L'invité de la semaine dernière : Axel Debruyne

 

LES INVITES DU COSMOPIF

 

N°293 (lundi 11 octobre 2010)

 

Hugo Boris

Ecrivain

www.belfond.fr

 

   

 

Photo Patrice Normand/Opale/Editions Belfond- Tous droits réservés

 

 

Qui êtes-vous, Hugo Boris ?

Je suis né à Paris il y a trente ans. Bien que j’aie passé mon enfance dans le XIe arrondissement, j’ai toujours eu du mal à me sentir Parisien. En fait, j’adore la banlieue. J’y vis depuis une vingtaine d’années. Du Sud, je suis passé à l’Est. C’est là que je vis avec ma femme et mon fils de deux ans et demi. Il vient de faire sa rentrée à la maternelle chez les petits.

 

 

Quel a été votre parcours professionnel ?

Après des études de Sciences Politiques, j’ai fait du cinéma. J’ai réalisé une dizaine de films courts. À la sortie de Louis Lumière, j’ai travaillé comme assistant réalisateur sur des documentaires. Maintenant, je travaille dans une école de cinéma le jour et j’écris la nuit. J’ai publié trois romans : Le Baiser dans la nuque (Belfond, 2005 ; Pocket 2007), La Délégation norvégienne, (Belfond, 2007 ; Pocket 2009) et enfin Je n’ai pas dansé depuis longtemps (Belfond, 2010). Dans ce dernier, je raconte l’histoire d’Ivan, un cosmonaute soviétique au début des années 1990 à qui l’on demande d’être le premier homme de l’humanité à rester plus de 400 jours en apesanteur.

 

 

Quelle est votre passion, comment est-elle née, comment la vivez-vous ?

C’est la lecture qui m’a amené à l’écriture. Je pourrais peut-être me passer d’écrire mais pas de lire. Je le précise parce que cela ne va pas forcément de soi.

 

 

Quelle anecdote personnelle ou souvenir fort lié à la conquête spatiale souhaiteriez-vous nous faire partager ?

À Baïkonour, j’ai visité le site de lancement "Energia", qui n’a servi qu’une seule fois dans les années 1980 et qui a été abandonné ensuite. Le vent sifflait dans les structures, hautes comme des immeubles de huit étages. J’entendais des couinements métalliques au-dessus de ma tête. Ça grinçait et ça travaillait comme sur un bateau. Le revêtement du sol se craquelait sous mes pas. Alors que Baïkonour est dans les terres, j’avais l’impression que le vent venait de la mer, quelque part, comme si c’était le sel qui avait corrodé les métaux. Un des anciens ouvriers du site nous servait de guide, un homme barbu d’au moins 140 kilos. Il nous a raconté qu’en creusant le cratère du déflecteur, ils ont trouvé les ossements d’hommes préhistoriques. Ils ont prévenu les autorités archéologiques, qui ont aussitôt stoppé la progression du chantier. Quand les travaux ont pu reprendre, ils avaient déjà pas mal de retard. Il fallait pourtant livrer le pas de tir à une date donnée, qui n’était pas négociable. C’est alors qu’ils ont trouvé de nouveaux ossements. Ça commençait à bien faire. Ils les ont déplacés sur le côté pour pouvoir continuer. Sauf que tout a été carbonisé le jour du lancement. Les fossiles comme le reste. Dans le béton, il nous a montré les empreintes de briques soufflées lors du décollage. C’était étrange, comme si deux civilisations s’étaient cognées ici.

 

 

 

Quelle serait votre photo spatiale ou astronomique préférée et pourquoi ?

Alfred Sauvy, l’économiste, a affirmé que c’était la marche à la Lune qui était à l’origine du mouvement écologique contemporain. Il y aurait eu un réveil écologique à partir de la mission Apollo 8. Tout simplement parce que les astronautes nous ont rapporté cette photo de la Lune stérile et hostile, au premier plan, et celle de la Terre au second, bleue, d’une beauté émouvante et finie. C’est elle, la vraie destination.

 

 

 

De la même manière, quel objet spatial vous fascine-t-il ?

Le mécanisme de capture pour la rencontre Apollo-Soyouz en 1975. Pour que l’accouplement ait lieu, il fallait chercher les fréquences compatibles, s’entendre sur le traitement des données, sur la couleur des revêtements, des phares, décider de la façon dont les deux vaisseaux allaient pouvoir se trouver dans la visée optique, fixer le diamètre du sas, homogénéiser les pressions, arrêter la langue dans laquelle ils allaient s’adresser la parole, se mettre d’accord sur les dates de lancement… Le problème, et personne n’aurait pensé à l’époque que cela puisse en devenir un, c’était le mécanisme de capture. Pour que deux véhicules puissent s’amarrer l’un à l’autre, il leur fallait un système papa-maman habituel, un cône mâle qui vienne s’emboîter dans un cône femelle. La question était de savoir qui serait passif. Autrement dit, qui allait réaliser la pièce creuse ? Vulgairement parlant, si l’un des deux empires était le mâle, lequel était sa femelle ? Les Américains ont refusé net. Les Soviétiques aussi. Ces derniers arguaient du fait qu’ils avaient mis Spoutnik sur orbite et qu’ils avaient envoyé le premier homme dans l’espace. Les Américains, eux, expliquaient tranquillement qu’ils avaient marché sur la Lune. Bref, pas question d’usiner la pièce femelle, ni pour les uns ni pour les autres. Voilà où parvient à se placer l’idée de la virilité. La solution qu’ils ont trouvée ? Une pièce de jonction bisexuée. Des organes d’arrimage comprenant une partie mâle et une partie femelle de chaque côté.

 

 

Schéma du système APAS-75 équipant les vaisseaux américain et soviétique lors de l'amarrage de juillet 1975

 

 

Quel souvenir gardez-vous de la nuit du 20 au 21 juillet 1969 ?

J’envie tous ceux qui ont vécu ce moment, je n’étais pas né ! J’ai vu les images d’archives dans leur durée réelle. Il n’y a rien à voir et pourtant le suspense est insoutenable.

 

 

Quel serait votre rêve spatial le plus fou ?

Je rêve de la découverte d’une intelligence extraterrestre.

 

 

Merci, Hugo Boris !

 

Interview réalisée par mail en septembre 2010

 

 

 

La semaine prochaine (lundi 18 octobre 2010) : Romuald Oumamar

 

 

 

 

 

 

Les coordonnées des invités ne sont communiquées en aucun cas

 

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