L'invitée de la semaine
dernière : Laure Salès Deschamps
LES
INVITES DU COSMOPIF
N°252
(lundi 12 octobre 2009)

Qui êtes-vous, Nicolas Chateauneuf ?
Je suis journaliste à la rédaction de France 2. Je
suis né à Vannes il y a 33 ans et j’ai donc grandi au bord du Golfe du
Morbihan, une région dont la lumière, les paysages et les gens me manquent, car
je vis à Paris.
Je traite les sujets qui tournent autour des
sciences et de l’environnement, au sens large, et je travaille beaucoup pour
les journaux de 13h et 20h. Je présente parfois les éditions de Télématin et je
participe aussi à certains magazines de la rédaction. J’ai une vraie
chance : celle de pouvoir réaliser des reportages sur des thèmes souvent
passionnants, en France comme à l’étranger, dans les airs, sous l’eau ou dans
les tréfonds de la Terre…
Etudiant,
j’ai été correspondant pour le journal Ouest-France. J’ai fait aussi un
peu de radio : d’abord comme chroniqueur de musique classique sur une
radio locale, puis comme animateur sur une radio étudiante, à Rennes.
Après
mes études d’Histoire, j’ai intégré l’école de journalisme de Strasbourg. Puis
j’ai choisi la télévision. Je suis entré à France 2, où j’ai pu faire des
rencontres extraordinaires, des reportages dans des contrées (très) lointaines,
des directs sous adrénaline et bien d’autres choses encore. Et c’est comme ça depuis
9 ans.
J’ai quatre péchés mineurs : la musique,
le cinéma, l’histoire et la science-fiction.
Pour ce qui est de la science-fiction, je dois bien
avouer que je la dévore, à toutes les sauces. Dans les livres, d’abord :
Isaac Asimov, Frank Herbert, Arthur C. Clarke,
Philip K. Dick, Robert Silverberg, Clifford Simak, Dan Simmons, mais aussi les
français Bordage, Barjavel...
Au
cinéma, je voue un culte à Ridley Scott, qui a donné au genre deux chefs
d’œuvre : Blade Runner et Alien. Et puis, comme tous ceux de
ma génération, j’ai été nourri de l’imaginaire de Star Wars. A
7 ans, j’ai découvert les sabres lasers, les destroyers stellaires et la
guerre sur Hoth, dans L’Empire contre-attaque [voir les portraits de Kenny Baker et Dave Prowse]
Sinon, je pratique facilement le salut vulcain. Je me suis entraîné des années pour y arriver. Bref, j’aime Spock, l’infréquentable baron Harkonnen, les Doryphores, le Gritche, Miles Vorkosigan, Hal 9000, Rama et tous les autres.
Alors,
avec un tel fond, je ne peux qu’être fasciné par l’espace, rêver aux étoiles,
aux planètes et à l’immensité de l’univers. Histoire de me donner le vertige.
Je
garde un souvenir épique d’un de mes reportages sur les vols paraboliques
organisés par le CNES et l’ESA. J’étais très excité à l’idée de monter à bord
de l’A300-Zero G. Un avion incroyable, entièrement conçu pour effectuer des
vols extrêmes au-dessus de l’Atlantique, pendant lesquels on recrée, par
tranches de 25 secondes, une apesanteur artificielle. Une expérience rare
et unique.
A
bord, Philippe Perrin, ancien astronaute, et Vladimir Pletser,
spécialiste de l’ESA, me donnent quelques conseils pour apprivoiser l’absence
de pesanteur. Dans la cabine capitonnée -pour éviter les collisions- plusieurs
équipes de scientifiques s’apprêtent à mener leurs expériences. Celles-ci sont
très variées : dans un coin, Philippe Perrin va tester le futur rameur de
la station spatiale. Au fond, une équipe bordelaise tentera sur un rat la
première opération de chirurgie en micropesanteur. Une autre équipe étudie le
"mal de l’espace", et les effets de la micropesanteur sur l’oreille
interne.
Mais
tous n’iront pas jusqu’au bout.
Une
fois l’avion en vol au-dessus de l’Atlantique, les choses sérieuses
commencent : les pilotes braquent l’avion à 48 degrés vers le ciel
puis entament un piqué vertigineux vers l’océan. Dans la cabine de pilotage,
les alarmes ont beau retentir, les pilotes m’impressionnent par leur calme et
leur maîtrise absolue de l’engin.
Au
sommet de cette trajectoire parabolique, 25 secondes de liberté absolue.
Avant et après, c’est l’enfer. Le corps pèse très lourd, le moindre mouvement
vous donne envie de vomir. Après chaque parabole, les rangées de fauteuils
réservées aux "malades" se remplissent un peu plus.
Trente fois,
j’éprouve le même plaisir de l’apesanteur. Je mène mes interviews au plafond,
je virevolte la tête en bas. Je prends confiance.
Avant
la dernière parabole, Vladimir Pletser me lance un défi : "Si tu veux
vraiment être un astronaute, me dit-il en plaisantant, tu dois faire le test du
ballon. Tu te roules en boule, tu te laisses faire et surtout, tu n’ouvres pas
les yeux."
Un
peu inquiet, j’obéis. La dernière parabole commence : je m’enroule autour
de mes genoux, je ferme les paupières. Je sens des mains m’agripper et me
lancer avec énergie dans toutes les directions possibles. Et bien sûr, je finis
par commettre l’erreur absolue : j’ouvre les yeux. Le décor se met à
bouger dans tous les sens, mon corps est balloté dans tous les coins. Je suis
totalement désorienté.
A
la fin de la parabole, je suis secoué. Pendant trente secondes, je donne
le change tout en sachant que je ne pourrai éviter de rendre une partie du
contenu de mon estomac. Je lorgne sur un sac, l’agrippe et le remplis en douce.
Mais j’ai compris la leçon : j’ai désobéi et j’ai été puni !
J’ai
alors repensé aux astronautes, aux longs entrainements qu’ils doivent subir
avant d’être opérationnels. A leur patience, leur opiniâtreté, leur mental en
béton armé. Bref, depuis cette expérience, je les admire encore plus !

Il y a beaucoup. Mais récemment, je suis tombé sur
celle-ci.
En avril 1972, John Young et Charles Duke, de la
mission Apollo 16, passent trois jours à explorer les hauts plateaux
lunaires. Au milieu de paysages fantastiques, entre deux virées en jeep
lunaire, ils récoltent des kilos d’échantillons de roches. Avant d’entamer le
voyage du retour, Charles Duke dépose une photo de sa famille, protégée dans
une pochette plastique, sur le sol lunaire. Et prend ce cliché bouleversant. La
photo est toujours là-haut…

Je choisis le
télescope spatial Hubble, bien sûr : il a révolutionné notre manière de
regarder les étoiles et sensibilisé une partie du grand public à la beauté de
l’Univers et à ses mystères.

J’ajoute aussi
les deux rovers martiens Spirit et Opportunity. Ces inlassables petits
robots étaient conçus à l’origine pour fonctionner trois mois. Ils
sillonnent depuis plus de cinq ans les sables de la planète rouge. Depuis
le début, je collectionne leurs photos, que je peux regarder pendant des
heures. Leur qualité incroyable permet presque de sentir le texture des roches,
d’imaginer les jeux d’ombres et de lumières (comme sur ces deux photos
prises à des moments différents de la journée en novembre 2006). La fin
prochaine des deux robots va me faire quelque chose…

Le même cliché d'Opportunity en fin de matinée martienne et
en début d'après-midi

Aucun,
puisque je n’étais pas né. Mais j’ai souvent ressenti, par les témoignages de
ceux qui ont vécu ce moment inoubliable, son côté fantastique et un peu
surréaliste.
Poser
mon pied sur Mars et profiter d’une belle après-midi d’été martien à
20 degrés (pas en hiver quand il fait moins 140°C) pour retirer mon casque
quelques secondes et sentir "l’odeur" d’une autre planète. Je sais,
c’est complètement fou. Mais c’est mon rêve.
Merci, Nicolas Chateauneuf !
Interview
réalisée par mail en juillet 2009
La semaine
prochaine (lundi 19 octobre 2008) : Olivier Las Vergnas
