L'invité de la semaine dernière : Jean-Michel Ponzio

 

LES INVITES DU COSMOPIF

 

N°283 (lundi 7 juin 2010)

 

Yann Benétreau-Dupin

Assistant de recherche et d'enseignement en philosophie des sciences

et éducation en sciences

 

 

 

Qui êtes-vous, Yann Benétreau-Dupin ?

Je suis actuellement assistant de recherches et d'enseignement à l'Université de Boston (Massachusetts, États-Unis) où je viens de terminer un diplôme en philosophie (en particulier en philosophie des sciences), tout en étant enseignant de français. Je travaille pour un programme de formation d'enseignants de physique en histoire et philosophie des sciences (ITOP) et je travaille également au Centre d'histoire et de philosophie des sciences de Boston où j'aide à organiser les conférences. Je vis à Cambridge avec mon épouse, Arielle Moullet. Je suis aussi, de loin, bénévole de l'association Planète Sciences.

 

 

Quel a été votre parcours professionnel ?

Après avoir été plusieurs années bénévole à Planète Sciences, j'y ai travaillé comme chargé de mission pendant trois ans, au secteur Astronomie. Je me suis occupé de la gestion du télescope Jean-Marc Salomon (à Buthiers, en Seine et Marne), des formations mais surtout des opérations éducatives du secteur. À côté de l'opération "Collège et Lycée de Nuit", j'ai participé à l'élaboration et au lancement de l'opération "Arpenter l'Univers". Ces opérations ont pour but d'aider des groupes de jeunes à réaliser des projets expérimentaux, en temps de loisirs et à l'école. Elles regroupent bénévoles de l'association, animateurs de séjours de vacances ou de maisons de quartiers, enseignants, chercheurs et responsables de l'Éducation nationale. Cette opération a donné naissance l'an dernier à un recueil d'expériences astronomiques, réalisables avec peu de matériel, destiné aux jeunes et aux éducateurs, Pas à pas dans l'univers (chez Vuibert). Je ne vous dirai rien de plus sur son contenu, parce qu'il faut que les lecteurs du Cosmopif l'achètent et soutiennent les activités de l'association ! Je dirai juste que ce projet que j'ai piloté est le fruit du travail d'une vingtaine de bénévoles et de permanents du réseau Planète Sciences qui ont participé à son contenu et à sa conception, formalisant des décennies de pratiques et de savoir-faire.

 

 

Avant cela, j'ai travaillé dans des planétariums (notamment au planétarium Galilée à Montpellier) et j'ai contribué à des animations et des publications de l'Association française d'astronomie.

 

Je suis récemment retourné sur les bancs de l'école parce que je voulais réfléchir à la nature du savoir et de la pratique scientifiques. J'y ai continué à travailler sur les questions d'éducation en sciences. Je participe à la formation d'enseignants de physique, en particulier en montrant comment l'histoire de la physique, l'histoire de ses pratiques et de son évolution conceptuelle, peut fournir des outils pédagogiques aux enseignants et les aider à faire de cette discipline une matière vivante, guidée par le questionnement et l'expérimentation.

 

 

Quelle est votre passion, comment est-elle née, comment la vivez-vous ?

Ma passion est double : j'aime l'astronomie et j'aime partager cette passion. J'aime regarder les étoiles et j'aime former les gens à cette pratique.

Ma passion est née simplement : en regardant les étoiles, enfant, les nuits d'été. Puis avec un instrument, en passant des heures à regarder la surface de la Lune, en essayant de reconnaître ce que je voyais sur des cartes, de saisir au crayon les contours des cratères. Puis en club. Avoir le vertige en imaginant la profondeur de la Voie Lactée, trouver son chemin parmi les constellations en apprenant leurs histoires, ça vient petit à petit mais ça reste longtemps.

Quant à ma passion de... partager ma passion, elle est venue en même temps : en club, lors de séjours de vacances que j'animais avec mon club (à l'observatoire et ancien château d'eau d'Arçay dans le Centre) quand j'étais lycéen. Puis j'ai rencontré l'association Planète Sciences (ANSTJ à l'époque), dans une campagne de lancement de fusées d'abord. C'était à Bourges en 1997 et un certain Pif y assurait la logistique. Il m'avait enrôlé pour animer des séances de planétarium gonflable pour le public. J'avais 16 ans et étais probablement le plus jeune intervenant de la campagne... J'ai ensuite été suiveur de projets en astronomie pour des groupes de collégiens et lycéens et ces expériences m'ont appris énormément. Et m'ont apporté beaucoup de joie : accompagner des collégiens ou des lycéens dans la conception et la réalisation d'une mission d'observation pour analyser par spectroscopie la composition de l'atmosphère jovienne, ou trouver la période de rotation des satellites galiléens, c'est vraiment passionnant !

 

 

Quel souvenirs forts voudriez-vous nous raconter ?

J'ai eu la chance d'observer une éclipse totale de Soleil, en mars 2006, en Turquie, et c'était magique (je n'avais vu que des nuages en août 1999). Le temps s'arrête et c'est quelque chose d'incroyable. Qu'on s'intéresse ou non aux étoiles, qu'on ait lu sur le sujet ou non, assister à une éclipse totale est complètement effrayant. En général, je ne comprends pas la réaction qu'ont beaucoup de personnes en levant les yeux au ciel et qui disent "On est bien peu de chose" ou "On n'est qu'une poussière". Si j'avais ce sentiment, je n'aurais pas envie de regarder les étoiles, je ne suis pas maso. Mais là, c'est vraiment ce que j'ai senti devant une éclipse, surtout parce qu'on a d'un peu plus près une idée des dimensions en jeu et de l'effet immédiat qu'a une très brève occultation du Soleil (quelque chose comme 1 minute 30 dans mon cas).

Un autre souvenir fort, c'est l'éclipse du 3 octobre 2005 à Alcobendas, à côté de Madrid. Le phénomène était moins spectaculaire puisque c'était juste une éclipse annulaire. Mais j'avais aidé à organiser une observation publique où étaient venues plus de 2500 personnes ! Une vingtaine de bénévoles de Planète Sciences étaient venus prêter main forte à autant de bénévoles de Planeta Ciencias. Pendant l'observation, je n'avais pas de poste fixe, de télescope où passait le public et je passais mon temps à zigzaguer entre les télescopes et parmi les gens, pour m'assurer que l'équipement était bon, que les écoliers avaient bien un filtre solaire, etc. Une fois la totalité passée, le public s'est dispersé et moi aussi... C'était une vraie réussite et pas mal de stress. J'étais tellement crevé que je ne me suis pas rendu compte en prenant l'avion de retour, quelques heures plus tard, que j'avais une demi-douzaine de tournevis, pinces et cutters dans mes poches, ce qui m'a valu une bonne engueulade du service de sécurité de l'aéroport !

 

   

 

Photos Pif et Sylvain Rivaud

 

 

Quelle serait votre photo spatiale ou astronomique préférée et pourquoi ?

Ça serait une image Hubble Deep Field (ou champ profond de Hubble). Le télescope spatial Hubble prend un cliché (ou plutôt combine des centaines de clichés) d'une zone toute petite, et dans laquelle on ne connaît aucune source de lumière et ce qu'il en sort est un nombre impressionnant de sources lumineuses, autant de galaxies comptant chacune de quelques milliards à quelques centaines de milliards d'étoiles !

 

 

 

De la même manière, quel objet spatial vous fascine-t-il ?

Le télescope Hubble justement. Quand j'étais enfant et que je racontais que j'aimais l'astronomie, on me demandait souvent pourquoi, on n'en voyait pas trop l'intérêt ou bien ça restait un domaine obscur. Maintenant, je sais que tous les gens (ou presque) que je vais rencontrer vont avoir déjà vu des images de Hubble. C'était déjà quelque chose de l'avoir construit et placé là-haut mais en plus ces images sont utilisables par tout le monde et diffusables sans restriction ! C'était une superbe idée de marketing pour la NASA mais aussi pour l'astronomie en général. Désormais, tout le monde peut comprendre pourquoi on passerait du temps à regarder les étoiles et à chercher à comprendre comment elles fonctionnent. On se sent tous concernés, parce qu'on a tous été touchés, parce que c'est beau.

 

 

 

J'ai aussi été fasciné par l'échec de Mars Climate Orbiter, à cause notamment d'une erreur de conversion système métrique/système impérial. Vous pensez que ça pourrait suffire à ce que les Américains se mettent au système métrique mais non ! Ils utilisent la "livre par pouce carré" comme unité de pression ici !

 

 

Quel souvenir gardez-vous de la nuit du 20 au 21 juillet 1969 ?

Pour tout vous dire, je n'ai que des souvenirs très flous de cette nuit là. Je me souviens avoir fêté avec Kubrick la diffusion de son faux reportage sur l'alunissage. Quelle chouille ! Pas étonnant que je n'aie plus de souvenir de ce qui s'est passé... J'étais un des monteurs son sur ce tournage secret. Jusqu'à il n'y a pas longtemps, je ne pouvais pas en parler mais maintenant qu'a été diffusé le reportage Opération Lune en 2002, je ne vois pas pourquoi je mentirais plus longtemps.

 

 

 

Quel serait votre rêve spatial le plus fou ?

Je rêve que l'homme colonise la Lune. Parce que j'aimerais que mon investissement serve à quelque chose.

J'aimerais beaucoup aussi qu'on invente un système pour flotter sur les nuages. Dans ce cas, j'y construirai un igloo cotonneux pour y emmener ma chérie !

 

 

Merci, Yann Benétreau-Dupin !

 

Interview réalisée par e-mail en juin 2010

 

 

 

La semaine prochaine (lundi 14 juin 2010) : James McDivitt

 

 

 

 

 

 

Les coordonnées des invités ne sont communiquées en aucun cas

 

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