos
Outre mon intérêt pour tout ce qui
est créé par l'homme, j'aime voyager et découvrir les habitants de cette petite
planète. J'ai récemment découvert mon goût pour la photographie que je pratique
en amateur avec un modeste petit appareil numérique que l'on ma offert.
En tout état de cause, je ne cesse
d'imaginer que la science permettra de faciliter la vie de l'homme directement
ou indirectement, que ce soit les avancées qu'elle engendrera mais aussi, de
manière plus universelle, par la rigueur et la méthode qu'elle impose dans
l'analyse d'une situation ou d'un problème.
Quel a été votre parcours professionnel ?
Après avoir passé un Bac E, ne
voulant pas intégrer une classe préparatoire, j'ai entamé un long cursus
universitaire à l'Université Pierre et Marie Curie. Ce cursus a été pour moi
l'occasion de découvrir des domaines des sciences qui restaient, jusque-là,
flous ou inconnus... Toutefois, après avoir suivi un parcours de physicien,
j'ai choisi de focaliser mon attention sur l'électronique hyperfréquence et les
télécommunications.
J'ai achevé mon cursus par la
préparation d'un doctorat, dont le sujet était lié à la réalisation d'un
système de détection d'ondes millimétriques. Ces 4 années de thèse m'ont
permis, outre des avancées sur le plan scientifique, de mieux me connaître, de
découvrir des ressources que je n'imaginais pas... A l'heure de la rédaction de
la thèse, je suis parti une année à l'université de la Réunion pour y enseigner
et travailler sur le transport d'énergie sans fil sous des cieux lumineux.
Finalement, j'ai terminé mon parcours d'étudiant en octobre 2004. Je tiens à
préciser que le sujet de recherche soutenu par l'équipe de l'université de la
Réunion, que j'avais abordé durant mon stage de maîtrise, me tient à cœur car
il me semble fondamental de s'interroger sur les futures énergies à une époque
où nous sommes, très probablement, à l'aube de graves crises énergétiques. De
plus, ce séjour d'une année a été l'occasion de découvrir un petit morceau de
terre formidable, que ce soit par ses paysages ou sa culture (ses cultures).
Enfin, pour des raisons
personnelles, j'ai décidé de revenir sur Paris, pour réfléchir sereinement à
mon avenir en étant dans un environnement que je considère être plus propice à
ce type de réflexion.
A présent, je viens
tout juste de "décrocher" mon premier emploi dans l'industrie :
je m'occupe de l'intégration de systèmes de communication sur des avions. Cette
période est l'occasion de m'ouvrir sur différents sujets, même si je continue à
entretenir des échanges avec la communauté scientifique. Finalement, j'ai toute
latitude pour imaginer le futur !
Quelle est votre passion, comment est-elle née, comment la
vivez-vous ?
Ma passion pour les sciences et
techniques est probablement associée à mon éducation, cette passion a été
indéniablement attisée par la découverte des objets volants dans ma jeunesse.
Toutefois, je pense que nous vivons une époque riche en progrès techniques mais
pauvre en même temps. Imaginez que l'exposition universelle de 1900 a été l'une
des plus riches : constructions de monuments en mettant en œuvre les
dernières innovations techniques, course à l'innovation des différents pays
participants, large médiatisation... La découverte des techniques, la soif de
compréhension était, à cette époque, partagée par la majorité du public. A
l'heure actuelle, il semble que ce ne soit plus le cas. Pour preuve, demandez à
une personne ce qui pour elle constitue une avancée importante… La question
semble ardue et pourtant, les réponses fourmillent. Par exemple : dans les
séries télévisées d'anticipation qui nous projetaient dans le 21e siècle
où l'un des objets le plus généralement mis en évidence était le transmetteur
individuel portatif. A l'heure actuelle, la majorité des personnes des pays
développés possèdent un téléphone portable, un concentré de technologies qui
renvoie les calculateurs utilisés lors des missions lunaires à l'age de
pierre ! Et pourtant, cet objet n'est pas ressenti comme un élément de
prouesse même s'il permet de rentrer en communication, d'obtenir toutes les
informations désirées de façon immédiate où que l'on se trouve… De ce point de
vue, l'humanité a avancé très rapidement, plus rapidement qu'imaginé au milieu
du 20e siècle et cela devrait me permettre de vivre pleinement
ma passion. Hélas, ce n'est pas tout à fait le cas. Je trouve l'évolution
triste car, sans intérêt du public pour les sciences et techniques, seuls les
intérêts économiques et guerriers induisent, à mon sens, une évolution
technique de notre humanité... Toutefois, je reste optimiste, à l'heure où
l'homme sait empiler les atomes pour créer de nouveaux dispositifs : ce
sont peut-être les avancées les moins perceptibles qui induisent les
changements les plus importants !
Pour ce qui est de l'espace, cette
passion a été développée lors de ma rencontre avec la section benjamine du
Cosmos Club de France à laquelle j'ai adhéré au début des années 90. Cette
période a été plus que prospère et m'a définitivement donné le goût de
l'espace : je me suis nourri des histoires spéciales de Monsieur Ducrocq
et de Christian Lardier,
des visites organisées par Pif et des expériences que nous avions conçues et
que Claudie
Haigneré avait testées lors de la mission franco-russe Cassiopée à bord de
la station Mir.

L'expérience
Dédale, conçue et réalisée par Cyril Descharles,
est testé
par Claudie Haigneré à bord de la station Mir en 1996
Quelle anecdote ou souvenir fort souhaiteriez-vous nous faire
partager ?
Un moment fort sans équivoque est
le jour où, encadré par les seniors du Cosmos Club de France, la section
benjamine du C2F a rencontré pour la première fois Claudie Haigneré afin
d'envisager la réalisation d'expériences qu'elle emporterait lors de son voyage
cosmique !

Rencontre
avec Claudie Haigneré à Europe 1 en 1995
La
spationaute discute avec Albert Ducrocq et Cyril Descharles se trouve au fond,
aux côtés de Benjamin
Sebag
Photo
Romulad Oumamar
Quelle serait votre photo spatiale ou astronomique préférée et
pourquoi ?
Pour ce qui est de mon image
favorite, disons qu’il pourrait y en avoir des milliers car chaque découverte
ou évènement spatial amène son lot d’images magiques.
Toutefois, au moment auquel je
réponds à cette interview, j'apprends, par une visite fortuite sur le site du
JPL, qu'une planète extra-solaire a été photographiée (dans l'infrarouge).
L'image présentée est une vue d'artiste de la planète à côté de son étoile.

De la même manière, quel objet spatial retiendriez-vous ?
J'ai choisi le disque embarqué sur
les sondes Voyager, support sur lequel sont gravé les informations destinées à
présenter notre Humanité. Les deux sondes Voyager ont à présent quitté le
Système solaire. Je trouve fantastique d'avoir imaginé un système de transmission
de l'information universel. De plus, l'universalité du message ainsi que le
procédé de transcription laissent rêveur à une époque où se posent les
questions paradoxales de stockage pérenne de données.

Que représente pour vous le personnage de Youri Gagarine ?
En fait, je n'étais pas né lorsque
Youri Gagarine a pu admirer notre planète... Pour moi, il représente l'espoir
et la fascination. L'espoir car son vol a suscité, je pense, des vocations pour
les sciences et il a ouvert de nouvelles portes... La fascination car son vol a
sans aucun doute réuni les hommes autour d'un rêve commun.
et la station Mir ?
La station Mir ! Génial outil
créé par les hommes qui a permis de fabuleuses rencontres... En plus, elle
avait un nom symbolique !
Quel serait votre rêve spatial le plus fou ?
Je rêve que l'on puisse déterminer
une base de décomposition pour pouvoir identifier la fonction d'onde d'un
Humain. D'avoir la possibilité d'étendre la mienne afin de pouvoir me trouver
statistiquement à n'importe quel endroit de l'Univers. Enfin, de pouvoir
maîtriser les conditions aux limites afin de pouvoir déterminer en quel lieu je
pourrais recomposer ma fonction d'onde...
Toutefois, j'aimerais aussi voir
les gens s'intéresser au fonctionnement des choses. Ce qui n'est plus le cas si
l'on se réfère aux médias : la culture -et en particulier celle des
sciences- semble en déclin... à une époque où les maîtres mots sont profits
rapides, rationalisation, rentabilité maximum... Ces valeurs portées par la
société contemporaine me semblent en contradiction avec l'esprit d'ouverture à
la culture qui, au contraire, impose un investissement personnel sans objectif
précis.
Merci, Cyril Descharles !
La semaine
prochaine (lundi 3 octobre 2005) : Claude Salmon