L'invité de la semaine
dernière : Zhai
Zhigang
LES
INVITES DU COSMOPIF
N°331
(lundi 11 juillet 2011)

Qui êtes-vous, Jérémie Benoist ?
Je
suis ingénieur au CNES (Centre National d’Etudes Spatiales) depuis 14 ans.
J’ai 38 ans, je suis marié, ma femme et moi avons
trois enfants : Clément, Cyprien et Émeline. Les deux aînés sont nés à Toulouse en 2002 et
2005, alors que la petite dernière, arrivée en 2010, est Munichoise.
Nous
sommes originaires du jardin de la France, la Touraine, et nous aimons nous y
ressourcer de temps en temps, même si nous nous considérons surtout Toulousains
et un petit peu Munichois (expatriation à Munich entre 2007 et 2011).
Avec
Toulouse, je partage deux passions fortes, qui sont le spatial et le
rugby. Le spatial, j’en ai fait mon métier et c’est une joie immense de pouvoir
participer chaque jour à cette aventure technologique qui dure depuis
60 ans. Toulouse est pour moi la capitale du spatial européen. Le rugby
est omniprésent à Toulouse, y compris au sein du CNES. J’aime partager avec
collègues et amis cette atmosphère bigarrée et ce sentiment de solidarité
propres au rugby.
Mes
autres passe-temps, quand il en reste, sont la lecture de romans de
science-fiction (anticipation) et la généalogie.
Tourangeau
d’origine, j’ai passé mon Bac C à Tours en 1991. J’ai ensuite intégré l’ESEO
(Ecole Supérieure d’Electronique de l’Ouest) à Angers en préparation intégrée
puis en cycle ingénieur avec une spécialisation en télécommunications -c'est à
cette époque que j'ai fait la connaissance de Nicolas Verdier.
En 1996, j’ai réalisé mon stage ingénieur au sein d’une PME toulousaine
(NAVOCAP) spécialisée dans les systèmes de navigation pour l’automobile afin de
réaliser un système GPS différentiel inverse. On peut encore voir cette
application fonctionner à la Cité de l’Espace de Toulouse.
J’ai
ensuite effectué mon service national en tant que scientifique du contingent à
Nancy chez ECM, une PME sous-traitante de la DGA, afin de numériser des
capteurs de détection de véhicules (application civile pour les autoroutes).
En
1997, j’ai intégré le CNES en tant que spécialiste Radio Fréquences
Télémesure/Télécommande. J’ai ainsi pu participer activement à de grandes
réalisations techniques telles que les missions SPOT 5 et HELIOS 2 et
scientifiques telles que les missions JASON 1 et 2 (Altimétrie), COROT (le
chasseur d’exoplanètes), PARASOL (Climat), CALIPSO (idem) et SMOS (idem). Ce
fut également une période passionnante du point de vue technique, avec les
études de missions martiennes françaises (NETLANDER et MARS SAMPLE RETURN)
ainsi que des missions de vol en formation (SIMBOL-X, MAX, PEGASE et ASPICS,
pour lesquelles j’étais architecte des systèmes radiofréquences.
En
2007, après 10 années de bons et loyaux services pour les communications
spatiales, j’ai impulsé un tournant dans ma carrière en choisissant
l’expatriation. J’ai rejoint l’agence spatiale allemande (DLR) et plus
particulièrement le centre de contrôle des vols habités européen à Munich. Ceci
quelques mois avant les lancements du laboratoire Columbus et de l’ATV
(Automatic Transfer Vehicule) vers la station spatiale internationale. Ce fut
l’occasion de découvrir le domaine des opérations ainsi qu’une nouvelle culture
que ce soit dans la manière de travailler que dans la vie de tous les jours.
Le
18 juillet prochain, je vais devenir chef de mission ELISA et devrai
veiller au bon déroulement des opérations de mise à poste puis de maintien à
poste de ces quatre satellites démonstrateurs pour le compte de la DGA.
Cette mission sera lancée avec le satellite PLEIADES sur le second vol de la
fusée Soyouz depuis le spatioport de Kourou, début 2012.
Ma
passion pour l'espace, je la dois un peu à deux de mes oncles qui ont su
me faire partager la leur en tant qu’ingénieur chez Thomson et mécanicien
volant chez Air Inter. J’ai eu la chance très jeune de pouvoir les observer sur
leur lieu de travail. La curiosité et la soif de connaissances ont fait le
reste. J’ai souhaité très rapidement, dès le collège, être ingénieur dans le
domaine aéronautique ou spatial. Finalement, ce fut le spatial…
Je
me souviens du lancement du laboratoire Columbus en février 2008 à bord de la
navette Atlantis (mission STS-122). J’étais alors au centre de contrôle
Columbus à Oberpfaffenhofen (Bavière). Les douze derniers mois avant le
lancement avaient été particulièrement éprouvants pour les équipes, notamment à
cause des différents reports de tir. Autant dire que l’émotion était à son
comble pendant le compte à rebours final. Puis ce fut une véritable libération
pour tout le monde lorsque les puissants moteurs à poudre de la navette
s’allumèrent (le point de non-retour). Tout le monde s’est alors mis à
applaudir (en France, on attend toujours patiemment la satellisation) et même à
pleurer, comme certains de mes collègues allemands qui travaillaient à ce
projet depuis 25 ans pour les plus anciens. Le reste du vol s’est fort
heureusement bien passé et le laboratoire Columbus a été amarré à la station
spatiale internationale quelques jours plus tard.
Je choisis cette vue de l'ATV Jules Verne approchant la station internationale, prise le 3 avril 2008 par l'équipage de l'ISS. Elle est particulièrement intéressante car on peut voir les jets (ou "plumes") des tuyères de correction d’attitude du vaisseau (à l’arrière et au-dessus).

Je
suis fasciné par la station spatiale internationale, la plus importante
réalisation spatiale à ce jour. Je retiens le véritable challenge qui est
surtout humain de faire travailler ensemble des milliers de personnes à travers
le monde avec des cultures si différentes : Américains, Russes, Japonais
et Européens. J’ai travaillé à Munich avec des ingénieurs des
cinq continents.

L'ISS sur orbite autour de la Terre. L'ATV Jules Verne est
visible au premier plan.
Pour
moi, le nom du premier voyageur du cosmos évoque le temps des pionniers. Il
faut avoir vu une capsule Vostok ou son équivalent américain, la capsule
Mercury, pour comprendre quels héros furent Gagarine ou bien Alan Shepard.
Cela
évoque également pour moi le fabuleux destin de la fusée Soyouz (Semiorka), qui
a relativement peu évoluée depuis 1951 et qui prend maintenant son envol depuis
la forêt équatoriale guyanaise.

Malheureusement,
je n’étais pas né mais c’est à chaque fois avec émotion que je revois le vol
historique de l’Eagle piloté manuellement par Armstrong au-dessus de la
mer de la Tranquillité.
Par
contre, j’aimerais bien vivre le premier pas de l’homme sur Mars…
Au-delà
de Mars et comme clin d’œil à l’œuvre d’Arthur C. Clark, j’aimerais participer
à la première mission habitée vers les lunes de Jupiter (enfin cela dépendra de
l’ordinateur de bord !). Etre satellisé autour de Jupiter doit offrir le
plus joli point de vue du Système solaire, c’est une planète captivante.

Merci Jérémie Benoist !
Interview
réalisée par mail en mai 2011
Prochain
invité (lundi 5 septembre 2011) : Roger Hodgson
