L'invité de la semaine
dernière : Mourad
Cherfi
LES
INVITES DU COSMOPIF
N°55
(lundi 7 février 2005)
Auteur des
livres Cosmonautes de Chine et La Chine veut la Lune

Qui êtes-vous, Philippe Coué ?
Je
suis né le 8 février 1965 à Malestroit, une petite commune du Morbihan, au
Sud de la Bretagne. Parisien depuis 1969, je réside actuellement à
Issy-les-Moulineaux, dans les Hauts-de-Seine. Mon emploi du temps est partagé
entre la famille (marié et deux enfants), la vie professionnelle et le
"travail spatial privé".
Quel a été votre parcours professionnel ?
Après
un "essai" dans l'informatique de gestion chez Matra, j'ai rejoint
Dassault Aviation en septembre 1989. J'ai occupé plusieurs postes dans les
domaines de l'informatique, de la gestion, de l'information, puis de la
communication. Dans ce cadre, j'ai réalisé plusieurs incursions dans l'univers
des puissances spatiales confirmées (Etats-Unis, Russie, etc.) et émergentes
(Corée du Sud, Chine, etc.).

Philippe Coué est régulièrement interrogé par les médias au sujet
de l'actualité spatiale
(lancements de capsules Shenzhou, du SpaceShipOne.)
Ma
passion pour l'astronautique -et l'espace en général- est née un après-midi
pluvieux d'avril 1979. Ce jour-là, j'ai découvert un film qui allait
profondément orienter mes études et ma vision du monde : 2001,
l'odyssée de l'espace. Dans les mois qui ont suivi, j'ai découvert la
science-fiction et les actualités spatiales dans les médias (à l'époque, il y
avait les "directs" émouvants avec les cosmonautes de Saliout-6 et
surtout l'exploration de Jupiter et de ses satellites par les sondes Voyager).
J'ai aussi cessé la lecture des magazines ados pour Air et Cosmos.
Pour
moi, l'astronautique apporte une nouvelle esthétique à l'exploration et conduit
l'aventure au seuil de l'infini. Les perspectives sont époustouflantes !
Assurément, l'exploration de l'Univers et l'exploitation des gisements spatiaux
prendront une place de plus en plus importante dans les activités humaines.
Aussi, conscient d'appartenir à une génération unique qui est née avec l'ère
spatiale, j'ai toujours souhaité, depuis 1979, participer davantage à cette
grande aventure. Un quart de siècle plus tard, mon souhait a largement été
exhaussé.

Avec Pif au Congrès international d'astronautique de Toulouse en
octobre 2001,
sur le stand Dassault mais jamais très loin du stand chinois
Photo Anne-Laure Huet
En
1983, Europe n°1 et l'Agence spatiale européenne avaient organisé un concours
intitulé "Ciel et Spacelab" pour valoriser le premier vol du Spacelab
auprès des jeunes. Dans ce cadre, j'avais proposé d'illuminer le méridien de
Greenwich pour qu'il soit observé par les astronautes depuis la navette. Cette
idée fut retenue et réalisée avec la contribution d'un nombre incroyable de
bénévoles et d'Alain Souchier. Elle et m'a permis d'assister au départ de la
navette Columbia le 28 novembre 1983. L'allumage des moteurs et l'ambiance
sonore du vaisseau spatial américain au décollage constituent, aujourd'hui
encore, l'une de mes plus grandes expériences. L'envol de la navette vers le
firmament a renforcé ma conviction sur l'utilité du vol spatial habité pour
accélérer le progrès technique et célébrer l'homme.
Les
participants du concours "Ciel et Spacelab" rejoindront aussi le
Cosmos Club de France d'Albert Ducrocq.

Une poussée de 3 400 tonnes au décollage, soit 40 millions de
chevaux
NASA
Mon choix porte sur deux photos.
Tout d'abord, la vallée de Taurus Littrow photographiée par les astronautes
d'Apollo-17. La jeep et le module lunaires illustrent parfaitement le niveau de
connaissance et de technologie atteint par la civilisation à la fin du deuxième
millénaire.
NASA
Ensuite, la rentrée dans
l'atmosphère de la navette Columbia en novembre 1982 (mission STS-5). Les
images prises par Joseph Allen sont saisissantes et l'ambiance technique fait
écho à la vision de la cabine de l'Orion-III dans 2001, avec la réalité
en plus..

Vues extraites du film 35 mm tourné depuis l'arrière du
"Flight deck" (poste de pilotage)
lors de la rentrée dans l'atmosphère de la navette Columbia le
16 novembre 1982 (vol STS-5).
On distingue à droite le casque du pilote Robert Overmyer et à
gauche celui du commandant de la mission Vance Brand.
Je retiens le Lunar
Rover de Boeing, sans commentaire.

Diorama du Space Center de Houston, au Texas
Photo Pif
Côté icône russe, Gagarine évoque pour moi la jeunesse, le courage et l'abnégation. Cet événement lance aussi la course à la Lune. Mais le vol de Vostok-1 illustre, selon moi, le dernier triomphe d'un système politique dangereux et utopique qui mettra encore 30 ans à s'écrouler.
Le souvenir le plus marquant au
sujet de Mir concerne les premières images TV de l'intérieur avec Leonid Kizim
et Vladimir Soloviev. J'avais alors reproduit à la hâte le nouvel aménagement
du bloc de base (avec sa table, ses "chambres", etc.) pour le
bulletin Orbite du Cosmos Club De France. Cette station a été l'objet
d'une vraie passion au sein du C2F. Avec Christian Lardier
et Claude Wachtel, on a beaucoup oeuvré à l'époque pour diffuser de
l'information sur cette datcha cosmique (bulletins spéciaux, dossier de presse,
etc.). A la fin des années 1980, l'URSS semblait éternelle et Mir était son
joyaux.

Le pupitre
de commande de Mir dessiné par Philippe Coué en 1986 pour le bulletin Orbite
Sans
aucun doute, je rêve d'aller dans le cosmos pour contempler la Terre et
ressentir tous les effets du vol spatial (accélération, apesanteur, etc.) en
évitant la très longue formation des astronautes professionnels. La solution
consistera certainement à réserver sa place sur un véhicule suborbital. Bien
sûr, il s'agit encore d'un rêve fou mais des signes encourageants nous parviennent
du désert de Mojave depuis que le SpaceShipOne a effectué avec succès ses trois
incursions dans l'espace en 2004. Alors, patience, patience dans l'azur..

Le SpaceShipOne, vainqueur du X-Prize
Photo Scaled Composites
Merci, Philippe Coué !
Interview
réalisée par mail en janvier 2005

Cosmonautes de Chine
est paru chez L'Harmattan en 2002
La Chine veut la Lune
est paru chez en A2C Medias en 2007
La semaine
prochaine (lundi 14 février 2005) : Dan Oates